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Spencer Tunick à Gran Canaria : le photographe prépare « Gran Spectrum »

Un projet monumental sur une île volcanique

Après avoir photographié des dizaines de milliers de personnes nues dans plus d’une centaine de villes à travers le monde, Spencer Tunick a trouvé à Gran Canaria, qu’il qualifie de « meilleure île du monde », le lieu idéal pour concrétiser l’une de ses interventions les plus marquantes. Le 26 juillet prochain, l’artiste new-yorkais transformera Las Palmas de Gran Canaria et Maspalomas en décor de Gran Spectrum, une vaste installation humaine inspirée des couleurs des drapeaux LGTBIQA+. Loin d’être une simple photographie de foule, cette œuvre ambitionne de projeter depuis les Canaries un message international de liberté, d’égalité et de convivialité.

Un message de résistance artistique

Pour Tunick, ce projet naît d’une réaction à un contexte historique qu’il juge particulièrement préoccupant pour les droits des personnes LGTBIQA+. « Aux États-Unis, il y a beaucoup de désinformation de la part du gouvernement concernant les personnes LGTBIQA+, ce qui génère de la peur et de la violence contre la communauté », explique l’artiste. « Quand une communauté vulnérable est déformée, mal interprétée ou qu’on ment à son sujet, je ressens que, si je peux créer une œuvre qui attire l’attention sur cette situation, c’est un honneur d’accepter l’invitation à faire partie de ce projet. » Cet engagement fait de Gran Spectrum bien plus qu’une œuvre esthétique : Tunick la définit comme une action artistique participative, située entre l’art conceptuel et le documentaire, capable de générer des souvenirs, des émotions et une conversation internationale sur la diversité et les droits humains.

Pourquoi Gran Canaria ?

L’élément différenciateur de ce projet réside précisément dans le choix du lieu. Après avoir travaillé dans des villes comme New York, Barcelone, Amsterdam, Vienne, Mexico ou Sydney, Tunick estime que Gran Canaria apporte une signification unique à l’intervention. « Cela faisait longtemps que je n’avais pas travaillé sur une île volcanique. Quand j’ai travaillé à Hawaï, j’ai expérimenté une combinaison très puissante entre nature, culture et corps humain. Ici, c’est similaire. Il y a une énergie spéciale sous la terre, une île vivante où les éléments naturels font partie de l’expérience. » Pour le photographe américain, cette condition volcanique fait de Gran Canaria un décor impossible à reproduire ailleurs. « Créer une œuvre humaine sur une île vivante génère une dynamique qui ne peut être comprise qu’en y participant. J’espère que tous ceux qui feront partie de l’expérience comprendront que je ferai tout mon possible pour créer une œuvre qui résonne avec notre époque. »

Ce choix est également lié au rôle que l’île joue depuis des décennies comme l’une des grandes références européennes du tourisme inclusif et de la défense des droits LGTBIQA+. Le projet bénéficie du soutien de l’office de tourisme Gran Canaria, La Isla de Mi Vida, via la présidence du Cabildo de Gran Canaria, et de l’office de tourisme des îles Canaries, renforçant ainsi la projection internationale de l’archipel en tant que territoire engagé pour la diversité et les droits humains.

Une œuvre ouverte à tous

Bien que le message soit centré sur la communauté LGTBIQA+, Tunick insiste sur le fait que la participation est ouverte à toutes et tous. « Nous invitons tout le monde à participer. Quel que soit le genre, quelle que soit l’idéologie politique, tout le monde est le bienvenu. Cette œuvre veut confirmer la beauté, les valeurs et l’avenir de la communauté LGTBIQA+, ainsi que son lien avec la pensée libre, l’art et la culture. » L’intervention utilisera des peintures corporelles inspirées des couleurs des différents drapeaux du mouvement pour construire une grande composition abstraite formée de centaines de personnes.

Le processus comme message

Pour l’artiste, la véritable signification de l’image réside autant dans le résultat final que dans le processus collectif nécessaire à sa construction. « Les participants devront voyager, se lever tôt, couvrir entièrement leur corps de peinture et travailler ensemble pour créer des formes abstraites. Cet effort collectif est en soi un grand message. » Depuis plus de trente ans, Spencer Tunick fait du corps humain le protagoniste principal de son travail. Pour lui, la nudité collective efface les différences sociales et permet de parler d’identité sur un plan profondément humain. « C’est incroyable de voir comment le corps humain est en constante transformation et comment les gens ont la capacité de changer librement dans une société où le gouvernement ne limite pas cette évolution. »

L’espace public comme théâtre

L’espace public occupe également une place essentielle dans son langage artistique. « Travailler avec le corps nu dans l’espace public crée un véritable éclair d’énergie. Pendant un instant, une euphorie collective apparaît, qui ne reste vivante que grâce à la photographie. » Cette image figée devient, selon lui, bien plus qu’un document visuel. « Ce que j’essaie de faire tout au long de ma carrière, c’est capturer un moment d’euphorie collective de manière abstraite. » Ceux qui ont déjà participé à ses installations décrivent souvent l’expérience comme profondément transformatrice. Tunick espère que cela se reproduira à Gran Canaria : « Avant tout, je souhaite qu’ils prennent du plaisir. Travailler le plus vite possible pour que tout le monde soit à l’aise, tout en soignant chaque détail pour obtenir la meilleure œuvre possible. »

Un souvenir unique en échange de la participation

Comme pour ses précédents projets, chaque participant recevra par la suite une photographie en édition limitée réalisée pendant l’intervention. « C’est un cadeau en échange de leur participation. Faire partie de quelque chose qui génère une énergie collective aussi intense est très puissant. La photographie fige cet instant et permet à l’imagination de compléter tout ce qui s’est passé avant et après. » Tunick sait que la photo finale suscitera des questions. « C’est toujours la même chose. Les gens veulent savoir qui sont ces personnes, d’où elles viennent, où elles ont laissé leurs vêtements ou pourquoi elles étaient là. » Et c’est précisément là que réside le véritable objectif du projet. « Les participants appartiennent à la communauté LGTBIQA+ et il y a aussi des alliés. Il y a des personnes de tous genres, de toutes nationalités. Tout le spectre est représenté dans cette œuvre. »

Il ajoute une phrase qui résume le sens d’avoir choisi les Canaries pour ce projet : « Et ce spectre, en plus, sera réuni sur l’une des meilleures îles du monde. »

Gran Spectrum : un symbole global

Avec Gran Spectrum, Gran Canaria deviendra une nouvelle fois une vitrine internationale où l’art, le corps humain et la participation citoyenne s’unissent pour construire une image appelée à dépasser le cadre artistique et à devenir un symbole mondial de convivialité, de diversité et de défense des droits humains.

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