Un premier trimestre dopé par une acquisition majeure
Les soubresauts liés au rachat de Naviera Armas par Baleària, la compagnie dirigée par Adolfo Utor, continuent de se faire sentir dans les chiffres de l’investissement étranger aux Canaries. Au premier trimestre 2026, l’archipel a enregistré 67,2 millions d’euros d’investissements en provenance de l’étranger, un montant qui constitue le troisième meilleur démarrage de l’année jamais observé. Mais ce chiffre cache une réalité bien particulière : 53,1 millions d’euros, soit 79 % du total, relèvent de la rubrique « location de moyens de navigation », selon les données de Datainvex. Concrètement, il s’agit de l’ingénierie financière mise en place par les obligataires propriétaires d’Armas pendant la période précédant le feu vert de la Commission nationale des marchés et de la concurrence.
Des opérations exceptionnelles amenées à disparaître
Avec la conclusion de l’opération, ces mouvements comptables sont appelés à ne plus peser dans les futurs décomptes des millions injectés par les investisseurs étrangers. « À moins que Baleària ait réalisé l’acquisition via une société basée, par exemple, au Luxembourg », tempèrent des sources proches du marché de l’investissement. Une fois cette grosse transaction écartée – d’un montant estimé à environ 350 millions d’euros –, la communauté autonome n’a attiré « que » 14,1 millions d’euros d’origine étrangère, une somme trimestrielle bien plus conforme à ce qui est habituel depuis le début du siècle.
Des précédents comparables en 2022 et 2014
Les deux seuls trimestres où l’investissement étranger a dépassé celui enregistré entre janvier et mars 2026 sont les premiers trimestres de 2022 et de 2014. En 2022, le montant total avait atteint 90,4 millions d’euros, dont 56,2 millions négociés dans la même rubrique « location de moyens de navigation ». En 2014, le total était de 72,9 millions d’euros, avec 17,9 millions dans cette même catégorie, mais surtout 36 millions apportés par l’entrée du groupe japonais Itochu dans le capital de Canaragua. Ces exemples montrent à quel point des opérations ponctuelles peuvent fausser la lecture des tendances de fond.
Le tourisme, moteur incontestable de l’attractivité canarienne
Au-delà de ces distorsions, l’année 2025 dans son ensemble a confirmé que les Canaries sont bel et bien sur le radar des investisseurs étrangers. Sur l’ensemble de l’exercice, 329 millions d’euros en provenance de l’étranger ont atterri dans l’archipel, soit le double de l’année précédente. Un niveau jamais atteint auparavant, qui représente 22 % de l’ensemble des investissements étrangers captés par l’Espagne. Une large part de ce record est à mettre au crédit de la bonne santé du secteur touristique.
Au cours de la dernière décennie et au début de celle-ci, les grands fonds d’investissement ont massivement misé sur le parc hôtelier de l’archipel. Ils ont acquis de nombreux établissements, confiant leur exploitation à des professionnels du secteur. Ces dernières années, ces mêmes fonds ont décidé de réduire leurs positions, générant des montants vertigineux dans les transactions. Selon Datainvex, 202,9 millions d’euros sur le total de l’année écoulée ont eu pour actifs principaux les « hôtels et hébergements similaires ».
Les Canaries, leader espagnol de l’investissement hôtelier
Dans son rapport annuel sur l’investissement hôtelier, le cabinet Colliers chiffre à 1,039 milliard d’euros, répartis en 17 transactions, le volume d’affaires généré par les changements de propriété d’actifs hôteliers dans l’archipel l’année dernière. Le document souligne que ce montant place la communauté autonome en tête du classement national pour la troisième année consécutive, concentrant près d’un quart (24 %) de l’ensemble des sommes investies en Espagne dans des biens touristiques situés dans les îles.
« Nous nous attendons à ce que 2026 conserve un ton positif en matière d’activité d’investissement », a déclaré Laura Hernando, directrice générale des Hôtels chez Colliers, lors de la présentation du rapport. Une prédiction fondée sur « la rentabilité attractive par rapport à d’autres alternatives » qu’offre le secteur de l’hébergement.
Un contraste saisissant avec le recul national
Cette hausse substantielle de l’investissement dans la région intervient dans un contexte de recul au niveau national. L’investissement étranger chute de 21,8 % dans l’ensemble de l’Espagne, qui enregistre sa pire année depuis la pandémie, malgré l’attrait des fonds européens. Certes, comme c’est aussi le cas pour l’archipel, certaines années sont dopées par des opérations exceptionnelles qui faussent les données. Mais aux Canaries, le tourisme reste le facteur différentiel le plus solide, expliquant à lui seul la croissance de l’investissement étranger l’année dernière, alors que le pays subissait une baisse de plus de 20 %. Pendant cette période, six euros sur dix venus de l’étranger ont atterri dans ce secteur d’activité.
La spéculation immobilière, autre aimant pour les capitaux
La spéculation autour du logement attire également les investisseurs fortunés en quête de rentabilité. La pénurie d’offre de logements génère des prix élevés sur le marché locatif dans les centres urbains de toute l’Espagne. Les Canaries ont d’ailleurs déclaré l’urgence en matière de logement. Un contexte qui, s’il profite aux investisseurs, aggrave la crise du logement pour les habitants de l’archipel.
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