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La Laguna : les Vénézuéliens, une communauté de plus de 10 000 âmes

Une communauté de plus de 10 000 âmes

Ils sont plus de 10 000 Vénézuéliens à vivre à San Cristóbal de La Laguna, selon l’Institut canarien de la statistique (Istac). Cela représente un peu plus de 6 % de la population de la commune. Une communauté dynamique et en pleine croissance qui fait aujourd’hui son entrée sur la scène politique locale. Le maire, Luis Yeray Gutiérrez, soumettra ce jeudi au conseil municipal une motion visant à déclarer le 12 mars « Jour de la communauté vénézuélienne », afin de reconnaître la contribution de cette population au développement de la ville.

Une initiative portée par les associations

L’initiative émane des associations de la communauté vénézuélienne de La Laguna, qui revendiquent leur place et cherchent une plus grande visibilité. Leurs responsables espèrent que cette motion permettra d’ancrer le 12 mars comme une date de rencontre, pour faire connaître la richesse culturelle, gastronomique et ethnographique du pays, et pour renforcer les liens avec leur terre d’adoption. « Au fond, ce que nous voulons, nous les Vénézuéliens, c’est apporter ce que nous avons appris, tant sur le plan académique que social. C’est pourquoi nous trouvons fascinants les modèles d’associations, de participation, toute cette organisation qui existe ici à La Laguna. Et c’est là que nous voulons promouvoir et apporter notre contribution », explique Daniel Jackson, de l’association Mi Mundo en Silencio, qui accompagne les migrants sourds et facilite notamment l’implant cochléaire aux Canaries.

Un tissu associatif dense et diversifié

Cette association, aux côtés d’autres comme Sentir Ciudadano (à l’origine de la motion), Flor de Mayo (dédiée à l’inclusion et au soutien scolaire), Eco Armonía ou encore Christophorus Columbus (centrées sur le mouvement citoyen), travaillent toutes à La Laguna, répondant aux différentes réalités de la population vénézuélienne de la commune. L’un des principaux besoins, sur lequel travaille Sentir Ciudadano, concerne l’aide aux démarches administratives pour les nouveaux arrivants dans l’archipel, en les soutenant dans l’obtention de leurs papiers. Mais leur travail va bien au-delà.

« Nous nous concentrons à la fois sur la partie administrative et sur le soutien académique et éducatif. Nous essayons aussi de transmettre ce qu’est la participation citoyenne, car pour avoir le droit d’exiger, il faut avoir le devoir de participer en tant que citoyen », souligne Edgar Guerrero, fils d’une mère ténérifienne et d’un père galicien, installé à La Laguna en 2022. « Le Vénézuélien arrive ouvert à tout. Parce que lorsqu’il prend la décision de se rendre dans un aéroport et de dire ‘je pars’, c’est qu’il a d’abord fait tout ce qui était humainement possible pour rester dans son pays et qu’il n’avait plus d’autre alternative », raconte-t-il, tirant de sa propre expérience.

Des parcours d’intégration semés d’embûches

C’est aussi le cas d’Andrés Sifontes, président de Sentir Ciudadano, qui n’avait jamais mis les pieds aux Canaries, si ce n’est qu’un lointain ancêtre venait de Tenerife. « Je suis arrivé il y a quatre ans. Je n’avais aucun papier. J’ai fait moi-même mes démarches d’immigration, mais on m’a refusé l’asile », raconte-t-il. Par une « coïncidence de la vie », il a rencontré celle qui est aujourd’hui sa compagne et la mère de son fils, « et j’ai recommencé ma vie. J’ai commencé à étudier, et j’ai même repassé mon permis de conduire, ce qui est difficile mais pas impossible ». Un processus auquel sont confrontés de nombreux compatriotes, qu’il essaie aujourd’hui d’aider depuis l’association. Pour réussir, il faut selon lui « de l’adaptabilité, de la constance et de l’envie ». Daniel Jackson, lui, est sur le point d’obtenir son diplôme de technicien supérieur en insertion sociale.

« Certains arrivent avec la peur, car la question migratoire est complexe. Et en voyant que nous faisons ce pas, ils se disent : moi aussi je veux, moi aussi je peux », commente Edgar Guerrero. « Beaucoup arrivent avec des connaissances et savent quelles démarches faire, mais d’autres sont très perdus et ne savent même pas où aller chercher un papier. Nous les aidons pour l’homologation du baccalauréat ou nous essayons d’obtenir des certifications professionnelles pour qu’ils aient une chance sur le marché du travail. Ce qu’ils veulent, c’est pouvoir être inclus. Qu’on leur donne cette opportunité », témoigne-t-il.

Une intégration facilitée par les liens historiques

Tous trois soulignent le haut degré d’intégration et de participation de la communauté vénézuélienne à Tenerife en général, et à La Laguna en particulier, grâce aux liens historiques. Ils apprécient particulièrement « la tranquillité qu’offre l’île, la sécurité, la confiance, le caractère des gens » et le fait que le Canarien « a toujours été très accueillant ». Et ils n’oublient pas le climat : « Tu es à Santa Cruz et on dirait que nous sommes à La Guaira. On monte ici à La Laguna et c’est comme être entre Caracas et San Antonio de Los Altos. Et si on va du côté de La Esperanza, c’est à peu près comme Mérida. Toute l’île est comme une petite république du Venezuela. Ici, le Vénézuélien s’adapte beaucoup plus vite grâce aux ressources et à la géographie de l’île », note Edgar Guerrero.

Un regard plein d’espoir depuis les Canaries

Et comment perçoit-on le Venezuela depuis les Canaries ? « Avec espoir », répond Daniel Jackson. « Je crois que le Vénézuélien ne perd jamais espoir. Et malgré les mouvements ou les complications qui surviennent là-bas, parce que c’est extrêmement complexe, il y a toujours cette nostalgie de notre terre. Mais ceux d’entre nous qui ont traversé l’Atlantique savent bien que les Canaries nous offrent des avantages très similaires à ceux du Venezuela. »

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