Un tollé général après le chaos du 11 juillet
Samedi 11 juillet, l’aéroport de Tenerife Sud (Reina Sofía) a connu une journée noire. Un embouteillage monstre a paralysé les accès à la terminal, provoquant des files d’attente de plus d’une demi-heure sous un soleil de plomb pour des passagers cherchant à quitter les lieux. Ce chaos, dénoncé par les transporteurs comme un phénomène récurrent lors des jours d’affluence, a déclenché une onde de choc dans tout l’archipel. En cause : le nouveau système d’accès pour les bus (appelés « guaguas » aux Canaries) mis en place par Aena, le gestionnaire des aéroports espagnols, depuis le 1er janvier 2026. Surnommé le « tasazo » (la grosse taxe), ce dispositif visait à limiter le stationnement gratuit des véhicules de transport collectif devant la façade de l’aérogare, en instaurant un créneau maximal d’une heure, au-delà duquel les entreprises devaient payer.
Une réunion décisive ce mardi
Face à la pression des institutions locales et des professionnels, une réunion cruciale s’est tenue ce mardi 21 juillet entre Aena, le gouvernement des Canaries, le Cabildo (conseil insulaire) de Tenerife et les représentants du transport. À l’issue de cet échange, Aena a accepté de revoir sa copie. L’entreprise, qui gère les aéroports espagnols en partenariat public-privé, a pris plusieurs mesures immédiates pour tenter de désamorcer la crise.
Les premières mesures annoncées
Concrètement, Aena a décidé de suspendre provisoirement la perception de la taxe sur les transports collectifs. La barrière de péage restera en place, mais sans appliquer le « tasazo » jusqu’au mois de décembre prochain. Cette période de cinq mois servira de test et d’adaptation. En parallèle, l’entreprise s’est engagée à déployer un agent pour vérifier le bon fonctionnement des barrières d’entrée et de sortie, et à aménager un parking extérieur (anciennement réservé aux voitures de location) où les bus pourront attendre que leurs passagers aient débarqué des avions. L’objectif affiché est clair : éviter que le scénario du 11 juillet ne se reproduise, préserver l’image touristique de Tenerife et, surtout, que les passagers n’aient plus à patienter de longues minutes en plein soleil.
« Une heure suffit-elle ? » : la question qui fâche
Le cœur du problème réside dans la limitation à une heure du stationnement dans la « poche » de dépose-minute devant la terminal des arrivées. Au-delà, les entreprises de transport étaient facturées. Certaines d’entre elles estimaient le surcoût mensuel à environ 6 000 euros, un chiffre qui a alimenté la colère. Aena, de son côté, défendait son système en affirmant vouloir garantir une rotation plus fluide et des places suffisantes pour tous les véhicules. Mais les transporteurs et les autorités locales ont dénoncé un « afán recaudatorio » (une volonté de faire de l’argent) que le gestionnaire dément formellement.
Un aéroport parmi les plus fréquentés du pays
L’aéroport de Tenerife Sud n’est pas un aéroport comme les autres. Avec près de 14 millions de passagers en 2025, il est le deuxième de l’archipel et le septième d’Espagne. Sa rentabilité est l’une des plus élevées du réseau. C’est dire l’importance de cette crise pour l’économie touristique de l’île. La directrice générale des Transports et de la Mobilité du gouvernement des Canaries, María Fernández, a souligné le caractère « conçu à Madrid et appliqué sans tenir compte des particularités de notre archipel » de la mesure. « Ce n’est pas pareil à Lanzarote qu’à Tenerife, ni à Tenerife qu’à Gran Canaria », a-t-elle martelé.
Un calendrier de réunions pour l’avenir
Pour éviter que la situation ne se reproduise, un calendrier de réunions a été établi. Il permettra, selon María Fernández, « d’analyser les données et de décider quelles mesures seront mises en œuvre l’année prochaine et de quelle manière ». L’objectif est que « aucun bus n’ait à rester immobilisé plus longtemps que nécessaire, que l’opération soit efficace, qu’Aena parvienne à gérer correctement le passager qui arrive dans nos aéroports et, surtout, que nos concitoyens et nos routes ne subissent pas d’impact négatif à cause d’une décision imposée uniformément depuis Madrid, loin de la réalité canarienne ».
Le point de vue des acteurs
De son côté, le directeur des aéroports d’Aena aux Canaries, Luis López, a promis de « maintenir le système de contrôle d’accès, mais en ouvrant une période de familiarisation et d’adaptation pour tous les usagers ». Il a précisé que l’entreprise « introduirait des améliorations » pour « ajuster les procédures et les modes de travail ».
La conseillère insulaire à la Mobilité, Eulalia García (Cabildo de Tenerife), s’est félicitée de l’issue de la réunion : « Nous avons montré notre total désaccord avec la mesure et surtout avec la manière dont elle a été imposée sans nous consulter. Nous avons suffisamment de problèmes de mobilité à Tenerife pour en ajouter un nouveau ». Concernant les éventuels auvents ou zones d’ombre pour les touristes, elle estime que si l’opération est bien réglée, « les touristes ne devraient pas avoir à attendre ici : l’idée est qu’ils puissent monter pratiquement tout de suite dans le transport ».
Enfin, le président de la Fédération des entrepreneurs de transport des Canaries, José Agustín Espino, a été catégorique : « Ma position personnelle a été claire depuis le début : je me suis opposé à ce qu’un bus doive payer pour attendre les passagers à l’aéroport. Un bus vient ici pour fournir un service de prise en charge, pas pour travailler pour l’aéroport ». Il prévient que même avec cette période de test, « il y a des moments de forte affluence touristique, surtout en hiver, et les routes de Tenerife sont ce qu’elles sont. Soit nous attendons à l’aéroport que les passagers sortent, soit nous faisons la queue pour essayer d’y entrer ».
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