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Le pape aux Canaries : un cri face à la crise migratoire

Un cri d’alarme depuis la frontière sud de l’Europe

Le siège de la Conférence épiscopale espagnole à Madrid a accueilli une rencontre avec les médias pour approfondir le contexte de la visite du pape Léon XIV en Espagne. Héritée de son prédécesseur François, préoccupé par la migration, cette visite répond à l’invitation du président du gouvernement des Canaries, Fernando Clavijo. Elle a pour but de rendre visible et de lancer au monde un cri d’alerte sur l’impact de cette réalité. L’évêque du diocèse des Canaries, José Mazuelos, a lancé une invitation choc : il faudrait “mettre certaines personnes cinq jours dans une pirogue pour voir comment elles arrivent”.

Financement et priorités

Interrogé sur le financement par les administrations publiques, l’évêque de Tenerife, Eloy Santiago, a confirmé que le gouvernement régional apporte un million d’euros et le Cabildo (conseil insulaire) de Tenerife un demi-million. Il a ajouté, en comparaison, que ce dernier montant est inférieur aux 750 000 euros destinés à la cérémonie des prix Dial, “et avec le pape, on ne paie pas d’entrée”.

Le visage d’une société transformée

La secrétaire de Caritas à Gran Canaria, Cayi Suárez, a contextualisé la réalité de la population de l’archipel, où un quart est migrante, glissant face aux journalistes un “à Madrid, il y a peu d’indépendants [qui comprennent cela]”. L’évêque de Tenerife, Eloy Santiago, a souligné que le voyage est “hautement significatif” compte tenu de la réalité de la migration dans le monde entier et, en particulier, de son incidence aux Canaries, frontière sud de l’Europe où arrivent les populations sur des embarcations de fortune.

Une mission d’accueil qui “parfois nous dépasse”

“La mission de l’Église consiste en le premier accueil, que l’on essaie d’être bienveillant et adapté pour traiter les cas de manière ponctuelle”, a-t-il expliqué. “C’est une réalité qui parfois nous dépasse et nous submerge”, a-t-il ajouté, rappelant la situation du quai de La Restinga, à El Hierro. Cette localité de 9 000 habitants a accueilli l’année dernière 25 000 personnes. Eloy Santiago a rappelé les paroles du pape François pour constater que “nous nous sentons importants face à cette route si mortelle”, et a exprimé l’espoir que la visite permette de rendre visible ce drame à l’échelle mondiale, centré sur la route atlantique.

La route atlantique, un périple mortel

Le prélat du diocèse des Canaries, José Mazuelos, a pris le relais des paroles d’Eloy Santiago pour affirmer que la route atlantique est mortelle. “Il faudrait mettre beaucoup de gens cinq jours dans une pirogue pour voir comment ils arrivent. Il faut être humain”, a-t-il asséné. Mazuelos a rappelé le moment où la population de Lanzarote s’est jetée à l’eau pour aider les migrants, ou comme ce fut le cas avec les pêcheurs d’Arguineguín. L’évêque de Gran Canaria a, quant à lui, évoqué le danger que représente la migration partant d’Afrique du Sud avec un avenir incertain, en particulier pour ceux que le courant dévie vers l’Amérique, “et qui n’arrivent jamais”.

Un problème global qui exige une réponse solidaire

“On expérimente aussi la solidarité de toutes les îles et en particulier aux Canaries”, a-t-il poursuivi, rappelant qu’il existe une autre route, celle du Sahara, dont on ne parle pas et où il y a tant de morts. “C’est un problème global de toute l’Europe et de toute l’Espagne. Il faut chercher la solidarité des pays d’origine et il faut lutter contre les mafias. Trouver des formules pour que les migrants eux-mêmes puissent venir travailler autrement.” “L’accueil est difficile, mais depuis les Canaries, nous parlons du fait qu’une pirogue est arrivée et nous savons clairement ce qu’il faut faire. Au moins, quand ils arrivent aux Canaries, qu’ils trouvent des gens qui les traitent avec dignité.”

Pauvreté structurelle et double défi

De son côté, la responsable de Caritas Canarias, Cayi Suárez, a expliqué qu’il fallait “mettre en contexte que les Canaries se trouvent dans une pauvreté structurelle. Elles souffrent du fait que 25,5 % de la population est en situation d’exclusion sociale et que 24 % de la population étrangère arrive d’Amérique, à quoi s’ajoute la situation de la route atlantique migratoire.” “Aux Canaries, notre rôle est d’intervenir depuis l’urgence jusqu’à l’insertion professionnelle, ce qui se développe depuis l’accueil, la protection et la promotion, en mettant la personne au centre. Il faut protéger contre la violation des droits et dénoncer cette situation ; protéger les personnes qui arrivent dans des situations de détresse, de deuil, de frustration, d’impuissance, de troubles de santé mentale, de mutilations pendant le transit, et l’accueil est fondamental.”

Le message d’unité et de charité du pape

Le message du pape Léon XIV lors de cette visite est l’unité, la beauté et la charité. “L’unité comme deux diocèses qui accompagnent la réalité des personnes vulnérables. Nous essayons d’accompagner avec ce que nous sommes et ce que nous avons, avec des services de base, des victimes de traite, des familles avec des mineurs, des mineurs de moins de 18 ans sous tutelle… avec alimentation, assistance, conseil social et juridique, logements pour les personnes sous tutelle…”, a expliqué la responsable de Caritas. “Mettre le visage de Jésus sur le visage des personnes : une opportunité pour la force. Nous ne le vivons pas comme un fardeau, mais comme un espoir”, a ajouté Cayi Suárez, qui a remercié l’implication des diocèses d’Espagne, avec les “couloirs d’hospitalité”, pour que d’anciens mineurs sous tutelle puissent être accompagnés sur le continent.

Les “couloirs d’hospitalité”, un accompagnement au long cours

Interrogée par le porte-parole de la CEE, la représentante de Caritas a rappelé : “la première embarcation de fortune est arrivée avec deux personnes en 1994 ; quelque chose qui pourrait sembler anecdotique est devenu une réalité. Ce ne sont pas des couloirs humanitaires. Les couloirs d’hospitalité sont une conséquence de l’exhortation de la Conférence épiscopale avec les communautés accueillantes. Ils visent à porter un regard national ; l’accompagnement quotidien, aux côtés des derniers ; l’objectif est de détecter ceux qui ont 18 ans et n’ont pas de soutien et se retrouvent voués à la rue, à la prostitution et à la traite, pour leur donner une opportunité grâce aux couloirs d’hospitalité.” Interrogée sur le nombre de migrants pris en charge, Cayi Suárez a confirmé que ces couloirs fonctionnent depuis quatre ou cinq ans et ont accueilli cinquante jeunes. “Nous travaillons avec la conviction que nous n’accompagnons pas des personnes mais des parcours de vie.”

Regularisation et contribution des migrants

Sur le processus de régularisation récemment ouvert, Cayi Suárez a déclaré qu’il “est la conséquence d’une demande de l’Église. Il ne s’agit que de donner un visage et de la dignité à leur présence dans notre société. Les migrants participent déjà à nos écoles, aux services de santé. Ils contribuent déjà. Aux Canaries, sans les migrants, l’hôtellerie, le soin aux personnes âgées, le travail domestique ne fonctionneraient pas. Le rôle de l’Église aux Canaries est d’accompagner ces personnes dans les démarches pour qu’elles aient des informations et soient conscientes de tout le processus de régularisation.” Elle a précisé que le diocèse de Gran Canaria a reçu 200 personnes le premier jour d’ouverture de la procédure.

Préparatifs, financement et transparence

Concernant les préparatifs et le financement, Eloy Santiago a admis le grand intérêt des personnes, avec déjà 1 200 volontaires sur les 1 500 prévus. “Nous sommes dans une phase préparatoire et il faut des bras.” Sur les aides, “dans les quatre sièges, les administrations vont collaborer. Le gouvernement régional a offert son aide. Il est normal que les administrations collaborent aussi à d’autres événements sportifs, culturels… Cette visite va générer de l’emploi. Le pape ne se fait pas payer pour venir, mais c’est une aide qui nous permet que cela se développe de manière adéquate ; cela entraîne beaucoup de dépenses et l’administration collabore.” José Mazuelos a ajouté le soutien économique de dons d’entrepreneurs et de particuliers. “Nous voulons que tout le monde participe.” L’évêque de Tenerife a confirmé les engagements financiers et annoncé, par la voix de l’évêque de Gran Canaria, que “les comptes seront rendus publics une fois le voyage du pape passé”. Eloy Santiago a précisé que, s’il y avait un excédent, le diocèse de Tenerife créerait à La Laguna un centre de jour pour les sans-abri.

“Alzad la mirada” : le leitmotiv de la visite

La secrétaire de Caritas a rappelé le leitmotiv de la visite : “Levez les yeux”, pour insister sur le fait que 25 % de la population canarienne est migrante et mettre l’accent sur la charité. L’évêque de Gran Canaria a pour sa part insisté sur la nécessité de donner un visage au migrant : “Cela nous agace beaucoup quand on traite l’immigrant comme un nombre ; c’est un visage. Il faut voir la vie si dure pour se mettre cinq jours dans une pirogue. Et en même temps, ces pirogues arrivent chargées d’espoir, confiantes dans le fait qu’ils s’en sortiront.”

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