C’est un atterrissage en douceur qui se confirme, mais un atterrissage tout de même. Pour le troisième mois consécutif, l’archipel des Canaries enregistre une perte de touristes par rapport à l’année précédente. La clôture du premier semestre a officiellement validé le ralentissement que les opérateurs touristiques canariens pressentaient depuis janvier, et que l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, lancée fin février, a consolidé en semant l’inquiétude dans l’économie mondiale.
Une baisse de fréquentation sans impact sur les revenus
Le recul – 117.571 voyageurs en moins (-1,3%) – enregistré entre janvier et juin, selon la Statistique des Mouvements Touristiques aux Frontières (Frontur), ne s’est toutefois pas répercuté sur la facturation, qui reste intacte. L’Enquête sur les Dépenses Touristiques (Egatur) révèle en effet des revenus de 11,853 milliards d’euros sur la première moitié de l’exercice. Comment est-ce possible ? La demande, toujours soutenue, a permis aux hôteliers des Îles de négocier à la hausse leurs contrats avec les tour-opérateurs. C’est cette augmentation des prix qui soutient le volume d’affaires, malgré un recul que l’on anticipait déjà largement.
Ni le secteur public ni le secteur privé ne considèrent comme saine une demande en perpétuelle croissance. Le cycle d’expansion se prolongeait depuis que l’impact de la pandémie avait été surmonté, mais les changements dans la structure des dépenses des ménages ne peuvent pas tout absorber non plus.
Le marché allemand vacille, premier signal d’alerte
Si le marché allemand est resté solide malgré deux années consécutives de récession économique – une situation impensable avant la crise sanitaire –, il était évident que la part belle faite aux loisirs au détriment de l’épargne ne pouvait pas durer éternellement. Or, l’Allemagne constitue le deuxième marché émetteur pour l’archipel. Au milieu de l’année 2026, il affiche déjà un signe négatif (-3,5%), a privé les établissements d’hébergement des Îles de 50.011 clients, et seul le mois de juin enregistre une chute à deux chiffres (-11,7%).
Logiquement, les îles les plus défavorisées par cette évolution sont celles les plus exposées au comportement du marché germanique. C’est le cas de Fuerteventura (-10% d’Allemands), dont la demande globale a chuté de 4,7% (-66.251 touristes). En revanche, Gran Canaria a réussi à endiguer l’hémorragie. L’île ne perd que 2,9% de sa clientèle allemande et compense ce manque à gagner par des hausses chez les Néerlandais (14.838), les Français (12.636) et surtout les Britanniques (20.368). Elle est d’ailleurs la seule île à éviter les chiffres rouges en provenance du Royaume-Uni.
Le Royaume-Uni montre des signes d’essoufflement
Durant les six premiers mois de l’exercice, le principal marché émetteur – le Royaume-Uni – parvient encore à croître (0,4% et 12.304 visiteurs supplémentaires), même si son épuisement se traduit déjà en chiffres. C’est Tenerife qui subit le plus gros impact, avec une perte de 2,2% de la demande sur le premier semestre (-80.478 clients). La baisse du marché britannique y est pratiquement équivalente (-2,7%). De son côté, Lanzarote (-1,2%) encaisse mieux le coup face à l’amorce de repli de ce marché.
Des touristes moins nombreux mais plus dépensiers
Observer l’évolution des chiffres permet d’affirmer que la maxime « moins de touristes, mais un plus grand pouvoir de dépense » se vérifie. C’est vrai, mais le moment viendra où les contrats avec les tour-opérateurs devront être renégociés si cette perte, saine pour l’instant, se prolonge dans le temps. Des chambres vides conduiront les géants du tour-operating à exiger de meilleurs prix auprès des hôteliers et à concevoir des politiques de promotion qui soulagent aussi la clientèle.
En attendant, les 1.520 euros de dépense moyenne par touriste arrivé entre janvier et juin dépassent de 0,6% l’investissement réalisé par les visiteurs ayant choisi la communauté autonome sur la même période l’an dernier. Le sixième mois de l’année reflète encore mieux le contexte irréel dans lequel les contrats ont été signés, alors que l’inflation n’avait pas encore repris de la vigueur après l’instabilité provoquée sur les marchés par Trump et Netanyahu. Cette hausse de 0,6% sur le semestre s’est envolée à 4,6% pour le seul mois de juin, et même à 4,7% si l’on analyse la dépense moyenne quotidienne.
La perte de pouvoir d’achat que la hausse des prix inflige aux revenus des ménages se reflète également dans la durée des séjours. Avec moins d’argent disponible, il faut réduire les jours de présence sur la destination. La moyenne sur le premier semestre s’établit à 7,94 jours, soit 0,34% de moins que l’année précédente ; en juin, elle est descendue à 7,60 jours.
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