Un rassemblement pas comme les autres
Ce n’est ni la première ni la dernière, mais la protestation de ce samedi matin devant les installations du zoo Loro Parque, à Puerto de la Cruz — principale ville touristique du nord de Tenerife — avait un air particulier. Organisée par le collectif Empty the Tanks, en écho à d’autres actions dans des parcs similaires dans le monde entier qui exhibent et exploitent économiquement les cétacés, elle a rassemblé une cinquantaine de personnes de 11 heures à 13 heures. L’événement a également mobilisé deux véhicules de la Police nationale avec une douzaine d’agents, une présence inhabituelle que les manifestants attribuent à des tensions lors d’autres rassemblements pour diverses causes. Ce samedi après-midi, une nouvelle action était prévue.
Mais ce qui a marqué cette mobilisation, c’est son pacifisme total. Dès leurs premières prises de parole, les organisateurs ont insisté sur le fait qu’il ne fallait pas censurer les visiteurs, les employés de Loro Parque ni personne passant sur la voie annexe. Au contraire, ils invitaient à les comprendre, car ces personnes ignorent peut-être la souffrance des cétacés dans ces établissements. D’où l’importance de la sensibilisation et de la diffusion de données vraiment révélatrices.
Des tensions rapidement désamorcées
Dès les premières minutes, quelques personnes ont insulté les manifestants. Deux hommes âgés — l’un passant juste devant, l’autre muni d’une béquille longeant la rue parallèle — ont lancé des remarques telles que : « Qu’ils aillent travailler ! » ou « Ils ne protestent pas contre les assassins ou les violeurs ! ». Une heure plus tard, des adolescentes de retour de visite ont défendu Loro Parque depuis le célèbre petit train touristique qui parcourt le centre de Puerto de la Cruz. Dans les trois cas, la réponse des protestataires a été immédiate et parfaite : silence et indifférence, aucune réplique, mais davantage d’insistance sur leurs arguments.
Une participation limitée mais déterminée
Certains organisateurs, comme Teresa García d’Imagine Canarias ou Aurelio Rodríguez d’Océanos de Vida Libre, ont expliqué à Canarias Ahora que la faible participation s’explique par le fait que beaucoup de personnes justifient ce genre d’activité par les emplois qu’elle génère et par l’influence de cette entreprise sur toute l’île. De plus, avec deux appels à manifester le même jour (la journée coïncidait avec les activités du festival Mueca, dédié à l’art de rue), certains ont préféré l’après-midi.
Néanmoins, soutenus par quelques automobilistes klaxonnant en signe d’approbation — et même par un gros camion de pompiers dont certains professionnels montraient le poing fermé — les participants se sont fait entendre. Surtout, ils ont apporté de nombreux arguments contre cette exploitation animale.
Des vérités qui dérangent
Parmi les révélations les plus marquantes, ils ont rappelé que « les dauphins ne sourient pas, ils ne peuvent pas bouger les muscles de leur visage. Leurs sourires sont le plus grand mensonge de l’histoire. » Ils appellent donc le public à ne pas se leurrer : en réalité, ces animaux souffrent de captivité, d’emprisonnement et d’exploitation. « Plus de prisons aquatiques, nous réclamons une vie libre pour les cétacés », ont scandé certains au mégaphone. « Assez de maltraitance animale », a-t-on repris à plusieurs reprises.
Ils ont souligné que les dauphins, comme les orques et autres cétacés, « ne sont pas des clowns, ils ont droit à la liberté, ce ne sont pas des attractions touristiques ni des machines à fric : ce sont des êtres sensibles sur le plan émotionnel et social ». Ils ont également rappelé que des sanctuaires marins existent déjà dans de nombreux endroits, « mais ici, on en reste au même point, c’est une honte ».
L’appel à l’empathie et au respect
Dans cette lignée, ils ont martelé qu’aucun bassin ne peut remplacer l’océan, et qu’aucun applaudissement ou photo souvenir ne peut justifier l’emprisonnement. Ils misent au contraire sur l’empathie, le respect et l’éducation. Parmi les slogans repris en chœur, on entendait aussi : « Océans oui, bassins non ! »
Ils ont également indiqué que chaque orque coûte 500 000 euros par an à Loro Parque, remettant en cause le discours de protection de l’établissement et soulignant sa soif de profit. Selon eux, le parc envoie des lettres aux écoles et collèges de l’île pour « endoctriner les enfants et les jeunes ». Ils ont aussi évoqué les liens de l’entreprise avec Ashotel, des restaurants, des groupes publicitaires (seule entreprise à s’afficher sur les panneaux de signalisation routière à Tenerife) et des médias, contrastant avec le fait que « les grands sponsors américains ont déjà lâché l’affaire sous la pression internationale ».
Une mobilisation mondiale et des conséquences alarmantes
Ils ont souligné que, tandis que les refuges océaniques pour ces animaux se développent et sont promus, « ici, on en reste au même point : honte ! ». Une pression mondiale qui, hier et aujourd’hui, a mobilisé des personnes de même conscience dans des zoos d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Australie.
Parmi les autres conséquences horribles pour les cétacés, ils ont cité le stress du transport ; la taille réduite des bassins limitant leur espace et leur liberté ; les interactions forcées menant à des attaques des plus forts contre les plus faibles ; une alimentation à base de poisson congelé, moins nutritif que le frais, complétée par des médicaments ; et la séparation des mères et des petits lors des transferts vers d’autres centres.
Des troubles comportementaux inquiétants
Ils ont expliqué que les cétacés souffrent de troubles du comportement liés à leur captivité : nager en rond de manière répétitive, exhalées aiguës et constantes dues à l’anxiété, ouverture et fermeture brusques de la bouche, mouvements de tête saccadés, coups de nageoires, ou encore mendicité de nourriture car on les maintient parfois affamés pour qu’ils exécutent certains exercices.
Ils ont aussi évoqué des échouages volontaires, comme celui de l’orque Morgan à Loro Parque, un comportement totalement inhabituel dans la vie sauvage des orques. Cela entraîne dépression, perte d’appétit, troubles psychologiques, automutilations, agressions entre individus ou envers les soigneurs, et un affaiblissement du système immunitaire les rendant plus vulnérables. « Ce sont des êtres très intelligents et sensibles, certains spécialistes pensent même qu’ils tentent de se suicider en se cognant contre les parois des bassins », sans oublier les cataractes et l’exposition excessive au soleil due à la taille réduite des bassins comparée à celle des océans.


