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Les Canaries en course contre la montre pour sauver 242 millions d’euros verts

Une course contre la montre pour les énergies renouvelables

Les Canaries insistent auprès de l’Institut pour la Diversification et les Économies d’Énergie (IDAE) espagnol sur la possibilité d’augmenter de deux ans le délai d’exécution des fonds Next Generation destinés à la décarbonisation. Au sein du ministère chargé de la Transition Écologique et de l’Énergie du gouvernement régional, on indique que Madrid commence enfin à s’inquiéter d’un problème qui pourrait entraîner la perte de 242 millions d’euros, répartis entre plus de 1 200 projets. Bien que toute cette somme soit en cours de traitement, tous les dossiers contenant les aides dûment justifiées doivent quitter l’archipel pour l’administration centrale dès le mois de juin. Pour cela, il est impératif que les projets soient déjà réalisés.

Un délai irréaliste face à la réalité du terrain

La gestion de près de 27 000 dossiers a mis en évidence que le délai initialement accordé ne correspondait pas à la réalité. Le ministère régional finalise son travail ces dernières semaines, et les bénéficiaires des aides n’ont tout simplement pas le temps de concrétiser les projets qu’ils ont présentés. Le tissu économique local est également submergé. Les installateurs de panneaux photovoltaïques n’ont pas assez de ressources pour répondre à une demande intense concentrée sur un temps très court. De plus, il leur est impossible de trouver des travailleurs qualifiés.

Un dialogue enfin engagé avec l’administration centrale

L’IDAE, qui dépend du ministère espagnol pour la Transition Écologique (Miteco), est conscient du problème, car la communication avec le ministère dirigé par Mariano Hernández Zapata a été continue ces derniers mois. “Ils commencent maintenant à s’inquiéter de la situation”, affirme le directeur général de l’Énergie du gouvernement des Canaries, Alberto Hernández. L’IDAE a négocié avec Bruxelles en décembre dernier un délai supplémentaire de deux ans pour exécuter les projets qu’il gère directement, notamment ceux destinés à la recherche d’énergie géothermique dans le sous-sol de l’archipel. Le gouvernement des Canaries défend l’idée que le reste des aides pourrait suivre la même voie, mais l’IDAE a refusé cette possibilité pendant des mois. “Lors de la dernière réunion, nous leur avons exposé la stratégie juridique à adopter et ils nous ont maintenant demandé les détails”, explique Hernández.

Un plan pour sauver des mégawatts et sécuriser l’approvisionnement

Les deux administrations parlent donc désormais le même langage, ce qui a donné naissance au plan envoyé mercredi par le conseiller Zapata au directeur général de l’IDAE, Miguel Rodrigo. L’objectif est de sauver 170 mégawatts de puissance renouvelable et 140 autres mégawatts-heure de capacité de stockage. À Madrid, on ne peut ignorer les difficultés particulières rencontrées par l’archipel pour intégrer les énergies renouvelables. Laisser passer cette opportunité devrait donc être totalement exclu, d’autant plus que l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a fait flamber le prix du pétrole, qui continue de peser excessivement lourd dans la production électrique des Canaries. Pire encore, une pénurie d’hydrocarbures due à la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait menacer un approvisionnement stratégique, vital pour la production d’électricité et, par ricochet, pour les usines de dessalement d’eau.

Deux scénarios sur la table, une issue incertaine

Cependant, l’inclusion d’une prolongation du délai d’exécution parmi les mesures que le Conseil des ministres doit approuver ce vendredi est considérée comme improbable. La proposition envoyée offre une double voie. La plus souhaitable pour le directeur général de l’Énergie des Canaries serait une prolongation de deux ans pour la justification de tous les projets, “comme l’IDAE l’a fait pour ceux qu’il gère directement”. Cependant, on doute fortement que cette décision aboutisse, car l’organisme dirigé par Rodrigo vient tout juste d’obtenir de Bruxelles ses deux années de grâce ; il ne va pas frapper à nouveau à cette porte peu de temps après.

L’autre voie, plus plausible, consisterait à prolonger le délai d’exécution seulement jusqu’au 31 juillet pour les projets considérés comme clés, ce qui permettrait de mettre en service 66 mégawatts de puissance renouvelable. En ajoutant la contribution des Baléares, qui se trouve dans la même situation que l’archipel et alignée sur sa stratégie, on atteindrait 128 mégawatts. Cela servirait de preuve à l’Union européenne (UE) de la pertinence et de l’utilité des aides, et serait le meilleur moyen de la convaincre qu’une prolongation est vitale. Le reste des projets, qui apportent 105 mégawatts supplémentaires pour le cas des Canaries, auraient comme nouvelle date limite d’exécution le dernier jour de 2028.

Un changement de règlement nécessaire

Il faudrait, pour cela, modifier un décret royal (451/2022) et ouvrir une nouvelle voie de financement ; les aides seraient désormais payées sur le programme REPowerEU. Face à Bruxelles, il s’agira d’expliquer, d’une part, que les retards sont dus à des problèmes indépendants de la volonté des bénéficiaires et, d’autre part, que ne pas adapter le calendrier entraînerait la perte d’investissements déjà attribués et d’une partie importante des fonds destinés à favoriser un processus de décarbonisation qui en serait gravement affecté.

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