Synthèse réalisée avec l’aide d’une intelligence artificielle à partir d’informations en espagnol. Source sous l’article.
Quand le thermomètre s’invite dans la programmation
L’augmentation des épisodes de chaleur extrême en Europe ravive le débat sur la viabilité des grands festivals en plein air durant la saison estivale. Annulations, changements d’horaires et protocoles renforcés sont devenus monnaie courante dans de nombreuses villes du continent. Aux Canaries, pourtant, la donne est différente. L’archipel n’a pas connu jusqu’ici de vagues de chaleur de l’ampleur de celles enregistrées sur le continent espagnol ou dans les pays d’Europe du Nord, et celles-ci n’ont pas coïncidé avec de grands rendez-vous musicaux. Les promoteurs et organisateurs commencent néanmoins à intégrer le facteur climatique dans leur planification, non pas comme une urgence immédiate, mais comme une variable stratégique à moyen terme.
« Le climat a toujours joué en notre faveur ici », résume Leo Mansito, directeur de New Event et responsable de festivals tels que le Granca Live Fest ou le Tenerife Music Fest. « À vrai dire, aux Canaries, nous n’avons jamais subi cette menace comme ailleurs. Même en plein mois de juillet, lors du Granca Live, il m’est arrivé de voir tomber quelques gouttes », explique-t-il. L’expérience de nombreux promoteurs le confirme : face aux pics de température du continent, l’archipel maintient une stabilité qui le positionne comme un enclave privilégié pour la musique live.
Adapter calendrier et infrastructures
Cet avantage comparatif n’élimine toutefois pas la nécessité de s’adapter. Juan Francisco Senabre, organisateur du Gran Canaria Sum Festival, l’envisage en termes de planification : « Nous travaillons en octobre, donc pour l’instant, tout est inchangé. Mais il faut de plus en plus prendre en compte de paramètres : la météo, les températures, les prévisions… » La saisonnalité fonctionne ici comme un outil d’atténuation, en déplaçant les événements hors des mois les plus chauds.
D’autres promoteurs choisissent carrément d’éviter l’été. Juan Salan, de Salan Producciones, est catégorique : « Si je faisais des festivals en pleine canicule, j’en tiendrais compte. Le bien-être du public est primordial, donc il faudrait envisager des horaires plus tardifs, de l’eau gratuite, des zones d’ombre et davantage d’assistance médicale. » Dans son cas, la stratégie consiste à programmer en juin et en octobre, « et si ça coïncidait avec de fortes chaleurs, nous appliquerions toutes ces mesures », ajoute-t-il, soulignant l’approche préventive.
D’un point de vue plus opérationnel, José María de la Cova, promoteur du Tenerife Cook Music Fest, relativise l’impact de la chaleur sur la logistique. « En 2024, nous avons été pris dans une vague de chaleur et nous avons assuré les concerts sans difficulté majeure. C’est comme pour les fêtes foraines : qu’il y ait une vague ou pas, on les fait », observe-t-il. La clé réside selon lui dans l’adaptation technique : « Si les scènes ne peuvent pas être montées de jour, on travaille de nuit. Cela se fait depuis des années. » Son constat rejoint une tradition d’événements organisés sous des climats exigeants, où l’organisation s’ajuste sans bouleverser le calendrier.
Le confort du public au cœur des préoccupations
Au-delà de l’opérationnel, le débat s’élargit à l’expérience du public. Carlos Ulises Salazar, codirecteur du Phe Festival à Puerto de la Cruz, introduit le concept de durabilité intégrale : « Un festival ne peut pas se limiter aux déchets ou à l’énergie. Il s’agit aussi de garantir que les gens soient à l’aise, puissent s’hydrater et se reposer. » Dans le cas de ce festival, qui s’est tenu pendant des années en août et qui a désormais été déplacé au début du mois de septembre, des mesures comme l’accès gratuit à l’eau ou la création de zones d’ombre font partie intégrante de sa conception. « Nous ne voulons pas que quiconque ait à choisir entre s’hydrater et dépenser de l’argent », affirme Salazar, qui reconnaît néanmoins que, même s’il ne perçoit pas d’augmentation nette de la chaleur au niveau local, il constate un contexte global inquiétant : « Les données sur la température des océans sont alarmantes et cela aura des conséquences. »
Dans la même veine, Javier Jiménez, promoteur du Festival Boreal à Los Silos, perçoit ce phénomène comme une opportunité d’amélioration. « Tout ce qui nous pousse à repenser un festival aura un impact positif sur le public », soutient-il. Le Boreal se tient chaque année en septembre, et l’édition 2025 s’est déroulée pendant une intense vague de chaleur qui a obligé à réajuster les horaires et à renforcer les services. « Nous avons reprogrammé des activités, augmenté l’eau gratuite et adapté le programme pour le rendre plus agréable », détaille-t-il. Son approche privilégie ainsi la cohérence environnementale : « Il ne s’agit pas de lutter contre la chaleur par une consommation énergétique accrue, mais de trouver des solutions durables. »
Le vent, autre défi émergent
L’impact du changement climatique aux Canaries ne se limite toutefois pas à la chaleur. Neftalí Acosta, directeur de Sonidos Líquidos à Lanzarote, pointe d’autres facteurs émergents : « Ici, nous ne subissons pas ces vagues de chaleur extrêmes, mais nous observons des changements, surtout au niveau du vent. » Son festival, organisé à La Geria, a d’ailleurs dû être annulé cette année en raison de rafales atteignant 80 km/h au début du mois de juin. « Nous avons toujours eu une assurance pour intempéries et cette année, nous avons dû nous en servir », explique-t-il. Pour Acosta, le défi n’est pas tant la chaleur que l’imprévisibilité : « Plus rien n’est mathématique. Il faut prévoir toutes les éventualités. »
Un atout climatique à préserver
Dans l’ensemble, le secteur s’accorde à dire que les Canaries conservent des conditions optimales pour l’organisation d’événements en plein air durant une grande partie de l’année. La possibilité de programmer des concerts au-delà de l’été, au printemps, à l’automne, voire en hiver, renforce leur attrait par rapport à d’autres destinations. L’évolution du climat global introduit cependant une nouvelle couche de complexité. Pour l’heure, pas d’alarmisme. Mais une conscience grandissante que le climat n’est plus une simple toile de fond, mais bien un acteur qui conditionne la production culturelle. Pour reprendre les mots de Carlos Ulises Salazar, « les conditions météorologiques font partie de la planification d’un événement et il faut anticiper ». Les Canaries, grâce à leur équilibre climatique, partent avec une longueur d’avance. Reste à savoir combien de temps cet avantage durera et comment il sera géré dans un scénario de plus en plus incertain.
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