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Croisières aux Canaries : la guerre en Iran booste-t-elle les arrivées ?

Les croisières aux Canaries entre attractivité et géopolitique

Les navires de croisière, véritables hôtels flottants, ont l’avantage de pouvoir se déplacer là où la demande se trouve. Depuis le début de la guerre menée contre l’Iran par les États-Unis et Israël le 28 février dernier, les ports de l’archipel canarien ont perçu un intérêt accru de la part des compagnies maritimes. Certaines, déjà présentes aux Canaries, ont demandé à venir à des dates non prévues initialement. D’autres, qui n’incluaient normalement pas les îles dans leurs itinéraires, ont opté pour modifier leur route et se diriger vers des ports considérés comme « sûrs », selon les termes de la présidente de l’Autorité portuaire, Beatriz Calzada.

Une croissance spectaculaire malgré les démentis des compagnies

De leur côté, les compagnies concernées écartent l’argument du conflit pour justifier ces changements, affirmant que ces décisions étaient planifiées avant son début. Elles mettent plutôt en avant la demande puissante et l’intérêt manifeste pour les îles. Le nombre de passagers choisissant l’Atlantique, et plus précisément les Canaries, pour profiter de quelques jours de déconnexion – où le seul horizon est l’horaire du buffet à volonté et les visites dans les capitales insulaires – n’a en effet pas ralenti sa progression ascendante.

Avant que la pandémie de 2020 ne freine brutalement le secteur touristique, ce sont 2,5 millions de touristes qui avaient fait escale dans au moins un des huit ports de l’archipel accueillant des croisières, selon les données de l’Institut canarien des statistiques (Istac). Comparé aux chiffres actuels, la croissance a non seulement dépassé les niveaux de 2019, mais les a presque doublés avec une hausse de 45,9%. L’Institut a comptabilisé environ 3,7 millions de personnes au total. La croissance par rapport à l’exercice précédent était un peu plus modérée, à 16,5%, mais confirme une tendance positive.

Guerre, prix des carburants et sécurité : un cocktail géopolitique

Néanmoins, l’autorité portuaire attribue l’augmentation estimée pour la saison hiver 2026-2027 à la guerre en Iran. « En raison des derniers incidents internationaux, il existe une demande claire pour les ports éloignés de la zone de la Méditerranée orientale ou en dehors du golfe Persique », a assuré le président de Puertos del Estado, Gustavo Santana. Le conflit se fait déjà sentir dans le portefeuille des Canariens qui se rendent dans les stations-service : le prix des carburants a augmenté de plus de 15% en moins d’un mois. À cela s’ajoute l’annonce de la fermeture de l’industrie pétrolière qatarie, qui a provoqué une flambée du prix du gaz, encore plus forte que celle du carburant.

Le conflit était également au cœur des discussions lors de la Bourse internationale du tourisme (ITB) de Berlin, un rendez-vous incontournable du secteur qui a réuni entrepreneurs et tour-opérateurs allemands. Lors de cet événement, les regards inquiets se sont tournés vers un Moyen-Orient qui pourrait non seulement renchérir toute la chaîne d’approvisionnement du tourisme – carburant, transport, nourriture – mais aussi détourner la demande des touristes vers des destinations plus sûres, comme le cas canarien. Cependant, 27 jours après le début de la guerre, les prévisions pour une saison hivernale qui débute dans huit mois restent peu fiables.

MSC mise sur la demande canarienne, pas sur la géopolitique

De son côté, la compagnie de croisières MSC, très présente dans les îles, écarte la guerre comme motif de l’annulation de son offre près de l’Iran. Elle préfère mettre l’accent sur la forte demande aux Canaries. Le détail des navires ayant accosté dans les ports insulaires grâce à cette compagnie révèle une tendance à la hausse saison après saison. Durant les mois d’hiver 2024-2025, la compagnie avait une capacité maximale de 2 679 passagers. Aujourd’hui, ce volume de touristes a presque doublé et le navire prévu pour la période de novembre à mars 2026-2027 pourra accueillir jusqu’à 4 363 personnes.

Des infrastructures qui suivent la tendance

La preuve de cette croissance dans le secteur des croisières réside dans les investissements réalisés. Il y a quelques jours à peine, le 19 mars, une nouvelle terminale – la plus grande d’Europe – a été inaugurée dans la capitale de Gran Canaria. Elle permet l’accostage simultané de quatre compagnies, bien que le port de Santa Cruz de Tenerife dépasse déjà cette capacité avec l’expérience de six navires de croisière amarrés en même temps. La capacité d’accueil augmente donc en phase avec la demande de touristes qui optent pour un modèle touristique hautement différencié du reste.

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