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El Hierro : la polémique enfle autour de transats en béton

Transats en béton : la guerre est déclarée à El Hierro

L’installation de transats en béton dans une petite crique de l’île d’El Hierro a déclenché une véritable controverse. La mairie d’El Pinar a commencé à mettre en place près de 80 hamacas en béton sur le site de Tacorón, au sud-ouest de l’île. Cette opération s’inscrit dans un ensemble de travaux financés à hauteur de 3,6 millions d’euros par des fonds européens, avec pour objectif, selon un communiqué de la consejería de Tourisme du gouvernement des Canaries publié en avril, de « diversifier l’offre touristique et renforcer la valeur patrimoniale et naturelle de la commune ».

Mais l’initiative a immédiatement suscité l’ire de la plateforme Salvar Tacorón, qui qualifie ces travaux « d’attentat environnemental » et exige leur suspension immédiate. Interrogée par notre rédaction, la conseillère municipale au Tourisme d’El Pinar, Magaly González, a tenu à calmer le jeu, affirmant que ces transats « sont du mobilier, pas ancrés au sol, ils sont déplaçables et posés directement sur le terrain, tel quel ». « Aucune modification ne sera apportée au territoire », assure-t-elle.

80 transats, peut-être moins, mais en béton

Interrogée sur le nombre exact et le choix du matériau, l’élue confirme qu’il s’agit bien de transats en béton et que, bien que le projet prévoie l’installation de 80 unités, « il y en aura très certainement moins, c’est presque sûr ». « Comme on ne peut pas toucher au territoire, il y en aura sans doute moins parce qu’il faut respecter un espacement, et les placer là où il n’y a pas de pierres. Elles seront installées là où le terrain le permet », ajoute-t-elle.

Quant au choix du béton, la conseillère municipale justifie cette option dans une vidéo publiée sur la page Facebook de la mairie : l’objectif est de provoquer le moins d’impact visuel possible, en les choisissant de la même couleur que le sol, c’est-à-dire gris. « Bien qu’elles soient conçues en béton de couleur grise, on essaiera de les intégrer au maximum. C’est-à-dire qu’on pourra leur appliquer un traitement par la suite », précise-t-elle à notre journal. Deux photographies, dont notre rédaction a eu connaissance, montrent des sacs en plastique noir posés à même le sol dans la zone. La conseillère au Tourisme explique qu’ils servaient « justement à voir où l’on pouvait les placer [les transats] ».

Un sanctuaire pour les oiseaux menacé

La plateforme Salvar Tacorón a lancé une pétition via change.org, qui a déjà recueilli 1 633 signatures. Les militants y dénoncent le fait que la mairie s’apprête à occuper « des terrains protégés, libres de toute construction ». « Cet espace côtier fait partie de la ZEPA (Zone spéciale de protection des oiseaux) d’El Hierro », alertent-ils, soulignant que parmi les espèces qui y vivent figure le puffin cendré, une espèce vulnérable.

Selon la plateforme, l’habitat d’une fougère protégée, la « langue de serpent », est également perturbé. « Cette plante trouve dans cette plaine l’un de ses derniers refuges à El Hierro », insistent-ils. « Compte tenu de ces graves impacts environnementaux, les travaux devraient être immédiatement suspendus. Ils devraient se limiter à la réparation des installations déjà existantes (aires de pique-nique, parkings et solariums du bassin) », martèlent-ils.

Au-delà du préjudice écologique, la plateforme dénonce la destruction d’un symbole de l’île, « un site d’une valeur géologique et paysagère extraordinaire ». « L’installation massive de transats en ciment à Tacorón représente une occupation agressive et peu respectueuse, qui dégrade l’harmonie du paysage par son artificialité », ajoutent-ils. Salvar Tacorón insiste sur le fait que « transformer un littoral volcanique en une zone touristique intensive constitue une perte évidente de qualité environnementale et d’identité territoriale ».

La mairie se défend et invoque les contraintes budgétaires

Face aux critiques, Magaly González a répondu que, de même qu’il y a un collectif opposé au projet, « il y a aussi d’autres personnes à qui cela semble une bonne idée ». L’élue a expliqué que, pour en arriver à ces travaux, la commune a d’abord dû approuver le Plan général d’urbanisme (PGO), car le site de Tacorón appartenait à trois entreprises différentes. « Une fois approuvé, nous avons dû trouver de l’argent pour réaliser l’expropriation », précise-t-elle.

La mairie a alors sollicité un projet européen de près de 3,7 millions d’euros, qui comprenait l’expropriation de Tacorón et la réfection de l’entrée de La Restinga. En 2024, poursuit la conseillère, une fois Tacorón devenu propriété publique, les projets de rénovation des sentiers, des aires de pique-nique et du kiosque de ce site ont commencé. « Nous avions un délai pour terminer d’ici le début de l’été de cette année, mais les permis pour le kiosque prenaient plus de temps. Nous avons donc dissocié le kiosque du projet et poursuivi avec les ombrières et les sentiers », indique-t-elle.

Le projet européen comportait plusieurs axes, chacun devant représenter 10 % du budget total. En séparant le kiosque du projet commun, la part allouée à l’axe Tacorón est passée en dessous de ce seuil des 10 %. C’est pour cette raison, reconnaît l’édile, qu’ils ont inclus l’installation des transats et des parasols. La pose de ces transats à Tacorón s’inscrit dans le Plan de durabilité touristique en destination (PSTD) « Monte, Mar, Volcanes y Tradiciones » (Montagne, Mer, Volcans et Traditions), doté d’un investissement de 3,6 millions d’euros.

Lors d’une visite à El Hierro, la conseillère régionale au Tourisme, Jéssica de León, a expliqué que les interventions couvraient des sites emblématiques comme la plage de Tacorón et divers sentiers de la commune, afin de « diversifier l’expérience du visiteur et encourager les touristes à parcourir et à profiter de l’environnement au-delà des hébergements touristiques ». Parmi les travaux prévus par ce plan, on trouve l’aménagement du sentier et la réhabilitation des pergolas à Tacorón (616 433 euros), l’achèvement du sentier urbain d’El Pinar (353 000 euros) et la numérisation des Biens d’intérêt culturel de Las Casas et Taibique (60 151 euros).

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