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Crise du logement à Tenerife : l’assaut contre les bidonvilles d’Arona se durcit

Los Vivitos, symbole d’une crise qui explose à Arona

Une simple visite au bidonville de Los Vivitos, à Arona, suffit à comprendre pourquoi cette commune touristique du sud de Tenerife, forte de plus de 90 000 habitants, est la deuxième la plus touchée par le sans-abrisme sur l’île, selon un récent rapport de Cáritas. Au milieu des déchets éparpillés partout, les constructions rivalisent d’ingéniosité : véritables maisons en parpaings avec portes et fenêtres, cabanes plus rudimentaires en tôle et bois, mais dotées d’une porte métallique verrouillée, et même certaines équipées de caméras de vidéosurveillance, d’alarmes, de panneaux solaires et de réservoirs d’eau. La vaste opération policière déployée mardi dernier sur ce site situé en zone rurale, le long de l’autoroute TF-1, entre Buzanada et Guaza, a scellé 17 bâtiments, inspecté 64 constructions au total et donné un ultimatum de trois mois aux 94 personnes identifiées pour quitter les lieux. Il s’agit de la deuxième intervention des forces de l’ordre à cet endroit, mais celle-ci était d’une ampleur bien plus grande. Avec cette opération et d’autres annoncées pour les mois à venir, la mairie d’Arona entend mettre un terme à la prolifération de ces campements illégaux, de plus en plus nombreux non seulement à Arona, mais aussi sur toute la côte et les hauteurs du sud de Tenerife.

Calima, chaleur et absence de services essentiels

Les rafales de vent soulèvent la poussière en continu. La calima — ce brume de sable venue du Sahara — et une chaleur accablante rendent les conditions de vie extrêmes à Los Vivitos, qui occupe d’anciennes exploitations agricoles dont subsistent encore les murets séparant les cultures. Privés des services les plus élémentaires, la plupart des habitants assurent n’avoir pas d’autre choix. C’est le cas d’un couple colombien d’une quarantaine d’années, qui préfère garder l’anonymat. Elle travaille dans un hôtel touristique, lui est en arrêt maladie. Ils ont deux enfants, dont l’un est atteint de troubles du spectre autistique. Chaque jour, ils dépensent 10 euros en essence pour faire fonctionner le groupe électrogène qui leur fournit de l’électricité.

De 1 000 à 1 400 euros de loyer : la bascule vers la rue

Cette famille vivait à Tenerife depuis dix ans et louait un logement à Las Chafiras, pour 1 000 euros par mois. Mais une clause du contrat a fait grimper le loyer à 1 400 euros après un retard de paiement de seulement cinq jours. Incapables d’assumer cette augmentation, ils ont dû quitter les lieux. La recherche d’un autre logement a été, selon leurs dires, un véritable parcours du combattant, en raison des exigences financières : trois mois de caution, frais d’agence immobilière et une multitude de conditions pour accéder à un toit. Après avoir passé un mois au camping Nauta, ils ont échoué à Los Vivitos. D’abord sous une tente, ils ont ensuite construit une petite pièce d’à peine six mètres carrés, où dorment les quatre membres de la famille. L’habitacle comprend une petite cuisine, un réservoir d’eau, une machine à laver et une salle de bain improvisée. Ils ont même réussi à installer un climatiseur pour supporter les fortes chaleurs.

“Nous sommes des gens travailleurs, nous allons nous battre pour sortir d’ici”

La mère insiste : sa situation est temporaire. “Nous avons toujours travaillé. Nous sommes des gens travailleurs et nous allons nous battre pour sortir d’ici”, assure-t-elle. Ses enfants étudient à Las Zocas, et le plus jeune y reçoit l’accompagnement spécialisé dont il a besoin. Mais tous les résidents ne partagent pas cet objectif. Certains voisins, dont un homme qui vit dans le bidonville depuis huit ans, affirment n’avoir nulle part où aller et ne pas quitter les lieux malgré l’ultimatum de la police. Ils dénoncent également la croissance accélérée de la population de Los Vivitos, estimant qu’entre 200 et 300 personnes y vivent désormais. Ils alertent même sur l’apparition de spéculation autour des parcelles du campement.

Un même cri d’alarme : la crise du logement

Tous pointent du doigt la même cause : la crise du logement. Ils réclament que les pouvoirs publics régulent le marché locatif pour empêcher que d’autres personnes ne finissent dans des bidonvilles comme Los Vivitos, une réalité qui s’étend déjà à d’autres zones d’Arona, telles que Guaza, Lomo Negro, El Fraile, Costa del Silencio et Las Galletas.

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