Une opération sous haute tension
L’opération d’évacuation des passagers du bateau Hondius, où une épidémie de hantavirus a été déclarée fin avril (avec au moins huit personnes infectées et trois décès), a été couronnée de succès ce dimanche. Coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités espagnoles depuis le port de Granadilla de Abona, à Tenerife, elle s’est déroulée conformément aux prévisions. La ministre de la Santé, Mónica García, a confirmé lors d’une conférence de presse qu’une partie des passagers et de l’équipage était déjà rentrée dans leurs pays d’origine. Elle a tenu à souligner que le gouvernement canarien était invité à participer au dispositif, mais qu’il n’y était pas venu.
Un dispositif millimétré
La ministre a précisé que l’opération s’était déroulée « en toute normalité et en toute sécurité, malgré les difficultés », en présence des ministres de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, et de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, ainsi que du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom. En fin d’après-midi, elle a également annoncé que la femme résidant à Alicante et celle de Barcelone, qui étaient maintenues à l’isolement pour avoir été en contact avec une personne infectée, avaient toutes deux obtenu un résultat de test PCR négatif.
Au total, à 20h30, 94 personnes de 19 nationalités différentes avaient débarqué. La ministre a détaillé que sept des vols transportaient huit passagers, tandis que l’un d’eux, celui affrété par les Pays-Bas, comptait 11 nationalités à son bord. L’opération a débuté vers 6h00 (heure des Canaries), lorsque le navire, en provenance du Cap-Vert avec 147 personnes à bord, a jeté l’ancre dans le port de Tenerife. Peu avant 9h45, le débarquement a commencé. Les 14 passagers espagnols sont sortis les premiers, par groupes échelonnés.
Un scénario digne d’un film
À partir de ce moment, un dispositif s’est mis en place tout au long de la journée, attirant des centaines de journalistes du monde entier dans le port de Granadilla. Des murmures en anglais, allemand ou japonais se faisaient entendre. Bien que les médias n’aient pas eu accès visuel à la porte de débarquement des passagers, ce sont les drones de la Garde civile qui ont filmé les premières images du débarquement des ressortissants espagnols.
Peu après 11h30, le premier avion a décollé de l’aéroport de Tenerife Sud. Un Airbus de l’armée de l’air transportait les 14 Espagnols, conduits directement sur la piste par des bus de l’Unité militaire d’urgence (UME). Direction la base aérienne de Torrejón de Ardoz, près de Madrid, où ils passeront leur quarantaine à l’hôpital Gómez Ulla et se verront administrer des tests PCR.
Une logistique internationale
Après ce premier groupe, les passagers d’autres nationalités ont débarqué, leurs avions étant déjà prêts sur le tarmac. C’était l’une des conditions du dispositif : ne pas faire sortir les passagers tant que les avions de chaque pays n’étaient pas totalement prêts à décoller. Les passagers français ont été les seconds à quitter le Hondius, comme prévu. Cependant, pendant le vol vers la France, une personne a développé des symptômes compatibles avec le hantavirus, a confirmé le Premier ministre français, Sébastien Lecornu.
Face à cette situation, la ministre de la Santé a déclaré que « cela peut arriver à tout moment, certains passagers peuvent présenter des symptômes », précisant qu’il suffisait de suivre les protocoles. Elle a assuré que les autorités sanitaires françaises continueraient d’élaborer les procédures appropriées. Ensuite, ce fut au tour des Pays-Bas et du Royaume-Uni. En fin d’après-midi, la ministre a indiqué que tout était prêt pour le débarquement des passagers turcs et irlandais.
Le navire reprend la mer
Quant au bateau, qui poursuit sa route vers les Pays-Bas, il fera le plein de carburant à 7h00 lundi, avant de se réapprovisionner un peu plus tard. En fin d’après-midi, il restait deux vols : celui pour l’Australie, qui comptera 6 personnes, et celui pour les Pays-Bas, qui en comptera vraisemblablement 18, soit 34 passagers pour les derniers trajets. En fin de soirée, il restait à débarquer les personnes des vols à destination des États-Unis et de l’Australie. Ce dernier, seul vol confirmé 24 heures plus tôt, décollera lundi de Tenerife Sud vers 19h00, moment où le navire sera prêt à appareiller pour les Pays-Bas.
Tensions politiques en toile de fond
C’est précisément le retard de ce vol qui a suscité la colère du président des Canaries, Fernando Clavijo (CC). Samedi soir, il a déclaré qu’il n’autorisait pas l’accostage du Hondius à cause du hantavirus, même si les compétences ne relèvent pas de la communauté autonome, le port étant d’intérêt général. « Si l’État veut l’imposer, comme il l’a fait jusqu’à présent, qu’il le fasse, mais nous ne l’autoriserons pas », a-t-il lancé lors d’une déclaration après 23h00. Le président régional a exigé que les passagers dont les vols étaient retardés soient transportés par des avions d’autres pays pour quitter Tenerife le plus rapidement possible.
Accompagné de la présidente du Cabildo de Tenerife et du maire de Granadilla de Abona, Clavijo a déploré que les trois ministres arrivés sur l’île aient rencontré la presse avant lui. Lors de la conférence de presse, les ministres ont précisé que « le gouvernement des Canaries était invité à l’opération déployée dans le port de Granadilla et n’y est pas venu ».
Des remerciements venus d’en haut
Le pape Léon XIV a remercié ce dimanche l’accueil qui caractérise le peuple des îles Canaries pour avoir permis l’arrivée du MV Hondius. « Je remercie l’accueil qui caractérise le peuple des îles Canaries pour avoir permis l’arrivée du navire Hondius », a déclaré le pontife en espagnol après la prière du Regina Caeli, l’oraison dominicale qui remplace l’Angelus pendant la période pascale.
De son côté, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a profité de son intervention ce dimanche lors d’un meeting à La Línea de la Concepción (Cadix) pour remercier la solidarité des Canariens envers les passagers du MV Hondius et défendre l’action de l’exécutif central dans cette crise. Sánchez a souligné que « la politique sert avant tout à apporter des solutions au plus grand nombre de gens ordinaires », citant en exemple l’opération déployée pour faire face à l’urgence sanitaire du Hondius, « que l’Espagne a assumée en première personne ».


