Un conflit qui s’enlise aux Canaries
Depuis la mi-février, le Syndicat médical des Canaries (CESM) est en grève. Un mouvement qui visait dans un premier temps le ministère espagnol de la Santé, en raison du Statut-cadre (Estatuto Marco), avant de s’étendre au Service canarien de la santé (SCS) pour non-respect des accords de grève de 2023. Ces derniers jours, l’administration régionale a soumis une offre aux médecins pour tenter de mettre fin à des mobilisations qui ont déjà coûté plus de 150 millions d’euros au système de santé de l’archipel. Mais pour le syndicat, cette proposition est jugée insuffisante. Ce matin même, ils ont annoncé publiquement leur rejet et la poursuite des arrêts de travail tout au long de l’année. De son côté, le SCS ne comprend pas cette fin de non-recevoir, estimant que le document doit encore être débattu en table sectorielle. Face à ce qu’ils considèrent comme un manque de sérieux de la part de l’administration, les médecins des îles ont exigé l’intervention directe du président du gouvernement des Canaries, Fernando Clavijo, pour qu’il prenne personnellement les rênes des négociations. Voici les clés pour mieux comprendre ce conflit.
Deux grèves parallèles pour un même malaise
Les médecins ont mené deux grèves parallèles ces derniers mois. Au départ, les mobilisations étaient uniquement dirigées contre le ministère de la Santé à propos du Statut-cadre, la loi nationale qui fixe les règles de base des conditions de travail des professionnels du Système national de santé. Cependant, à partir d’avril, le CESM a également convoqué un arrêt de travail au niveau régional, dénonçant le non-respect par le SCS des accords issus de la grève de 2023. Des mesures que l’administration s’était engagée à appliquer mais qui, selon le syndicat, n’ont jamais vu le jour.
Les grèves régionales du CESM contre le SCS ont débuté en avril de cette année et totalisent déjà quatre journées : les 30 avril, 4 mai, 25 mai et 22 juin. Mais l’impression que ce conflit dure depuis des lustres n’est pas le fruit de l’imagination. Les médecins mobilisés dans le cadre de la grève nationale contre le Statut-cadre organisent des rassemblements aux Canaries depuis le 16 février 2026. Concrètement, chaque mois, ils descendent dans la rue pendant une semaine pour exiger du ministère une réglementation propre à leur profession. La dernière mobilisation a eu lieu la semaine dernière. De nouvelles dates sont déjà envisagées à partir de septembre, tant sur le plan régional que national, jusqu’à ce que l’administration réponde à leurs revendications.
Des revendications précises, une offre jugée « honteuse »
Dans le cadre de la grève nationale, les médecins réclament une norme propre et spécifique pour répondre aux particularités de la profession médicale, une compétence qui relève du ministère de la Santé et non des communautés autonomes. Au niveau régional, leurs principales revendications auprès du SCS portent sur l’amélioration de la rémunération des heures de garde et l’harmonisation de la carrière professionnelle — une prime salariale reconnue au niveau national pour les années d’expérience, la formation et les performances — avec la moyenne des trois communautés autonomes les mieux rémunératrices, et ce pour toutes les catégories du SCS. Ils demandent également la mise en place d’un système de mutations ouvert et permanent, permettant aux médecins de changer d’affectation au sein du SCS sans attendre de nouvelles offres publiques d’emploi.
Par ailleurs, ils exigent la fin des gardes de 24 heures. Conscients de la difficulté de cette demande, ils réclament, tant qu’elles subsistent, des mesures concrètes pour le repos post-garde, notamment un repos de 48 heures après ce type de journée. Ils souhaitent aussi la régularisation des médecins effectuant des gardes localisées — c’est-à-dire des professionnels en situation de disponibilité permanente —, la réduction du nombre maximum de patients par spécialiste et des réformes des infrastructures du SCS.
Face à ces demandes, le SCS a proposé une augmentation des effectifs, une amélioration de 20 % de la rémunération de l’heure de garde, la réduction du nombre maximum de patients par agenda quotidien pour les spécialistes en médecine familiale et communautaire ainsi que pour les pédiatres, et la garantie d’une récupération adéquate après les gardes. Le syndicat a qualifié cette offre d' »honteuse » et « inacceptable », estimant qu’elle ne répond que très superficiellement à leurs demandes principales. D’une part, ils soulignent que le prix proposé pour les heures de garde n’atteint pas la moyenne des trois régions les mieux rémunératrices, comme cela leur avait été initialement annoncé. D’autre part, ils dénoncent le fait que le document aborde superficiellement des sujets comme l’harmonisation de la carrière professionnelle, sans mentionner d’actions concrètes ni de calendrier. Enfin, selon les médecins, le texte n’évoque ni l’amélioration des infrastructures, ni le repos post-garde, ni la régularisation des gardes localisées, et la limitation du nombre de patients ne s’appliquerait qu’aux spécialistes en médecine familiale et communautaire ainsi qu’aux pédiatres.
Les médecins interpellent directement le président Clavijo
De son côté, le SCS ne comprend pas le refus catégorique des médecins. Selon eux, leur proposition d’amélioration précise clairement qu’il s’agit d’une offre à négocier en table sectorielle, ce qui rend le rejet pur et simple incompréhensible. Par ailleurs, ils rappellent que ces mesures, telles que spécifiées dans le document envoyé, feront l’objet de négociations et ne concernent que les conditions de travail qui relèvent uniquement du SCS. Concernant le Statut-cadre, la conseillère régionale à la Santé, Esther Monzón, a interpellé la ministre lors des trois derniers conseils interterritoriaux pour qu’elle résolve le conflit.
Le syndicat estime qu’après avoir reçu cette proposition « insuffisante », le président du gouvernement des Canaries, Fernando Clavijo, doit assumer personnellement la responsabilité politique. Ils rappellent que pendant la grève médicale de 2023, Clavijo avait déclaré qu’il recevrait toujours les représentants des médecins pour écouter leurs revendications et chercher des solutions. Pour le syndicat, ce moment est arrivé.
Un lourd bilan humain et financier
La grève aux Canaries a déjà des conséquences considérables : plus de 57 000 consultations reportées, près de 1 500 interventions chirurgicales suspendues, des milliers de tests de diagnostic retardés et des pertes estimées à plus de 150 millions d’euros. Un bilan qui ne cesse de s’alourdir.
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