Un processus de régularisation sous le signe de l’improvisation
Manque de prévision et incertitude. Le processus de régularisation extraordinaire de plus d’un demi-million d’immigrés en Espagne —dont 300 000 dans les îles Canaries— démarre ce jeudi 16 avril par voie télématique et le 20 avril en format présentiel, au milieu de vives critiques concernant l’absence de planification. Alors que La Poste espagnole (Correos) ouvrira 24 bureaux dans l’archipel pour ce processus express —un chiffre qui s’élève à 371 au niveau national—, le syndicat Comisiones Obreras (CCOO) dénonce “l’improvisation, la déficience des moyens techniques et le manque de formation du personnel”.
Une situation critique à quelques heures du démarrage
La situation est claire. À peine quelques heures avant le début du processus —qui a déjà été retardé de deux semaines—, les différents acteurs impliqués remettent en cause une gestion jugée précipitée. “Nous reconnaissons que Correos est un instrument stratégique de service public pour ce processus d’envergure sociale, mais nous ne pouvons pas permettre qu’une mesure de cette ampleur soit mise en œuvre au détriment de la santé au travail et de la saturation d’un personnel déjà à bout”, dénonce le syndicat CCOO.
La répartition des bureaux dans l’archipel
Sur les 24 bureaux qui seront ouverts dans l’archipel, 13 se trouveront dans la province de Santa Cruz de Tenerife, avec un bureau à La Palma, un autre à La Gomera et un autre à El Hierro, en plus de ceux situés sur l’île de Tenerife. Dans la province de Las Palmas, 11 bureaux seront opérationnels, dont un à Lanzarote et un à Fuerteventura. Concernant les bureaux de la Sécurité sociale, l’ouverture d’au moins un bureau par province est prévue, bien que la répartition au niveau de chaque île n’ait pas encore été détaillée pour le moment.
Un manque d’informations qui génère le malaise
Les informations disponibles sont, pour l’instant, de caractère général et n’incluent pas le détail complet par territoire : il reste encore des détails à régler. Ce scénario a généré un profond malaise parmi les différents acteurs. Comisiones Obreras dénonce l'”immédiateté et l’improvisation” du processus : “L’entreprise nous a convoqués à une réunion à la dernière minute, à quelques jours du début du service, sans nous fournir la documentation nécessaire ni le temps suffisant pour négocier les conditions de travail.”
Un risque sérieux de saturation des services
La situation se complique si l’on tient compte du fait qu’aux Canaries, la pression dans les bureaux est déjà élevée en temps normal. Faire face à un volume si important de demandes sans une planification adéquate pourrait donc dériver en une surcharge opérationnelle. Le traitement de chaque dossier peut durer jusqu’à 30 minutes, ce qui, dans le cas de Correos, impliquerait selon des estimations internes un renforcement du personnel d’au moins 30%. “Les bureaux de poste des îles courent un risque sérieux d’effondrement, affectant à la fois les nouveaux usagers et le service postal traditionnel des Canariens”, met en garde Comisiones Obreras.
Grèves et manque de moyens humains
Pour l’instant, les renforts de personnel prévus dans les bureaux des étrangers et de la Sécurité sociale n’ont pas non plus été concrétisés. En effet, le personnel des services de l’immigration a appelé à une grève à partir de lundi pour dénoncer le manque de ressources humaines et alerter sur la surcharge que représentera la mise en œuvre de ce processus extraordinaire de régularisation.
Des lacunes en formation et en sécurité juridique
Un autre aspect dénoncé par CCOO est le manque de formation et de sécurité juridique. Selon le syndicat, seule une partie du personnel —1 000 des 5 000 travailleurs concernés— recevra une formation spécifique. “Nous exigeons qu’il soit garanti que le personnel de guichet se limite à la réception et à la numérisation des documents, sans assumer de responsabilités juridiques ni de tâches de conseil légal pour lesquelles il n’est ni formé ni légalement habilité”, réclament-ils.
Des moyens techniques insuffisants pour éviter le chaos
Ce scénario prend une importance particulière face à la déficience des moyens techniques. Pour éviter que le processus ne “soit un chaos”, le syndicat considère indispensable le renouvellement des scanners, l’amélioration de la bande passante dans les bureaux et la garantie du bon fonctionnement de plateformes comme MERCURIO ou UTEX, essentielles pour le traitement des dossiers. Compte tenu de la sensibilité du processus, les risques de dysfonctionnement des mécanismes de prise de rendez-vous, de contrôle de l’affluence et des renforts de sécurité dans les bureaux des capitales canariennes et des villes de plus de 50 000 habitants sont réels, ce qui pourrait engendrer des situations de tension ou de risque.


