Une inquiétude commune prend forme
Le président en exercice des Régions Ultrapériphériques (RUP) et président du Conseil régional de Guadeloupe, Ary Chalus, a adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette missive reprend mot pour mot la demande que le président du gouvernement canarien, Fernando Clavijo, avait déjà transmise au gouvernement central espagnol à la fin du mois de mai. Dans ce nouveau courrier, les RUP affichent leur unité derrière les Canaries et expriment leur préoccupation partagée face à l’impact « disproportionné » que pourrait avoir le Système d’Échange de Quotas d’Émission (SEQE, ou ETS en anglais) sur les îles.
Un appel à l’équité pour les territoires insulaires
« Toute restriction ou augmentation significative des coûts met en danger non seulement la cohésion économique et sociale, mais aussi le principe fondamental d’égalité des droits des citoyens européens, affaiblissant ainsi la pleine intégration des RUP dans l’Union », défend Ary Chalus dans la lettre. Celle-ci a également été transmise au vice-président de la Commission européenne, Raffaele Fitto, au commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, et au commissaire européen aux Transports durables et au Tourisme, Apostolos Tzitzikostas.
La requête que les RUP formulent aujourd’hui d’une seule voix est la même que les Canaries avancent depuis des mois. « Nous considérons comme essentiel de garantir le maintien et la prorogation au-delà de 2030 des exceptions actuellement applicables au transport maritime et aérien, assurant ainsi la continuité de la connectivité et la viabilité économique de nos régions », affirme Chalus.
Un alignement parfait avec les revendications canariennes
Cette approche coïncide avec les deux axes que Fernando Clavijo avait présentés au président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, il y a une dizaine de jours : maintenir les exonérations en vigueur et corriger les distorsions qui pénalisent les ports et aéroports ultrapériphériques par rapport aux opérateurs de pays tiers. Tant le gouvernement canarien que la Conférence des Présidents des RUP avertissent que l’application intégrale du système pourrait renchérir le transport, affaiblir la connectivité et affecter des territoires qui ne disposent d’aucune alternative terrestre.
Mêmes règles, conséquences inégales
Le porte-parole des RUP défend dans la lettre que l’application des droits d’émission « ne peut pas être la même » sur des territoires continentaux que sur des îles éloignées du continent européen. Il soutient que la transition climatique ne peut pas pénaliser la connectivité des territoires les plus reculés d’Europe. Dans sa missive, Ary Chalus précise que ce groupe de régions ne rejette pas les objectifs climatiques de l’UE, mais met en garde contre le fait d’appliquer les « mêmes règles » aux territoires continentaux et ultrapériphériques, ce qui pourrait générer des inégalités.
Le document rappelle également que ces territoires font face à des limitations structurelles permanentes, reconnues par l’article 349 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne. Chalus insiste sur le fait que l’éloignement, l’insularité et, dans de nombreux cas, la double insularité font que toute augmentation des coûts a un impact « bien plus important » que sur les territoires continentaux.
Ce qui est en jeu : tout, absolument tout
La question, selon le président des RUP, peut avoir un impact sur le transport, les approvisionnements, la mobilité, les services publics et l’activité économique des régions. La lettre avertit que toute augmentation significative du coût des liaisons peut se répercuter directement sur le coût de la vie et la compétitivité de ces territoires. « La mobilité, l’accès aux services essentiels, l’éducation, les soins de santé et les opportunités d’emploi dépendent de routes aériennes efficaces et durables », rappelle le texte.
Le transport maritime sous pression
Dans le domaine maritime, les RUP alertent sur le fait que l’application des droits d’émission pourrait renchérir les routes maritimes avec l’Europe et favoriser le détournement des trafics vers les ports de pays tiers proches, soumis à des « obligations moindres ». Selon la lettre, ce déséquilibre menace la compétitivité des ports ultrapériphériques, pourrait augmenter les coûts logistiques et réduire la connectivité des territoires qui dépendent du bateau pour garantir leur approvisionnement.
L’avion, lien vital avec le reste du monde
Le porte-parole des RUP alerte également sur l’impact que la politique d’émissions pourrait avoir sur le transport aérien. Il prévient que son application pourrait renchérir les liaisons avec l’Europe et désavantager les aéroports ultrapériphériques et les compagnies européennes qui y opèrent, face aux opérateurs des pays tiers proches. La lettre insiste sur le fait que, pour ces territoires, l’avion est un élément essentiel pour garantir la mobilité, l’accès aux services de base et la relation avec leur propre État membre.
Un effet contre-productif pour le climat ?
La lettre met enfin en garde contre un possible effet contraire à celui recherché par la politique climatique européenne. Selon Ary Chalus, si l’application des droits d’émission renchérit les routes maritimes avec l’Europe et provoque une perte de connectivité dans les ports ultrapériphériques, ces territoires pourraient être contraints de chercher des biens essentiels sur d’autres marchés ou points d’approvisionnement. Ce détour logistique non seulement augmenterait les coûts d’approvisionnement, mais pourrait finir par « générer de nouvelles émissions », précisément ce que la norme cherche à éviter.
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