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Les Canaries veulent interdire l’achat immobilier aux non-résidents

Synthèse réalisée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir d’informations en espagnol. Source sous l’article.

Le gouvernement des Canaries, dirigé par la coalition CC-PP, a transmis au gouvernement espagnol une proposition de décret-loi visant à interdire l’achat d’un logement dans l’archipel à toute personne, espagnole ou étrangère, qui ne justifie pas de dix années de résidence sur le territoire canarien, ou de quinze années en cas de résidence discontinue. Ce texte législatif, consulté par l’agence EFE, prévoit également qu’un même citoyen ne pourra acquérir que deux logements aux Canaries, et à condition qu’ils se situent dans des communes différentes.

Des contraintes fortes pour les investisseurs et les entreprises

La proposition va plus loin : les personnes morales, qu’il s’agisse d’entreprises ou de sociétés d’investissement, ne pourront acheter des logements dans l’archipel que si leur objet social consiste à les vendre ou à les louer à des personnes physiques. L’exécutif de Fernando Clavijo a envoyé ce projet de loi afin de garantir l’accès au logement aux résidents canariens, dans le cadre des conditions négociées par Coalición Canaria avec le PSOE en échange de son soutien au premier des décrets dits « Maricarmen », celui qui encadre les expulsions de personnes vulnérables. CC a voté en faveur du premier décret et contre le second. Tous deux ont été rejetés au Congrès en raison des voix contraires du PP, de Vox et de Junts, mais le gouvernement entend les faire approuver définitivement en commission permanente.

Un dossier ancien ressurgi à la veille des élections

Bien que cette problématique soit traitée depuis des années par les administrations canariennes – avec même deux commissions parlementaires consacrées au défi démographique –, c’est maintenant, à un mois et demi d’élections et alors que les Cortès sont dissoutes, que le gouvernement de Clavijo porte le sujet devant le gouvernement central. Cette même semaine, le président régional a insisté sur la nécessité d’agir sur « l’offre et la demande », sauf à vouloir instaurer un « système communiste dictatorial », et a souligné les difficultés auxquelles font face les Canaries devant une croissance démographique de plus de 500 000 personnes en 25 ans, qui plus est de manière « inégale », avec 48 communes comptant moins de 10 000 habitants.

Un revirement politique après des années de refus

Il convient de rappeler que Coalición Canaria a voté à plusieurs reprises au Parlement régional contre des propositions émanant d’autres groupes parlementaires visant à limiter ou à contrôler l’accès des étrangers à la propriété. Fernando Clavijo lui-même avait écarté toute mesure fiscale sur l’acquisition de logements par des étrangers, comme l’avait proposé son collègue de parti Carlos Alonso lors de sa candidature aux élections européennes. Alonso avait également suggéré une taxe sur les nouveaux résidents, mais Clavijo avait abandonné toutes ces mesures seulement 24 heures après le scrutin, à l’issue duquel CC n’avait obtenu aucun siège à Bruxelles.

Une tentative de contourner les traités européens

Durant cette législature, Clavijo a saisi la Commission européenne pour tenter d’obtenir l’autorisation de fixer une forme de plafond à l’achat de logements, les statistiques montrant qu’un tiers des biens changeant de propriétaire finissent entre les mains de citoyens étrangers et qu’une bonne partie d’entre eux alimentent le marché de la location touristique. Toutefois, son approche initiale se heurtait aux traités communautaires, qui garantissent la libre circulation des personnes et des capitaux au sein de l’UE et interdisent toute distinction fondée sur la nationalité.

La proposition législative tente de contourner cet écueil de deux manières : elle ne s’appuie pas sur la nationalité, mais sur un fait objectif, la résidence, attestée par l’inscription à la mairie, et invoque l’article 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui garantit aux régions ultrapériphériques le droit à un traitement spécifique dans l’application des règles communautaires. L’exposé des motifs l’explique ainsi : « Le régime de garantie d’accès établi par cette norme est la voie la plus appropriée pour atteindre les objectifs poursuivis, sans encourir de discrimination fondée sur la nationalité, puisque toute personne résidant dans les îles pourra bénéficier de ce mécanisme, pouvant, entre-temps, y vivre en location ou sous toute autre modalité d’occupation temporaire d’un logement. »

« De son côté, la limitation à un maximum de deux logements vise à éviter que la condition de résident ne devienne un avantage sans justification au regard de l’objectif consistant à garantir à ces personnes l’accès à un logement digne et adéquat ; au-delà de ce chiffre, la garantie devient inapplicable », ajoute le texte.

Lutter contre la gentrification et la pression sur le territoire

Pourquoi le gouvernement canarien propose-t-il ces mesures ? L’exécutif de Clavijo rappelle que les Canaries, en raison même de leur insularité, disposent d’un territoire « de superficie réduite » et marqué par une « fragilité de sa biodiversité », deux circonstances qui « déterminent un usage limité de l’espace insulaire », ce qui pèse sur l’accès au logement. Parallèlement, il avertit que l’archipel subit « le phénomène de gentrification que produit l’acquisition de logements à des fins autres que la résidence habituelle par des personnes physiques et des entreprises domiciliées ailleurs, entraînant le déplacement des personnes qui résident réellement dans les îles et rendant très onéreux, voire impossible, l’achat des logements dont elles ont besoin ».

« Cette réalité rend nécessaire l’adoption de mesures garantissant l’accès des résidents aux logements existants et à ceux qui seront construits », argumente l’exposé des motifs.

Nullité de plein droit et exceptions pour les héritages

Le texte proposé pour limiter l’achat aux non-résidents est catégorique et prévoit même des garanties renforcées. S’il est adopté, toute acquisition de logement aux Canaries par une personne ne justifiant pas de la durée de résidence exigée « sera nulle de plein droit » et ne pourra être inscrite au Registre de la propriété. La même règle s’appliquera aux entreprises : sera nulle de plein droit toute acquisition de logement par une personne morale si son objet social ne prévoit pas de le vendre ou de le louer à des personnes physiques. Sont toutefois exemptées de ces limitations et interdictions les transmissions mortis causa, autrement dit les héritages.

De nouvelles armes pour les communes

Le gouvernement canarien soumet au Conseil des ministres une seconde réforme légale, cette fois de la loi sur les bases du régime local, afin de donner aux municipalités les moyens d’intervenir face à la pénurie de logements sur leur territoire. En premier lieu, il propose que les communes puissent acheter ou louer des logements sur leur territoire à des citoyens de pays extérieurs à l’UE qui n’ont pas résidé au moins deux ans dans la commune – une catégorie qui inclut par exemple les citoyens du Royaume-Uni, principal pays émetteur de touristes vers les Canaries. Il propose également d’autoriser les conseils municipaux à créer des taxes touristiques frappant « les nuitées, l’hébergement ou les séjours dans des établissements touristiques des personnes non résidentes ». Enfin, il suggère que les communes soient habilitées à interdire la location touristique dans certaines zones de leur territoire.

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