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Logement étudiant à Tenerife : la course au toit plus difficile que les examens

Logement étudiant à Tenerife : la course au toit plus difficile que les examens

À La Laguna, la crise du logement est aussi une barrière académique. Pour de nombreux étudiants de l’Université de La Laguna (ULL), le droit à l’enseignement supérieur dépend aujourd’hui plus du marché immobilier que de leurs résultats scolaires. C’est le cas d’Ariana Machado, originaire de Lanzarote, qui a commencé il y a deux ans des études en Sciences de l’éducation, mais a dû les abandonner car “il était insoutenable de vivre à Tenerife”. La réalité est qu’un fossé immense sépare l’offre publique de logement de la demande.

Une offre publique dérisoire face à 22 000 étudiants

L’ULL dispose de quatre centres d’hébergement : les résidences universitaires San Agustín, Santa María et San Fernando, ainsi que la Résidence Universitaire Parque de las Islas. Alors que l’université compte 22 000 étudiants, l’offre de places dans ces centres publics est d’environ 550. Cela signifie que l’université ne peut couvrir que 2,5% de la demande. Le reste des étudiants doit donc chercher un appartement sur un marché privé étouffant.

Dans quelques semaines, début avril, s’ouvrira la convocation ordinaire pour les places dans les centres d’hébergement de l’institution académique. Un moment critique pour ces jeunes qui ne peuvent se permettre que l’offre publique, dont les prix sont calculés selon le niveau de revenu familial et le type de service.

Des tarifs en hausse dans les résidences universitaires

Dans les résidences avec service de restauration, les prix oscillent entre 270 euros mensuels pour les familles aux ressources les plus modestes et 750 euros pour ceux ne bénéficiant d’aucune aide. À la Résidence Universitaire, qui ne propose que le logement, les tarifs sont plus réduits, démarrant à 135 euros pour atteindre un maximum de 300 euros par mois.

Pour la prochaine rentrée, le Conseil Social de l’ULL a approuvé ce lundi une hausse de 2,8% des prix des centres d’hébergement. Ainsi, pour des centaines d’élèves, l’examen le plus difficile de l’année à venir sera de trouver un toit.

La Laguna : un marché conventionnel rare et très cher

La Laguna, bien qu’elle dépasse les 150 000 habitants et soit une ville universitaire, se distingue par son offre très limitée sur le marché conventionnel. Et le peu disponible est extrêmement onéreux. Le portail immobilier Idealista propose actuellement 20 appartements à la location, le moins cher étant un studio de 30 mètres carrés à 750 euros par mois sur l’Avenida Leonardo Torriani.

L’alternative la plus courante, la colocation, n’offre pas non plus de répit. Avec une offre de 59 logements partagés entre 2 et 6 personnes, le prix moyen par chambre tourne autour de 450 euros.

Témoignages d’étudiants contraints à l’abandon ou à la débrouille

La combinaison d’une offre publique insuffisante et de loyers prohibitifs génère une pression croissante sur les étudiants, en particulier ceux venant d’autres îles. La situation est telle que certains jeunes ont dû renoncer à commencer leurs études universitaires, faute de moyens. D’autres ont été contraints de les abandonner sous la pression économique.

La famille d’Ariana Machado est travailleuse indépendante, ce qui signifie, en plus de ne pas recevoir de bourses, qu’un logement en résidence lui coûtait environ 800 euros par mois. Elle a donc décidé de chercher un appartement. Ariana assure que ce fut un “calvaire” de trouver un endroit où dormir. Les loyers tournaient autour de 700 euros par mois, sans charges comprises. “On me demandait des conditions que je ne pouvais pas remplir. Par exemple, commencer à payer en juillet alors que je n’arrivais qu’en septembre”, se souvient-elle.

Elle a finalement emménagé avec un ami dans le quartier de Finca España, près du Campus Guajara. “Je payais 380 euros pour la chambre, charges comprises”, explique-t-elle. En ajoutant les courses et les médicaments, le coût total atteignait “625 euros par mois”. La situation était si tendue qu’elle a dû trouver une source de revenus. “Je gardais des enfants pour pouvoir me maintenir à flot et mettre un peu d’argent de côté”, confie-t-elle.

Outre l’effort financier de sa famille, elle a eu du mal à s’adapter à l’île et a dû repartir. Elle poursuit aujourd’hui ses études de Sciences de l’éducation à l’Université Nationale d’Enseignement à Distance (UNED).

L’angoisse des listes d’attente et la chasse aux colocations

Pour ceux qui parviennent à postuler pour une place publique, le processus n’est pas simple pour autant. “Je suis restée sur liste d’attente jusqu’à la troisième attribution”, raconte Eva Rosell, étudiante en Pharmacie et résidente à la résidence San Fernando, “je n’ai su que en août si j’étais acceptée ou non”. Elle explique qu’avec une telle concurrence, “je ne savais pas si j’allais finalement entrer. C’était très frustrant, j’avais déjà quitté mon ancien appartement et si je n’obtenais pas de place, je ne savais pas ce qui allait se passer”.

Meritxell García, elle, n’a pas eu cette chance. Originaire de Gran Canaria, elle a commencé des études de Journalisme cette année et est restée sur liste d’attente pendant des mois sans obtenir de place. “Un mois et demi avant le début des cours, j’ai dû chercher un logement parce que je ne voulais pas être dans l’impossibilité de suivre la formation faute d’un endroit où rester”, confesse-t-elle. La surprise est venue en consultant les annonces : “Il y avait des chambres à partir de 600 euros”. Elle précise qu’il y en avait de moins chères, autour de 200 euros, mais que le prix se reflétait sur l’emplacement et le confort. “Il fallait partager la maison avec huit personnes, avec une seule salle de bain et une cuisine”, explique-t-elle. Elle partage actuellement une maison avec une amie. “La maison est prévue pour trois, mais nous la payons à nous deux”, déclare-t-elle. Pour l’année prochaine, sa décision est prise : “Je resterai en appartement parce que je ne veux pas revivre le processus des démarches administratives”.

Un projet de nouvelle résidence en cours, mais pas pour tout de suite

Face à la demande, l’ULL et la Mairie de La Laguna prévoient de construire une nouvelle résidence universitaire publique sur le Campus de Guajara. Elle sera située sur le terrain de l’Avenida César Manrique, dans le Système Général d’Enseignement de ce campus universitaire.

Le rapport urbanistique publié en février confirme que le terrain se trouve en zone urbaine consolidée, autorisant des constructions jusqu’à quatre étages destinées à des usens d’enseignement et équipements. Ce bât disposera d’au moins une cinquantaine de nouvelles places résidentielles. Ce nouveau centre soulagera la pression sur le marché locatif de la commune, mais pas dans un avenir immédiat. Le projet doit encore passer par des étapes comme le rapport de l’AESA (Agence d’État pour la Sécurité Aérienne), chargée de garantir la sécurité et la continuité des opérations aériennes, ou l’autorisation du Conseil Insulaire de l’Eau en raison de la présence du ravin El Charcón, deux procédures habituelles et intégrables dans la conception du projet.

La solution de la périphérie : un gain d’argent au prix du temps

Quand les prix de La Laguna sont inaccessibles, l’alternative est de chercher dans d’autres communes, même si cela implique de sacrifier du temps et de la mobilité. C’est le cas de Maryam Yaakoubi, qui a vécu pendant sa première année d’études à La Esperanza, dans la commune d’El Rosario. Là-bas, elle payait un loyer de 240 euros. Bien que l’emplacement ne lui plaisait pas, elle trouvait “fou” de payer 400 euros pour une chambre tout en devant prendre deux bus pour aller étudier.

Concernant le trajet aller-retour en transport public, elle assure qu’il “était acceptable”, mais que les problèmes survenaient quand les horaires ne coïncidaient pas. “Je devais être constamment sur le qui-vive parce que si je ratais le bus, je devais attendre 40 minutes le suivant”, raconte-t-elle. Elle ajoute que si elle ratait le dernier bus, qui partait à 21h30, elle se voyait “obligée de prendre un taxi”, soit débourser environ 15 euros pour rentrer chez elle. Elle vit désormais à La Laguna et considère que “c’est beaucoup plus confortable”. “Avant, je dépendais d’un bus, maintenant je peux aller partout à pied”, exprime-t-elle.

Un avenir incertain pour la prochaine rentrée

Ce confort dont jouit aujourd’hui Maryam est précisément ce qui sera en jeu le mois prochain. Avec l’ouverture de la nouvelle convocation pour les places, des centaines d’étudiants seront à nouveau confrontés au fossé entre une offre publique minimale et un marché privé excluant.

Tant que le projet de nouvelle résidence suit son cours, la réalité pour la prochaine année universitaire restera la même : pour beaucoup, la possibilité de faire des études supérieures dépendra de la chance de trouver un appartement qui ne les oblige pas à choisir entre étudier et payer le loyer.

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