L’anneau de Tenerife entre dans sa phase décisive
Le projet tant attendu de l’anneau routier de Tenerife, par son versant ouest, franchit une étape cruciale. La consejería des Travaux publics du gouvernement des Canaries confirme que le premier trimestre 2027 est désormais la date butoir pour achever les travaux du tronçon reliant Santiago del Teide à El Tanque. Cette infrastructure, l’une des plus importantes actuellement en chantier dans l’archipel, permettra de connecter les corridors nord et sud par l’ouest de l’île, mettant fin à des décennies d’attente.
Un chantier colossal de 288,7 millions d’euros
L’exécution des travaux est assurée par l’Union temporaire d’entreprises (UTE) composée de FCC Construcción, Syocsa-Inarsa et El Silbo. Avec un budget actuel de 288,7 millions d’euros, dont plus de 202,2 millions déjà engagés (soit plus de 70 % du projet), le chantier génère une activité économique et sociale considérable. Actuellement, 50 ouvriers travaillent directement sur le site, tandis que 110 emplois indirects sont liés aux tâches auxiliaires et aux fournitures nécessaires au projet.
Une liaison directe entre le nord et le sud
La nouvelle voie reliera directement les autoroutes TF-1 et TF-5 par l’ouest de Tenerife, remplaçant ainsi l’actuelle TF-82 sur ce tracé. L’amélioration promise est spectaculaire : un gain de sécurité significatif et un temps de trajet réduit de près de moitié entre le nord et le sud de l’île, lorsque les conditions de circulation seront favorables. Les prévisions de trafic confirment l’importance stratégique de l’ouvrage : environ 17 000 véhicules par jour sont attendus dès la première année d’exploitation, un chiffre bien supérieur aux 5 000 estimés à la fin des années 1980. À long terme, la moyenne quotidienne pourrait atteindre 30 000 véhicules.
L’ouverture de ce tronçon permettra aussi de redistribuer une partie du trafic qui emprunte actuellement l’est de Tenerife, soulageant ainsi l’autoroute du Nord (TF-5) et réduisant les problèmes de congestion dans la zone métropolitaine de Santa Cruz de Tenerife et San Cristóbal de La Laguna. Au-delà de la mobilité, cette infrastructure est appelée à devenir un moteur de développement économique pour les communes du nord-ouest de l’île, en facilitant le transport de marchandises et en améliorant l’accessibilité pour les entreprises et les habitants.
Le tunnel d’Erjos : une prouesse technique de 5 kilomètres
L’élément le plus emblématique du projet est sans conteste le tunnel d’Erjos, destiné à devenir le plus long de tout l’archipel canarien. L’ouvrage se compose de deux tubes parallèles de 5 095 mètres chacun, dont 4 855 mètres creusés en pleine montagne. La perforation a été réalisée principalement par tirs de mines contrôlés, complétés par des moyens mécaniques lorsque les conditions géologiques l’exigeaient. Les travaux ont avancé simultanément depuis les quatre entrées, 24 heures sur 24, en trois équipes.
Les jonctions des fronts de taille ont eu lieu le 26 juin 2023 pour le tube en direction de Santiago del Teide, et le 14 août de la même année pour le tube menant à El Tanque. Le 10 octobre 2024, l’excavation complète des deux tubes était achevée dans la phase dite de « dégrossissage ».
Des mesures environnementales et une modernisation des systèmes
Au-delà de sa dimension technique, le projet intègre de nombreuses mesures environnementales : restauration d’anciennes carrières grâce au réemploi des matériaux excavés, réhabilitation d’habitats d’intérêt communautaire, création d’un parc périphérique à Santiago del Teide et diverses modifications de conception pour minimiser l’impact sur les espaces naturels sensibles.
L’un des derniers jalons administratifs remonte à janvier 2026, avec l’approbation définitive de la modification numéro 2, portée par la Direction générale des Infrastructures routières. Cette modification, d’un montant de 21,49 millions d’euros (soit 8,9 % du budget actuel), poursuit trois objectifs : réduire les émissions de gaz à effet de serre, diminuer la dépendance énergétique aux combustibles fossiles et mettre à jour les systèmes de sécurité du tunnel d’Erjos.
Parmi les mesures phares, on trouve la construction d’une centrale photovoltaïque en autoconsommation, installée au-dessus du faux tunnel à l’entrée côté Santiago del Teide. D’une puissance de 589,68 kilowatts-crête, elle sera composée de 936 modules photovoltaïques de 630 watts chacun. L’énergie produite couvrira environ 55 % des besoins électriques du tunnel en conditions normales d’exploitation. Le système comprendra également quatre onduleurs de 125 kilowatts nominaux et un poste de transformation permettant son intégration au réseau électrique de l’infrastructure.
La modification prévoit aussi un changement constructif majeur dans le revêtement du tunnel. Le remplacement de certaines solutions traditionnelles par un béton projeté permettra de réduire la consommation de ciment et d’éviter l’émission d’environ 32 000 tonnes de dioxyde de carbone. Enfin, les systèmes de ventilation, d’éclairage, de communication et de contrôle seront modernisés pour répondre aux dernières normes technologiques et de sécurité.
Un chemin semé d’embûches administratives et judiciaires
L’histoire récente de ce chantier a été marquée par une bataille administrative et judiciaire complexe. Le contrat avait été attribué initialement en juin 2019 à une UTE dirigée par OHL, sous l’ancienne mandature de Pablo Rodríguez à la tête de la consejería des Travaux publics. L’offre, d’un montant de 213,4 millions d’euros hors IGIC (l’équivalent de la TVA aux Canaries), avait été jugée non anormalement basse par les services techniques. Mais l’UTE FCC avait contesté l’attribution, arguant du non-respect de la réglementation du travail et des normes sociales par l’offre d’OHL. Le Tribunal administratif des Contrats publics des Canaries lui a donné raison, entraînant l’exclusion d’OHL.
L’administration régionale a alors attribué le marché à l’UTE composée de FCC Construcción, Syocsa-Inarsa et El Silbo. Cependant, le conflit s’est poursuivi devant les tribunaux. En mars 2024, la première section de la chambre contentieuse-administrative de Santa Cruz de Tenerife a annulé à la fois la résolution du Tribunal administratif des Contrats publics et l’ordonnance administrative liée à l’exclusion de l’UTE OHL. Pour mettre fin au litige, le gouvernement des Canaries a conclu un accord indemnitaire avec l’UTE OHL d’un montant de 13,78 millions d’euros. L’objectif : exécuter la décision de justice, garantir la continuité d’un ouvrage stratégique pour Tenerife et éviter de nouveaux retards ou une paralysie du chantier. Le conseiller Pablo Rodríguez avait alors défendu cette solution, arguant qu’elle permettait de protéger l’intérêt général, de minimiser le coût pour les finances publiques et d’assurer la poursuite des travaux sans interruption.
Un tournant historique pour la mobilité de Tenerife
Avec plus des deux tiers du projet déjà réalisés et les étapes les plus complexes derrière eux, la boucle insulaire de Tenerife aborde son dernier droit. Sa mise en service marquera une transformation historique pour la mobilité de l’île et concrétisera l’une des infrastructures les plus attendues depuis des décennies.
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