Synthèse réalisée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir d’informations en espagnol. Source sous l’article.
Un parc automobile qui frôle la parité avec la population
Les Îles Canaries comptent désormais presque autant de voitures que d’habitants. L’archipel a franchi cet été 2026 le cap des deux millions de véhicules pour une population d’un peu plus de 2,2 millions de résidents. Cela représente un taux de 830 véhicules pour 1 000 habitants, ce qui place le territoire au septième rang mondial pour la densité automobile, très loin devant les États-Unis. Et le chiffre ne cesse de grimper : les données d’immatriculation indiquent que le parc continue de croître, avec 32 587 immatriculations enregistrées depuis le début de l’année 2026. En neuf mois, plus de 60 % des voitures particulières immatriculées sur toute l’année 2025 l’ont donc déjà été, selon l’Institut canarien de statistique (ISTAC). Le tout dans un contexte de multiplication des tentatives du gouvernement des Canaries et des cabildos insulaires pour désengorger le réseau routier, des efforts qui se heurtent à la réalité orographique, économique et urbanistique des îles.
Trois facteurs structurels expliquent cette densité record
La très forte densité automobile de l’archipel s’explique par trois facteurs structurels. Le premier est le parc de véhicules touristiques. Une grande partie des voitures immatriculées n’appartient pas à des particuliers, mais à d’importantes flottes de location destinées à alimenter l’industrie touristique. Julián Sastre, président de l’Institut de la mobilité et expert en transport durable, explique dans un entretien accordé à Canarias Ahora que le modèle touristique dominant dans l’archipel favorise tout particulièrement le véhicule de location comme moyen d’accéder aux plages, aux espaces naturels, aux bourgs ruraux et à d’autres points d’intérêt où la couverture en transports publics est plus limitée. Cela a contribué, selon lui, à la croissance de la demande, en augmentant la pression sur les réseaux routiers et en renforçant la présence de l’automobile dans les déplacements.
Le deuxième facteur est l’absence de réseau ferroviaire interurbain. Contrairement au territoire continental, l’orographie insulaire a limité le développement du chemin de fer, à l’exception du tramway local de Tenerife, obligeant la population à dépendre presque exclusivement de la voiture et de l’autocar. Un point sur lequel insiste également Julián Sastre, qui assure que le problème principal réside dans le modèle d’occupation du territoire, caractérisé dans de nombreux secteurs par une forte dispersion des habitations, à laquelle s’ajoute la présence de nombreux espaces naturels protégés. Cette configuration conditionne la continuité des réseaux de transport et complique une connexion efficace entre les différents noyaux de population.
Le dernier élément est la fiscalité différenciée. L’application de l’IGIC (impôt général indirect des Canaries) à la place de la TVA espagnole réduit relativement le coût d’acquisition des véhicules neufs, un autre facteur qui aide à expliquer la dimension élevée du parc automobile canarien. Les Canaries se hissent ainsi à la septième place mondiale pour le nombre de voitures par habitant, derrière Saint-Marin (1 606 voitures), Guernesey (1 389), Jersey (1 234), Andorre (1 214), la Malaisie (1 102) et Taïwan (999).
Une accélération fulgurante depuis la pandémie
Cette accélération ininterrompue nous ramène à la période pandémique. En termes absolus, la croissance du parc automobile de l’archipel a ajouté plus de 150 000 véhicules sur ses routes depuis la fin des restrictions sanitaires, franchissant une barrière historique cet été 2026. Les données enregistrées par l’ISTAC et la Direction générale du trafic (DGT) illustrent cette escalade de la saturation routière : en 2022, on comptait 1 870 173 véhicules, soit 8 % de moins que les plus de deux millions qui circulent aujourd’hui sur le territoire canarien. Mais le véritable point de départ se situe en 2021, lorsque le parc automobile s’établissait autour de 1,84 million de véhicules, une année encore marquée par le gel économique et l’incertitude de la pandémie. Les flottes de location n’avaient pas été renouvelées et les achats des particuliers restaient pratiquement au point mort.
C’est pourquoi le véritable boom des immatriculations a débuté à partir de 2023, avec la reprise du tourisme et le renouvellement des flottes de location. Depuis, le parc n’a cessé de croître, jusqu’à totaliser près de 37 000 véhicules rien qu’en 2025. Deux jalons importants ont par ailleurs été franchis : la province de Las Palmas a dépassé pour la première fois de son histoire le million de véhicules immatriculés, clôturant 2025 avec 1 016 398 unités, tandis que Santa Cruz de Tenerife atteignait 961 456.
Des politiques publiques qui peinent à inverser la tendance
Face à cette situation, le gouvernement des Canaries et les cabildos tentent depuis des années de retirer les voitures de la circulation. Ils ont réduit le coût des transports publics, projeté des lignes de train, encouragé les zones à faibles émissions et proposé sans succès des voies réservées BUS-VAO, mais cela n’a pas suffi. La gratuité des autocars a fait exploser le nombre de voyageurs, sans pour autant produire le même effet sur le trafic : une bonne partie des nouveaux usagers sont des personnes qui marchaient auparavant, payaient leur billet ou ne se déplaçaient pas. Pour ceux qui doivent traverser l’île pour travailler, le problème reste le temps de trajet, car les transports publics ne peuvent pas toujours rivaliser avec la voiture.
César García, ingénieur informatique et responsable de la mobilité et de l’innovation chez Sagulpa (Société municipale des parkings de Las Palmas de Gran Canaria), explique à Canarias Ahora que la gratuité est une mesure qui favorise l’usage des transports publics collectifs, mais qu’il manque davantage d’infrastructures dédiées, afin que ces transports circulent de manière exclusive sur des voies BUS-VAO ou bénéficient d’aménagements favorisant l’usage du vélo pour les derniers kilomètres. Pour García, la solution ne consiste pas à créer des voies pour accueillir plus de voitures, mais à les supprimer et à concevoir ces voies BUS-VAO.
Il souligne en outre qu’il faudrait investir davantage dans des lignes d’autocars plus fréquentes, en comparant avec l’intervalle entre deux métros à Madrid, qui ne dépasse généralement pas dix minutes : « Si nous n’arrivons pas à instaurer le concept du métro madrilène, où manquer une rame n’a aucune conséquence, nous ne remplacerons jamais le véhicule privé », argumente-t-il. Mais surtout, il met l’accent sur la création de parkings intermodaux en amont. « En amont, je veux dire qu’il faut s’attaquer au déplacement du véhicule privé depuis son point de départ et non depuis sa destination », précise-t-il. « Si nous implantons des parkings intermodaux uniquement à destination, le véhicule finit par se déplacer quand même, ce qui ne résout pas vraiment les différents embouteillages ni n’incite au covoiturage. »
Il estime donc que la solution passe par l’implantation de ces parkings en amont des déplacements, dans chacune des communes, et par leur propos à un tarif très réduit pour inciter les usagers à y laisser leur véhicule et à poursuivre leur trajet en transport collectif. Il cite en exemple le parking intermodal d’El Rincón, près du centre commercial Las Arenas, qui dispose de 912 places et permet de stationner toute la journée pour 3 euros.
Sur les voies BUS-VAO, Julián Sastre partage l’idée qu’elles peuvent faire partie de la solution, tout en soulignant que le défi dépasse les seules infrastructures routières. Selon lui, la clé réside dans la création d’une politique d’urbanisme et de mobilité conçue comme un binôme indissociable, fondée sur la concentration et la densification urbaines, et dans la promotion des transports publics comme pilier central de la mobilité motorisée. Pour y parvenir, il juge nécessaire de développer un transport public de qualité capable de rivaliser avec la voiture sur ses trois piliers fondamentaux : le temps de trajet, le déplacement porte-à-porte et le confort. C’est, assure-t-il, une voie sur laquelle on travaille déjà à travers la Stratégie de mobilité durable et intelligente des Canaries (MOVIC).
Électrification : des ventes en hausse, mais un parc vieillissant
Parmi les plus de deux millions de véhicules enregistrés, les voitures rechargeables restent minoritaires. À peine 0,8 % — soit environ 16 000 véhicules — sont 100 % électriques (BEV). Si l’on ajoute les hybrides rechargeables (PHEV), la part atteint tout juste 1,4 %. Mais si l’on observe les voitures actuellement achetées, en 2025 et 2026, les électriques purs représentent déjà 7,2 % des nouvelles ventes. Et si l’on inclut les hybrides conventionnels, les véhicules considérés comme durables constituent désormais 55,5 % des voitures neuves immatriculées dans les Canaries.
Le problème est que changer de voiture neuve ne signifie pas nécessairement retirer l’ancienne de la circulation. Les Canaries vendent de plus en plus de véhicules neufs, mais cela ne se traduit pas simultanément par un renouvellement du parc. Beaucoup de voitures qui cessent d’être neuves passent simplement à un autre propriétaire et continuent de circuler dans les îles. Autrement dit, pour chaque voiture neuve vendue, plus de 1,2 véhicule d’occasion de plus de dix ans est commercialisé. C’est pourquoi, malgré les progrès de l’électrification dans les nouvelles immatriculations, le parc canarien reste ancien. 51 % des voitures particulières qui circulent aujourd’hui dans l’archipel ont plus de 15 ans et une sur trois dépasse les 20 ans.
Les zones à faibles émissions et les voies BUS-VAO n’ont pas non plus changé l’équation. Les premières progressent à des rythmes inégaux et les secondes restent encore limitées dans leur déploiement. César García précise dans cet entretien que c’est la loi nationale qui oblige toutes les communes de plus de 50 000 habitants à instaurer une zone à faibles émissions, c’est-à-dire à restreindre l’accès aux zones où la pollution est réellement présente. Cette mesure permettrait, selon lui, de réduire le nombre de véhicules anciens et de renouveler la flotte par des véhicules électriques ou hybrides, ce qui contribuerait aussi à diminuer le nombre total de voitures.
Cela dit, il reconnaît que cela continue de faire appel aux véhicules privés : « Si au final nous remplaçons un modèle tout-thermique par un modèle tout-électrique, nous ne réglons pas le problème d’un trafic excessif de véhicules privés. Il ne s’agit pas de procéder à un renouvellement complet du parc actuel, car nous aurions le même problème, avec moins de pollution, mais avec la même densité de véhicules privés que celle que nous connaissons. » La solution, insiste-t-il, réside dans la mise en place de zones à faibles émissions et dans la création de parkings intermodaux.
Deux réalités bien distinctes selon les îles
Si l’on se penche sur chaque île, deux réalités très différentes apparaissent. D’un côté, le volume total, dominé par les îles capitalines en raison de leur population ; de l’autre, la densité par habitant, où Santa Cruz de Tenerife comme Las Palmas de Gran Canaria affichent les taux de saturation les plus élevés. En attendant les derniers chiffres définitifs de 2026 par île, les données placent La Palma comme le territoire à la plus forte densité automobile de tout l’archipel. La raison n’est autre que son orographie extrêmement escarpée et la grande dispersion de ses noyaux de population, qui rendent les transports publics lents et peu efficaces pour les trajets quotidiens. De nombreuses familles palmiennes ont besoin d’un véhicule par membre en âge de conduire, et il n’est pas rare qu’elles conservent immatriculées des voitures très anciennes pour les trajets courts ou les travaux agricoles.
Toutefois, Tenerife et Gran Canaria concentrent environ 80 % de toutes les voitures des Canaries, ce qui explique pourquoi leurs autoroutes principales (la TF-5 et la GC-1) subissent les plus gros embouteillages de la région, malgré une densité par habitant légèrement inférieure à celle des îles dites vertes.
Le vieillissement du parc, un défi environnemental et routier
Au-delà du volume de véhicules, un autre problème préoccupe le gouvernement des Canaries : la vétusté du parc automobile. Dans les entretiens menés dans le cadre de la Stratégie de mobilité durable et intelligente des Canaries (EMSICAN), l’exécutif régional a souligné son impact non seulement environnemental, en raison des émissions plus élevées des véhicules anciens, mais aussi sur la circulation elle-même, car les pannes peuvent provoquer des ralentissements et affecter l’exploitation des routes.
Pour faire face à cette situation, deux lignes d’action sont envisagées. À court terme, renforcer la réponse aux pannes avec des dépanneuses d’intervention rapide, capables de retirer les véhicules de la chaussée plus rapidement et de réduire leur impact sur le trafic. À plus long terme, il est proposé de développer un plan de renouvellement du parc facilitant le remplacement des véhicules les plus anciens par d’autres plus efficaces et moins émetteurs. Le programme inclurait en outre des incitations supplémentaires pour ceux qui remettent deux véhicules anciens en vue de leur mise au rebut, afin d’accélérer le renouvellement. Une stratégie qui, comme l’explique Julián Sastre, doit s’accompagner d’autres mesures si l’objectif est de réduire non seulement les émissions, mais aussi la pression que le véhicule privé exerce sur les routes des îles.
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