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Punta de Teno : il y a dix ans, l’effondrement qui a tout changé

Il y a dix ans, un effondrement qui a tout changé

Le 12 juillet 2016, vers 17 heures, la route TF-445 s’est effondrée au niveau du kilomètre quatre, créant un trou béant de huit mètres de long sur quatre mètres de large. Ce jour-là, plus d’une centaine de personnes se sont retrouvées piégées à la pointe de Teno, à l’extrémité nord-ouest de Tenerife. L’événement, loin d’être un simple incident, a été le déclencheur d’une transformation radicale. Il a mis en évidence la fragilité d’un espace naturel, alors asphyxié par l’afflux incontrôlé de voitures. Ce qui aurait pu être une tragédie s’est avéré être une opportunité historique pour repenser la fréquentation de ce site exceptionnel.

Un paradis menacé par la surfréquentation

Avant 2016, Punta de Teno, avec son célèbre phare et ses vues imprenables sur les falaises de Los Gigantes, subissait une pression touristique quotidienne. Les voitures se garaient sur les bas-côtés, dégradant les sols et la flore. Le site, pourtant classé parc rural de Teno, était au bord du gouffre. L’effondrement de la route a été le signal d’alarme. Il a forcé les autorités à agir, transformant une crise en une chance de préserver un environnement unique. Comme le souligne Blanca Pérez, conseillère à l’Environnement naturel du Cabildo de Tenerife, « ce fut un moment critique, mais il a représenté une opportunité pour réguler l’accès et éviter la surfréquentation d’un espace unique. Ce fut aussi une expérience pionnière aux Canaries en matière d’accès contrôlé, à l’exception de Timanfaya à Lanzarote ».

La régulation : un modèle pionnier et controversé

La solution adoptée a été radicale : limiter l’accès aux véhicules privés. Depuis, pour se rendre à Punta de Teno, les visiteurs doivent emprunter la ligne de bus 369 de Titsa (mise en service en janvier 2017) ou un taxi. Le stationnement est réservé aux véhicules autorisés par la mairie de Buenavista del Norte. Pour faire respecter cette règle, un kilomètre et demi de barrières en bois et en métal a été installé, empêchant toute intrusion dans les zones naturelles sensibles. Ce modèle, salué aujourd’hui pour son efficacité, n’a pourtant pas été accepté sans heurts. La mesure, initialement prévue uniquement les week-ends et jours fériés, a provoqué une vive opposition, notamment de la part du club nautique local. Le 19 mars 2017, plusieurs habitants sont descendus dans la rue pour manifester, critiquant une décision prise par le Cabildo en accord avec la mairie.

Le témoignage des acteurs de l’époque

Eva García, maire de Buenavista del Norte depuis l’époque des faits, se rappelle ce 12 juillet 2016 comme d’un moment « traumatisant ». « C’était très impressionnant. J’arrivais chez moi quand quelqu’un qui était à la plage de Las Arenas m’a appelée pour me dire qu’il voyait la route s’effondrer. Je me suis penchée à la fenêtre, car ma maison donne sur la zone, et j’ai vu la fumée provoquée par l’éboulement », se souvient-elle. L’incertitude était totale, personne ne savait s’il y avait des blessés. « Il n’y a heureusement pas eu de victimes, mais il ne restait qu’une très fine couche de chaussée et tout pouvait céder à tout moment », ajoute-t-elle. Au-delà du choc, la maire admet que cette situation a permis de prendre des décisions pragmatiques. « Cela a été radical et a généré beaucoup de controverse, mais un mois après la réouverture de la route, les gens venaient me dire qu’à Punta de Teno, on n’entendait plus rien. Profiter de l’environnement leur a fait prendre conscience de la différence. »

Alejandro Díaz, un habitant de Garachico, était en train de surfer dans le secteur de Castañeda lorsqu’il a vu un hélicoptère atterrir sur un talus voisin. « Ils nous ont tous rassemblés à un point et nous ont prévenus que la route avait cédé », raconte-t-il. « Je n’ai jamais eu peur, mais plutôt de l’incertitude. Je suis sorti dans les derniers tours d’hélicoptère parce que j’étais avec mon chien, Rufo, qui était plus nerveux. Mais à part ça, tout s’est bien passé », se souvient-il, remerciant l’accueil à Garachico et la balade nocturne en hélicoptère au-dessus de la Isla Baja.

Un succès durable en chiffres

Malgré les polémiques initiales, la régulation de l’accès a porté ses fruits. Les données fournies par le Cabildo de Tenerife, à partir de 2019, indiquent qu’un peu plus d’un million de visiteurs ont fréquenté le site régulé de Buenavista del Norte. L’augmentation de la fréquentation a été spectaculaire entre 2022 et 2025, avec une hausse de 137 %, passant de 91 117 à 215 997 personnes, selon Titsa. Ces chiffres montrent que la régulation n’a pas éloigné les touristes, bien au contraire. Elle a simplement canalisé le flux pour offrir une expérience de meilleure qualité, tout en protégeant l’environnement. « Limiter le véhicule privé en le remplaçant par un accès en bus améliore l’expérience du visiteur, la jouissance de l’environnement et préserve le paysage et la nature », analyse Blanca Pérez.

Des mesures de protection renforcées

Au-delà de la simple limitation de l’accès, d’autres mesures ont été mises en œuvre pour sécuriser et préserver le site. Des filets de protection ont été installés sur les falaises abruptes pour prévenir les chutes de pierres. Plus récemment, une fermeture nocturne a été instaurée pour lutter contre les rassemblements festifs, les campings sauvages et le stationnement non autorisé de camping-cars. Dans le dernier tronçon de la route, des travaux ont permis de créer des zones de demi-tour et des parkings réglementés, désormais dotés de sentiers piétons sécurisés et d’un arrêt de bus avec abri.

L’avenir : un phare transformé en centre d’interprétation

Le futur de Punta de Teno passe par la rénovation et la réhabilitation de son ancien phare. Le Cabildo de Tenerife souhaite le transformer en centre d’interprétation. L’objectif est double : offrir un espace d’exposition pour connecter le visiteur aux dynamiques naturelles et culturelles du territoire, et en faire un outil de gestion. Les équipements installés permettront de surveiller le site en temps réel et de garantir que toutes les activités développées soient en adéquation avec les objectifs de conservation du parc rural de Teno. Ce projet entend faire de Punta de Teno non seulement un point d’intérêt touristique, mais aussi un modèle de gestion durable et intelligente.

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