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Tajogaite : des gaz volcaniques toujours menaçants à La Palma

Des gaz volcaniques toujours actifs quatre ans et demi après l’éruption

Le volcan Tajogaite, entré en éruption le 19 septembre 2021 sur l’île de La Palma, continue de libérer des gaz nocifs pour la santé, plus de quatre ans et demi après la fin de l’éruption, survenue le 13 décembre 2021. C’est la conclusion principale de la réunion du comité scientifique du Plan d’urgence volcanique des Canaries (Pevolca), qui s’est tenue ce mardi 30 juin 2026 sur l’île de La Palma.

Les données collectées sur les émissions de dioxyde de carbone (CO₂) et de gaz radon dans plusieurs zones touchées par l’éruption montrent, selon les responsables politiques et scientifiques du Pevolca, qu’il est nécessaire de maintenir une surveillance renforcée dans les secteurs où ces gaz volcaniques sont les plus présents : les localités de Tajuya, Puerto Naos et La Bombilla, toutes situées dans la vallée d’Aridane.

Des risques sanitaires persistants à Tajuya, Puerto Naos et La Bombilla

Dans ces trois noyaux urbains de La Palma, les risques pour la santé liés à ces émanations naturelles persistent. Les autorités maintiennent donc des restrictions d’accès ainsi qu’une surveillance étroite de différents paramètres permettant de mesurer ces gaz. En certains points précis, les concentrations dépassent encore les seuils fixés par la réglementation nationale.

Le dépassement des limites réglementaires pour des gaz aussi caractéristiques des processus volcaniques que le CO₂ et le radon représente un risque immédiat pour la santé publique et la sécurité. Cela oblige les autorités à activer des protocoles d’urgence, à restreindre l’accès aux zones concernées et à appliquer des mesures techniques d’atténuation, comme c’est toujours le cas dans ces trois localités de la vallée d’Aridane.

CO₂ et radon : des gaz aux effets très différents, mais tous deux dangereux

Le dioxyde de carbone est un gaz asphyxiant qui déplace l’oxygène. Il est particulièrement dangereux car il est invisible et inodore. Plus dense que l’air, il s’accumule dans les zones basses, les sous-sols et les espaces clos.

Le radon, quant à lui, est un gaz radioactif d’origine naturelle qui émane du sous-sol à travers les fractures volcaniques. Il ne provoque pas d’effets aigus immédiats, mais constitue un danger grave à long terme s’il s’accumule dans les espaces intérieurs.

Maintien de l’alerte jaune et des mesures de contrôle

Cette situation, 1 745 jours après que la terre s’est ouverte à El Paso, impose de conserver les mesures de contrôle et le niveau jaune du feu volcanique sur l’ensemble de l’île. C’est ce qu’a souligné ce mardi le comité consultatif du Pevolca, convoqué à la demande du Cabildo de La Palma pour faire le point sur les travaux menés depuis l’éruption du Tajogaite.

Le président du Cabildo de La Palma, Sergio Rodríguez, a indiqué aux journalistes, dans des propos rapportés par l’agence Efe, que les différents organismes scientifiques ont présenté lors de la réunion les avancées dans l’étude du dioxyde de carbone sur le littoral ouest et des concentrations de radon détectées dans d’autres zones proches des coulées de lave.

Rodríguez a précisé que le maintien du niveau jaune permet aux décisions de continuer à s’appuyer sur des avis scientifiques. Il a plaidé pour le maintien de toutes les mesures nécessaires afin de garantir la sécurité de la population et de progresser vers un retour à la normale « sans compromettre la santé des personnes ».

Comprendre le feu tricolore volcanique aux Canaries

Dans le système à quatre couleurs en vigueur aux Canaries, le niveau jaune implique l’activation du plan d’urgence en raison d’une augmentation des anomalies ou de l’apparition d’autres indicateurs signalant une activité volcanique supérieure à la normale. Le vert signifie qu’il n’y a pas de risque d’éruption à court ou moyen terme. Le niveau orange signale des phénomènes indiquant une phase pré-éruptive, déclenchant la phase d’urgence. Enfin, le rouge est activé lorsque l’éruption volcanique commence.

Un réseau de capteurs sophistiqué pour surveiller le radon

Comme cela a été précisé à l’issue de la réunion, il existe actuellement 105 détecteurs de traces de radon et 12 dispositifs de mesure en continu. Parmi ces derniers, quatre ont enregistré des concentrations supérieures au seuil de référence fixé par la réglementation, soit 300 becquerels (unité de mesure de la radioactivité) par mètre cube.

Le premier rapport a déjà été transmis au Conseil de sécurité nucléaire (CSN) espagnol, qui devra déterminer les actions nécessaires. Sergio Rodríguez a toutefois précisé que des mesures d’atténuation sont également à l’étude pour les points où les concentrations dépassent les valeurs recommandées.

Le président du Cabildo a également rappelé, comme le rapporte Efe, que les recherches indiquent l’existence de failles situées au nord et au sud des coulées de lave, qui pourraient être liées aux émissions de ce gaz radioactif naturel qu’est le radon.

Les principales institutions scientifiques mobilisées

La réunion du Pevolca a réuni des représentants des principales institutions scientifiques qui surveillent et étudient le volcanisme aux Canaries, seule région d’Espagne à connaître ce type d’activité. Étaient présents l’Institut géographique national (IGN), l’Institut volcanologique des Canaries (Involcan), l’Institut géologique et minier d’Espagne (IGME), l’Institut espagnol d’océanographie (IEO), l’Institut des sciences de la construction Eduardo Torroja (IET) et l’Université de La Laguna (ULL).

Des logements occupés sans autorisation : un problème de sécurité

Un autre sujet a été abordé lors de la réunion, qui préoccupe les administrations publiques et les responsables de la protection civile : les infractions aux protocoles établis pour les habitations de Puerto Naos et La Bombilla. Concernant les logements occupés sans autorisation ou dont les capteurs ont été déconnectés, le président de La Palma a précisé qu’il s’agit pour la plupart de résidences secondaires. Il a souligné que la priorité « reste la sécurité des personnes, avant toute autre considération ».

Un « exploit technologique » pour la surveillance du CO₂

Carmen López, directrice de l’IGN, a qualifié d’« exploit technologique » le système de surveillance du dioxyde de carbone mis en place conjointement par son institution et l’Involcan. Elle a précisé que le réseau compte 1 800 capteurs installés dans des habitations et des locaux commerciaux, qui transmettent des données en temps réel toutes les cinq minutes. Ces données sont supervisées en permanence par un centre opérationnel qui coordonne les alertes et les interventions d’urgence.

Quel risque d’une nouvelle éruption aux Canaries ?

Concernant le risque volcanique dans l’ensemble de l’archipel, Carmen López a insisté sur le fait qu’il n’existe actuellement aucun indicateur laissant présager une nouvelle éruption aux Canaries à court ou moyen terme. Elle a toutefois rappelé que ce territoire est volcaniquement actif et qu’il le restera à l’avenir, soulignant l’importance de maintenir les réseaux de surveillance et les mécanismes de protection civile.

Les îles qui présentent actuellement le plus d’activité volcanique sont La Palma (la seule en jaune au feu tricolore), Tenerife et El Hierro.

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