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Riqui Raca : le chant mythique du Tenerife est-il né à Princeton ?

Un chant gravé dans la mémoire des supporters

« ¡Riqui raca, zumba raca, sim bom ba, riá riá riá, Tenerife, Tenerife y nadie más! » Ce cri de guerre, lancé par les travées blanc et bleu du stade Heliodoro Rodríguez López sous la direction de Paco Zuppo, résonne dans le cœur de tout supporter du CD Tenerife. Mais d’où vient vraiment ce fameux « Riqui Raca » ? Agustín Prunell-Friend, philologue à l’Université de La Laguna, bouscule les certitudes avec une version qui contredit les théories les plus répandues jusqu’à aujourd’hui : « Le Riqui Raca n’est pas né dans les ports anglais des Canaries. Il est né sur les terrains de football américain de Princeton, a voyagé à Cuba sous l’influence américaine et est arrivé aux îles par la voix d’un supporter du Marino », affirme-t-il dans son étude.

La théorie anglaise, une « étymologie populaire » sans fondement

Pendant de nombreuses années, la théorie la plus répandue attribuait une origine anglaise au Riqui Raca. Selon celle-ci, il serait issu d’un poème : Reach in rank, shine on back, hurrah hurrah hurrah, dont l’adaptation phonétique par les Canariens aurait donné naissance au célèbre refrain. Problème : cette phrase n’existe pas en anglais. Elle n’est répertoriée dans aucun répertoire de chants populaires anglo-saxons et, de surcroît, elle n’a aucun sens grammatical. Comme l’explique Prunell dans son étude, il s’agit d’un cas typique d’étymologie populaire : « Quelqu’un a entendu le Riqui Raca, a cherché des mots anglais qui sonnaient de manière similaire et a construit une histoire plausible », explique-t-il.

Une origine… américaine et universitaire

L’origine n’est donc pas britannique, mais bel et bien anglo-saxonne. La thèse de Prunell pointe vers un tout autre horizon : « Il trouve son origine à Princeton en 1858, dans les chants des étudiants encourageant leurs équipes de baseball ou de football américain. » C’est ainsi qu’est né ce que l’on appelle le « rocket cheer » ou le « chant de la fusée ». Il s’agit d’une onomatopée qui imite le bruit d’un feu d’artifice : il commence par le sifflement de la trajectoire (sis), suivi de l’explosion (boom), et se termine par le halètement du public (ah). Un type de chant que « l’on peut encore voir aujourd’hui dans les universités américaines », assure Prunell.

Des similitudes phonétiques frappantes

Dès 1889, de multiples variantes de ce chant s’étaient répandues parmi différents publics américains, dont beaucoup étaient très proches du Riqui Raca : « Bricka bracka firecracka, sis boom bah ! Rah rah rah ! » ou encore « Boom-a-racket, cheese-a-racket, sis boom ah ! Rah rah rah ! Tiger, tiger, tiger ! Sis, sis, sis ! Boom, boom, boom, ah ! Princeton ! » Difficile, en effet, d’ignorer les similitudes phonétiques entre « sis boom bah » et « sim bom ba », « rah rah rah » et « riá riá riá », ou encore « Bricka bracka » et « Riqui raca ».

Le voyage transatlantique par Cuba

Mais comment ce chant a-t-il traversé l’Atlantique pour arriver aux Canaries ? La clé, selon Prunell-Friend, est Cuba. Au début du XXe siècle, l’influence américaine sur le sport latino-américain a fait que les supporters de pays comme l’île caribéenne ont commencé à adopter ce type de chants et d’autres rituels sportifs pour encourager leurs équipes. C’est à partir de là qu’un supporter du Marino CF de Gran Canaria a ramené le chant aux îles après un long séjour de l’autre côté de l’Atlantique. « Riqui raca, zumba vaca, ¡rá rá rá!, ¡Marino, Marino!, ¡Aah! » a alors commencé à résonner parmi les joueurs de l’équipe, et le succès « fut immédiat », souligne Prunell.

Paco Zuppo et l’adoption par le CD Tenerife

C’est finalement grâce à l’initiative de Paco Zuppo que le chant a pris sa forme définitive et s’est intégré aux rituels des supporters, faisant du Riqui Raca « le cri de guerre incontestable des supporters blanc et bleu », assure le philologue canarien. Cette théorie offre ainsi un nouvel éclairage sur l’origine du Riqui Raca, une vision qui semble mettre en évidence le poids et l’importance de la transmission orale dans la culture, tout en reflétant, plus en détail, la richesse et la diversité propre aux îles.

Une leçon sur la nécessité de vérifier les sources

C’est pourquoi Prunell rappelle l’importance de prendre du recul face à l’étymologie populaire : « On part de quelque chose qui nous semble familier, puis cela devient un lieu commun, tout le monde le tient pour acquis », alors que bien souvent, cela ne repose même pas sur une base grammaticalement correcte.

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