El Hierro : les travaux polémiques de Tecorón suspendus in extremis
La Direction générale du littoral (Costas) a ordonné, ce mercredi 10 juin, la suspension immédiate des travaux menés par la mairie d’El Pinar (gouvernée par le PSOE) dans le sud de l’île d’El Hierro. Le chantier, situé dans l’espace protégé de Tecorón — également connu des plus anciens sous le nom de Tecorone, ou plus récemment et par erreur cartographique sous celui de Tacorón —, devait accueillir quatre-vingts transats mobiles, accompagnés de parasols et installés sur des plateformes en ciment, sans compter l’aménagement de sentiers et d’autres petites interventions.
Le projet suspendu suite à une plainte médiatisée
Magaly González, conseillère municipale chargée du Tourisme et instigatrice du projet, a confirmé à Canarias Ahora que la dénonciation publique formulée par la plateforme « Salvar Tacorón », relayée mardi par ce même journal, a été déterminante dans ce revirement. « Même si le littoral et le gouvernement régional connaissaient le projet et lui avaient donné leur feu vert, il nous manquait une autorisation en ce qui concerne la Zone de protection spéciale pour les oiseaux (ZEPA). C’est pour cela que le littoral est intervenu, même si ce n’est qu’à cause de la plainte dans les médias », souligne-t-elle.
Plus tôt dans la matinée de ce mercredi, le président du Cabildo d’El Hierro, Alpidio Armas, avait annoncé à ce journal que les travaux allaient être rectifiés, ce que Magaly González a finalement confirmé après avoir analysé les motifs de l’intervention du littoral et l’absence d’autorisation pour la ZEPA. « Les transats ne tiennent pas dans une autre zone où nous en avons déjà installés. Nous allons donc analyser où les placer à l’avenir », explique-t-elle, précisant que l’emplacement initial de Tecorón est définitivement abandonné. Elle ne cache pas, toutefois, sa surprise face à l’annonce préalable d’Armas.
Une mobilisation citoyenne pour protéger un joyau naturel
Ces derniers jours, un groupe de défenseurs de la nature, et plus particulièrement de l’île d’El Hierro, avait lancé une campagne de collecte de signatures sur les réseaux sociaux contre l’installation de ces quatre-vingts transats montés sur ossature en ciment et de leurs parasols à proximité de la célèbre crique de Tecorón. Selon ces activistes, la mairie avait agi de manière imprévue, en occupant des terrains protégés jusqu’alors exempts de toute construction. Dans leurs explications, ils affirmaient que « les travaux détruisaient des champs de lave et déversaient du gravier sur le sable volcanique (jable) pour aménager des sentiers ».
Ils rappelaient que cet espace côtier fait partie de la ZEPA et soulignaient que « sur la plateforme de Tecorón se trouve une colonie de puffins cendrés (Calonectris borealis) qui pourraient être affectés en pleine période de reproduction ». Ils soutenaient également que « l’habitat de la fougère protégée (soumise à un régime de protection spéciale dans les catalogues espagnol et canarien des espèces protégées) dite langue de serpent (Ophioglossum polyphyllum), qui trouve dans cette plaine l’un de ses derniers refuges à El Hierro, était en train d’être altéré ».
Pour ces militants, face à « ces graves impacts environnementaux, les travaux auraient dû être immédiatement suspendus et limités à la réparation des installations déjà existantes (aires de pique-nique, parkings et solariums du bassin) ». Leur dénonciation a porté ses fruits : ce mercredi même, la Direction générale du littoral a paralysé les travaux à titre provisoire.
Tecorón, un symbole de l’identité d’El Hierro
Ces naturalistes ne critiquent pas seulement le préjudice environnemental, mais aussi le fait que l’on soit en train de « détruire un symbole de l’île d’El Hierro, un site d’une valeur géologique et paysagère exceptionnelle, où la nature s’exprime avec une force et une authenticité rares dans le monde ». Selon eux, « l’installation massive de transats en ciment à Tecorón représente une occupation agressive et peu respectueuse, dégradant par son artificialité l’harmonie du paysage ». Convertir un littoral volcanique à l’état pur en une zone d’usage touristique intensif, avec des infrastructures qui pèsent visuellement et symboliquement sur l’environnement, constitue, à leurs yeux, « une perte évidente de qualité environnementale et d’identité territoriale, une intervention totalement déplacée sur une île classée géoparc et réserve de la biosphère ».
Ils estiment donc qu’il faudrait exiger « que les décisions de certaines autorités politiques et institutionnelles soient cohérentes avec un modèle d’île fondé sur la durabilité ». « Défendre Tecorón, c’est défendre l’âme d’El Hierro, un espace de quiétude, de contemplation et de connexion avec la nature. Si nous laissons le ciment prendre le pas sur la géologie dans ce sanctuaire naturel, ce n’est pas seulement le paysage qui s’érode, c’est aussi notre vie qui s’appauvrit », insistent-ils.
Un point positif : l’acquisition de trois parcelles clés
D’autres sources insulaires ont indiqué ce mercredi à Canarias Ahora que si ces transats mobiles et le reste de l’intervention peuvent être discutables, la mairie a en revanche parfaitement réussi l’acquisition de trois parcelles de Tecorón qui appartenaient encore à trois familles, intégrant ainsi au patrimoine local et public des terrains stratégiques. Elles ont toutefois tenu à préciser que les travaux n’avaient pas nécessité l’intervention de pelleteuses ni de rétrocaveuses.
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