Chasser la maison de ses rêves aux Canaries, un nouveau parcours du combattant
Imaginez : vous arpentez les annonces immobilières, le cœur plein d’espoir. Vous rêvez d’un logement en centre-ville, proche de tout. Mais très vite, la réalité vous rattrape. Aux Canaries, cette quête est devenue un véritable chemin de croix pour de nombreux habitants. L’offre est inexistante et les prix, littéralement astronomiques. Résultat : de plus en plus de Canariens, le portefeuille en berne, sont contraints d’élargir leur zone de recherche. Être proche du centre névralgique n’est plus un critère prioritaire. Aujourd’hui, l’idée d’acheter une maison en pleine campagne séduit de plus en plus de monde. L’appel de la nature se fait entendre, transformant les zones rurales en nouvelle terre promise.
Les chiffres qui confirment le phénomène : les zones rurales séduisent
Cette tendance n’est pas un simple ressenti. Elle est confirmée par les données provisoires de la Statistique des Transmissions de Droits de Propriété (ETDP) de l’Institut National de la Statistique (INE). Ces chiffres sont éloquents : sur les premiers mois de l’année, les ventes de propriétés rurales aux Canaries ont bondi de 5,7 % par rapport à la même période en 2025. Un revirement spectaculaire si on le compare au marché urbain. Dans les villes, les transactions immobilières ont, elles, chuté de 2,3 % sur la même période.
Attention, l’écart reste colossal en valeur absolue. Entre janvier et février, ce sont 6 699 achats qui ont été conclus en zone urbaine, contre seulement 578 pour les propriétés rurales. Cependant, ces chiffres pourraient être bien plus élevés si l’offre de logements en zone rurale était plus conséquente. Car c’est là tout le paradoxe : la demande a déjà opéré sa mue, mais l’offre, elle, n’a pas suivi.
Une demande en plein essor… mais freinée par un manque cruel d’offre
« L’intérêt pour sortir des centres-villes n’est pas nouveau, il grandit depuis un certain temps », explique José Saavedra, porte-parole de l’Association Canarienne des Entreprises de Gestion Immobilière (Acegi). Pourtant, ce changement de cap ne se traduit que timidement dans les transactions. « Il n’y a tout simplement pas de stock. La demande est là, mais elle ne se concrétise pas car il n’y a pas de logements disponibles », résume-t-il.
Contrairement à ce que l’on observe sur le continent espagnol, où il est possible de trouver des villages comptant un nombre élevé de maisons vides, la pénurie aux Canaries touche aussi les zones rurales. Les distances plus courtes et la forte pression démographique font que même les communes éloignées des capitales manquent d’une offre suffisante. « Ce n’est pas seulement un problème des villes, c’est un fléau qui touche toutes les îles », insiste José Saavedra.
Des obstacles juridiques et bancaires qui bloquent les projets
À ce manque de logements s’ajoute un obstacle de taille. Une grande partie du parc immobilier situé en terrain rural présente des difficultés juridiques ou urbanistiques qui compliquent considérablement les ventes, surtout lorsqu’un financement est nécessaire. Les banques se montrent extrêmement prudentes face à ce type d’opérations, car de nombreuses constructions n’ont pas une situation cadastrale claire ou sont considérées comme hors règlement. Cela réduit encore les chances réelles d’accéder à la propriété.
« Trois achats sur quatre nécessitent un prêt immobilier, et c’est là que beaucoup de transactions échouent », précise le porte-parole d’Acegi. Le marché est donc sous tension : la demande se déplace, mais elle ne trouve pas d’issue.
De la résidence secondaire au logement principal : un changement de paradigme
Auparavant, ce type de transaction (maison de campagne) était souvent lié à une résidence secondaire, une maison de week-end ou un usage occasionnel. Mais ce schéma a également changé. La pression du marché a transformé ces quêtes en un véritable besoin vital, et non plus en un simple loisir.
« Aujourd’hui, la demande concerne avant tout une résidence principale », souligne José Saavedra. Et ce n’est pas un phénomène porté par l’acheteur étranger, qui reste principalement concentré dans les zones touristiques et côtières. Ce sont avant tout les résidents des îles qui, face à l’absence d’alternatives dans les centres urbains, élargissent leur rayon de recherche. L’idée de s’installer à la campagne gagne du terrain auprès de ceux qui cherchent des options plus abordables. Mais dans la pratique, ce mouvement reste souvent un simple projet.
Un réajustement sans solution miracle : la tension persiste
Aythami Rivero, PDG de l’agence immobilière Ziegel, nuance ce constat. Selon lui, la tendance dominante n’est pas tant un exode vers les zones rurales qu’un simple éloignement au sein même des zones urbaines. « Les gens ne partent pas massivement vers les terres agricoles, mais plutôt vers des zones urbaines plus périphériques, où ils peuvent encore trouver des prix un peu plus bas », explique-t-il.
En définitive, le marché se réajuste sans pour autant résoudre le problème de fond. Le manque d’offre, que ce soit en ville ou à la campagne, continue de dicter la loi. « Il y a énormément de gens qui cherchent un logement aux Canaries et très peu de produits disponibles. Tant que cela ne changera pas, la tension va perdurer », prévient Aythami Rivero. L’avenir du logement aux Canaries se joue désormais entre une demande qui s’adapte et une offre qui peine à suivre le rythme.


