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Locations touristiques aux Canaries : une loi qui freine, mais ne résout pas la crise du logement

Un an après, la loi canarienne sur la location touristique produit ses premiers effets

Un an après l’adoption de la loi canarienne régulant les locations de courte durée, le bilan est suffisamment clair pour l’affirmer : la mesure a bel et bien freiné la croissance jusqu’alors inarrêtable des meublés de tourisme dans l’archipel. C’est ce que révèlent les statistiques officielles et le registre régional des logements touristiques. Mais il y a un bémol de taille : ce coup d’arrêt n’a en rien allégé la pression écrasante de la crise du logement, qui asphyxie une grande partie de la population.

« Je ne constate aucune amélioration », regrettent les associations

« Il ne s’est pas écoulé assez de temps pour que l’effet de la régulation se fasse vraiment sentir. Mais l’urgence du logement est toujours là. La saturation persiste », confie Anne Striewe, membre de la Fondation Canarina, une organisation dédiée à la protection de la nature et du territoire de la communauté autonome. « Je ressens la même chose. Je n’observe aucune amélioration, nulle part », renchérit Lidia Cruz, présidente de l’association de quartier Guanarteme se Mueve, à Las Palmas de Gran Canaria.

Un recul modeste des inscriptions au registre régional

Concrètement, les Canaries sont passées de 74 500 logements touristiques inscrits au Registre général du tourisme des Canaries à 73 400. Soit une diminution d’un peu plus de 1 100 logements en six mois. Quant aux « appartements touristiques disponibles », c’est-à-dire ceux qui ont été réservés au moins une fois au cours du même mois de référence ou du mois précédent, ils sont passés de 42 367 en avril à 47 117 en décembre, selon l’Institut canarien des statistiques (ISTAC).

Un gel des nouvelles licences, le moteur principal du frein

Cette diminution était attendue. La nouvelle loi impose en effet aux municipalités d’adopter des arrêtés pour encadrer, pour la première fois, la location touristique sur leur territoire. Tant que ce n’est pas fait, aucune nouvelle licence ne peut être délivrée. À ce jour, seules Las Palmas de Gran Canaria, Pájara et Granadilla de Abona ont rempli cette condition (elles avaient déjà approuvé leurs plans avant l’entrée en vigueur de la loi) et, pour l’instant, aucune autre commune n’a suivi leur exemple.

Le gouvernement régional se réjouit, mais la FECAM cherche des ajustements

Le gouvernement des Canaries s’est félicité de ces premiers résultats. Des sources au sein du département du Tourisme et de l’Emploi, dirigé par Jessica Bueno (PP), affirment que « l’effet de contention escompté a été atteint ». Selon elles, les locations touristiques n’augmentent plus dans 85 des 88 municipalités de l’archipel, et l’exécutif régional n’a pas connaissance d’une croissance dans les trois localités qui ont déjà régulé l’offre. Les mêmes sources ajoutent que le département accompagne les communes dans l’élaboration de leurs arrêtés par le biais de réunions et d’une coordination avec la Direction générale de l’organisation, de la formation et de la promotion touristique.

De son côté, la Fédération canarienne des municipalités (FECAM) a indiqué qu’elle négociait avec le gouvernement régional et les groupes parlementaires l’introduction d’amendements dans le cadre du projet de loi visant à accélérer les permis d’urbanisme. L’objectif est notamment de clarifier et d’harmoniser tout ce qui concerne les « activités classées », principal point de blocage entre les collectivités locales et l’exécutif régional.

Un objectif encore très lointain : le droit à un logement abordable

L’un des objectifs de cette nouvelle réglementation est de « contribuer à garantir l’effectivité du droit de tous les citoyens à un logement décent, adapté et à des prix abordables ». Mais cet objectif semble encore très éloigné, estime Aceysele Chacón, porte-parole de Drago Canarias à Fuerteventura. « Je n’ai constaté aucune amélioration récente concernant les prix des loyers ni l’offre de logements disponibles pour y vivre. En fait, je connais plusieurs cas, même autour d’amies proches, qui ont quitté ou qui vont quitter l’île pour cette raison : parce que leur loyer augmente ou qu’on les met à la porte », déplore-t-elle.

Des loyers qui flambent, quelle que soit la source

Dans l’archipel, selon la source consultée, les loyers ont augmenté d’une manière ou d’une autre, mais toujours de façon constante. Le portail immobilier Idealista estime qu’ils ont grimpé de 54 % depuis 2019. La société Alquiler Seguro évalue la hausse à 45 %. Quant au ministère du Logement espagnol, avec des données plus anciennes mais officielles, il situe l’augmentation à près de 30 %.

Pour Chacón, les problèmes restent les mêmes. « Le ralentissement des locations touristiques n’est même pas comparable à la croissance incontrôlée que nous avons connue jusqu’à présent. Je pense qu’il faut bien plus qu’une loi insuffisante pour que les choses changent aux Canaries. Aucun des deux derniers gouvernements n’a agi avec courage pour freiner cette folie que vit l’archipel, et nous en sommes là », tranche-t-elle.

Des experts appellent à la prudence : s’agit-il d’une vraie tendance ?

Le géographe Agustín Cocola, membre du Groupe de recherche en analyse territoriale et études touristiques de l’Université Rovira i Virgili, en Catalogne, invite à la prudence face à ce recul de la location touristique, un phénomène qui se produit également en Espagne continentale. « Plus qu’une baisse franche, ce que nous observons dans de nombreux cas est une certaine stabilisation après des années de forte croissance, ce qui est tout à fait normal et attendu. En tout état de cause, cela n’implique pas nécessairement une réduction significative de la pression sur le marché du logement », raisonne-t-il.

Cocola conclut que la location touristique a déjà transformé structurellement de nombreux marchés locaux et que, même si la croissance ralentit, le volume accumulé reste très élevé. « Je parlerais donc plutôt d’une phase d’ajustement que d’un changement de tendance ayant des effets clairs sur l’accès au logement », ajoute-t-il.

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