Un coup d’arrêt judiciaire pour un projet controversé
La justice vient d’ordonner la suspension immédiate d’une partie importante des travaux de construction de l’urbanisation de luxe Cuna del Alma, dans le sud de Tenerife. La magistrate du tribunal d’instance numéro 1 d’Arona a accepté la requête du parquet de stopper les chantiers dans la zone de servitude de passage, c’est-à-dire sur les 100 mètres du littoral de Puertito de Adeje qui suivent immédiatement le rivage.
Une ordonnance pour sceller la zone protégée
Dans une ordonnance signée mercredi 8 avril et à laquelle EL DÍA a eu accès, la juge Sandra Peraza fait droit à la demande de mesures conservatoires formulée par le ministère public. Elle ordonne en conséquence la “suspension immédiate et la mise sous scellés des travaux en cours dans la zone de servitude de protection” pour la construction de Cuna del Alma, travaux qui avaient pourtant été autorisés par le ministère régional des Travaux Publics et la Direction générale du Littoral du gouvernement des Canaries.
La superficie concernée par l’ordonnance judiciaire est de 2 394 mètres carrés. La magistrate a également demandé à la Garde civile de se rendre sur la zone visée par l’arrêt des travaux et la mise sous scellés, “en ayant à réaliser un reportage photographique de l’état de ladite zone au moment de ladite mise sous scellés”.
Des travaux jugés illégaux en bord de mer
Le parquet provincial avait demandé le 25 mars dernier, via un écrit, l’adoption de la suspension des travaux en cours dans la zone de servitude de protection comme mesure conservatoire. Pour le parquet, ces travaux de l’urbanisation de luxe ne présentaient pas les raisons extraordinaires qui auraient permis de réaliser des constructions si près du rivage de Puertito de Adeje.
Il a donc demandé spécifiquement l’arrêt d’une seule partie du chantier, exécuté par la société mise en cause, Segunda Casa Adeje SL. Il s’agit de la parcelle T2 du Plan Partiel, qui est partiellement concernée par la servitude de protection. Selon les détails du ministère public, la zone de servitude de protection est une bande de terrain de 100 mètres vers l’intérieur des terres à partir de la limite intérieure de la ligne de mer. Cette aire est soumise à un régime spécial de protection par la Loi 22/1988 sur le Littoral et son règlement, dans le but de préserver le littoral espagnol.
Une instruction pénale relancée
Le ministère public estime que ces travaux sont illégaux et n’auraient pas dû recevoir l’autorisation du gouvernement des Canaries. Il a donc demandé leur suspension jusqu’à la résolution définitive de l’affaire, ce que le tribunal d’Arona vient d’accepter. La magistrate Sandra Peraza a rouvert la procédure pénale concernant Cuna del Alma, à la demande du parquet lui-même, après l’avoir classée sans suite.
L’instruction porte sur de présumés délits contre l’aménagement du territoire et l’environnement, la falsification de documents publics, l’abus de pouvoir administratif, le trafic d’influence et la corruption dans le secteur privé, liés à la construction de Cuna del Alma sur cette même côte de Puertito de Adeje.
Un projet de luxe au cœur de la polémique
Cuna del Alma est une urbanisation de villas de luxe et d’établissements hôteliers en plein bord de mer à Adeje, s’étendant sur plus de 430 000 mètres carrés. Les travaux suspendus consistaient, entre autres, en la construction de jardins, d’un bar, de piscines, de terrasses, de solariums et de vestiaires, toutes des dépendances à usage privé appartenant au complexe.
Début 2026, la magistrate titulaire du tribunal d’instance numéro 1 d’Arona avait accepté les recours contre le classement sans suite de l’affaire concernant les travaux de Cuna del Alma, tout en refusant à ce moment-là leur suspension conservatoire. Le parquet et l’accusation populaire, exercée par l’Association Culturelle Sociale Écologiste Puertito Libre, avaient fait appel du non-lieu provisoire prononcé le 4 décembre 2025 par la magistrate, qui y a fait droit tout en ordonnant deux nouvelles mesures d’instruction.
Cependant, la magistrate, en accord avec le parquet à ce moment, avait rejeté la demande de suspension conservatoire des travaux formulée par l’accusation populaire, tout en laissant cette possibilité ouverte en fonction des résultats des nouvelles investigations.
Une contestation sociale et environnementale forte
Le temps ayant passé et face au nouvel écrit du parquet, la juge a décidé d’ordonner la suspension conservatoire des travaux d’une urbanisation qui a généré une forte opposition sociale, notamment de la part de collectifs environnementaux qui y voient une agression contre le milieu naturel.
Il faut rappeler que ces travaux disposent de tous les permis des administrations canariennes, y compris les licences de la mairie d’Adeje, et qu’ils se développent juste à côté de l’espace protégé de la Caleta de Adeje, d’une grande valeur naturelle et archéologique.


