Une pratique standardisée qui interroge
Entrer dans sa chambre à partir de 15h et la quitter avant midi : voilà le rythme imposé dans une grande partie des hôtels des Canaries. Ce modèle, de plus en plus répandu, est souvent perçu par les voyageurs comme une réduction du temps effectif de séjour ou comme la conséquence de services payants tels que l’early check-in (entrée anticipée) et le late check-out (départ tardif). Pourtant, le secteur hôtelier rejette fermement l’idée d’une stratégie commerciale délibérée. Selon lui, cette organisation répond avant tout à des contraintes opérationnelles.
Trois heures « indispensables » pour le ménage
Jorge Marichal, président de la Confédération Espagnole des Hôtels et Hébergements Touristiques (CEHAT) et de l’Association Hôtelière et Extra-hôtelière de Tenerife, La Palma, La Gomera et El Hierro (Ashotel), est catégorique. Il affirme que la marge d’environ trois heures entre le départ des uns et l’arrivée des suivants est uniquement dictée par des raisons opérationnelles. Ce laps de temps est, selon lui, « indispensable » pour assurer le bon fonctionnement quotidien des établissements. « C’est une question d’organisation », tranche-t-il. « Nous avons besoin d’un intervalle entre le moment où une chambre est libérée, nettoyée et prête à être réoccupée. C’est une question de coordination interne des hôtels pour que le personnel d’entretien dispose d’une certaine marge pour préparer les chambres. »
Un direct du secteur : « Si vous voulez une chambre sale, on vous la donne tout de suite »
De son côté, José María Mañaricua, président de la Fédération des Entrepreneurs d’Hôtellerie et de Tourisme (FEHT) de Las Palmas, résume la situation avec une formule aussi imagée que percutante : « Si vous voulez une chambre sale, on vous la donne tout de suite. » Selon lui, ces trois heures représentent le temps nécessaire aux femmes de chambre pour remettre les chambres « en état ». Réduire cette marge de manière généralisée est donc tout simplement impossible.
Un défi particulier aux Canaries
La situation prend une dimension particulière aux Canaries, l’une des premières destinations touristiques du pays, où de nombreux établissements affichent des taux d’occupation élevés une grande partie de l’année. Marichal le souligne : plus l’occupation est forte, plus il est difficile d’offrir de la flexibilité sur les horaires. « Les hôtels qui ont un taux d’occupation très élevé sont toujours les plus mal lotis », assure-t-il. À cela s’ajoute une spécificité de l’archipel : le poids des tour-opérateurs. « Aux Canaries, dans la majorité des cas, nous travaillons avec des tour-opérateurs et presque tous les clients arrivent par le même avion ou par plusieurs avions qui atterrissent en même temps », explique-t-il. Cette concentration des arrivées impose de préparer un grand nombre de chambres de manière quasi simultanée.
L’occupation, facteur clé
Mañaricua rejoint son confrère sur ce point : l’occupation est le facteur déterminant. « Si j’ai 100 chambres libres, je peux proposer des options flexibles, mais si l’hôtel est à 100 %, c’est physiquement impossible », dit-il. Il explique que les chambres sont mises à disposition des clients au fur et à mesure que le travail du personnel de nettoyage se termine. « Nous les donnons au fur et à mesure que nous les nettoyons », ajoute-t-il.
Suppléments : une source de revenus marginale
Ces dernières années, certains établissements ont introduit la possibilité d’accéder à la chambre plus tôt ou de prolonger le séjour de quelques heures, moyennant un supplément. Cependant, les deux représentants du secteur s’accordent à minimiser l’importance de ces services en tant que source de revenus. Marichal reconnaît que certains hôtels offrent cette possibilité, mais il insiste sur le fait qu’elle répond à des circonstances très spécifiques, et non à une stratégie généralisée pour augmenter les recettes. « En général, ces hôtels réservent quelques chambres pour ce genre d’options », explique-t-il. Garder une partie de l’inventaire disponible permet de coordonner le travail avec le service de nettoyage et de faciliter l’entrée anticipée lorsque l’occupation le permet.
Un phénomène circonscrit aux grandes chaînes
Mañaricua partage cet avis et estime que cette option se concentre essentiellement dans les « grandes chaînes internationales » ou dans les hôtels ayant une plus grande capacité à réorganiser leur fonctionnement. « Dans 90 % des hôtels, ce n’est pas le cas. Ce sont les grandes compagnies qui offrent ce type de services », note-t-il. Ce sont principalement les grandes chaînes hôtelières qui proposent des avantages comme l’accès anticipé à la chambre ou la possibilité de retarder le départ, via leurs programmes de fidélisation. Ces avantages, destinés à récompenser les clients réguliers, permettent dans certains cas de disposer de la première chambre disponible ou de prolonger le séjour sans frais supplémentaires.
Des avantages sous conditions
« Les programmes de fidélisation intègrent généralement ce type d’avantages, que ce soit pour accéder aux chambres plus tôt ou pour obtenir la première disponible », explique le président d’Ashotel, qui compare ces politiques à celles des compagnies aériennes pour récompenser leurs passagers les plus fréquents. Il précise toutefois que ces avantages sont toujours soumis à la disponibilité de l’établissement et que leur octroi dépend de l’organisation quotidienne de l’hôtel.
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