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Migrants mineurs : l’État envisage la fin de la contingence aux Canaries

Alors que la pression migratoire sur l’archipel semble marquer une accalmie relative, l’État espagnol commence à envisager la sortie du régime de contingence migratoire aux Canaries. La ministre de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a annoncé ce jeudi qu’elle convoquerait le gouvernement régional pour déterminer quand cette situation exceptionnelle pourrait être levée. Une décision lourde de conséquences pour le dispositif d’accueil des mineurs isolés.

Un retour à la normale en vue ?

Mettre fin à la contingence signifierait l’arrêt du mécanisme extraordinaire permettant de transférer les mineurs migrants non accompagnés vers d’autres communautés autonomes d’Espagne continentale. Une perspective qui devient réaliste. Le gouvernement central estime en effet que la pression sur le réseau d’accueil canarien a sensiblement diminué au cours de l’année écoulée.

Depuis la réforme de la loi sur l’immigration (Ley de Extranjería), la capacité d’accueil ordinaire de l’archipel a été fixée à 737 mineurs. Concrètement, la situation de contingence migratoire est déclarée lorsque cette capacité est triplée, soit à partir de 2 211 enfants accueillis. À l’inverse, elle serait automatiquement désactivée lorsque le nombre de mineurs pris en charge repasse sous ce seuil symbolique.

Un seuil à portée de main, mais une marge très étroite

Les îles sont aujourd’hui proches d’atteindre ce scénario. Les Canaries ont actuellement 2 439 mineurs sous tutelle, dont 148 correspondent à de nouvelles arrivées et devraient quitter l’archipel sous deux semaines. Ce chiffre se situe dangereusement près du seuil fatidique des 2 211 enfants. Mais cette marge extrêmement réduite entre la réalité du terrain et le cadre légal fait craindre qu’une augmentation, même modeste, des arrivées ne vienne à nouveau tendre le système et le rapprocher des limites imposées par la loi.

Le gouvernement canarien monte au créneau

La situation suscite de vives interrogations au sein de l’exécutif canarien, qui a immédiatement ouvert un nouveau front de négociation avec l’État. Pour le gouvernement régional, la position de la ministre est tout simplement « erronée ». Selon eux, fixer une date pour sortir de cette situation est dangereux tant que les îles subissent une pression migratoire soutenue.

« Nous triplons toujours notre capacité d’accueil ordinaire et établir une date de sortie de la contingence est complexe. Les arrivées continuent, les transferts ne se font pas assez rapidement et, pendant que certains jeunes partent, d’autres arrivent, ce qui nous maintient pratiquement dans la même situation », a expliqué un porte-parole du gouvernement canarien, cité par nos confrères.

Vers un nouveau cadre de référence

La position des Canaries est claire. L’exécutif régional s’est réuni ce jeudi avec des techniciens de l’Enfance pour aborder la question et a proposé d’établir une fourchette ou un pourcentage plus précis pour déterminer le moment opportun pour désactiver la contingence. « En pratique, être à 2 200 mineurs ne signifie pas que l’on est sorti de la contingence », insiste le gouvernement canarien.

Cette réunion a également été l’occasion d’échanger avec Ceuta, elle aussi déclarée en situation de contingence, et dont la directrice générale de l’Enfance a partagé les mêmes préoccupations que celles soulevées par les Canaries.

Un avenir encore incertain

Cette nouvelle annonce de la ministre plonge les Canaries dans une certaine incertitude. En mars dernier, l’État s’était engagé à garantir les transferts de mineurs jusqu’à la fin de la législature et à adopter avant août un décret royal permettant de proroger le dispositif actuel (qui a expiré le 19 mars dernier) et qui régit les mesures applicables en situation de contingence migratoire extraordinaire. Un annonce qui avait été saluée par les Canaries, y voyant une continuité de la feuille de route déjà amorcée et ouvrant la voie à un nouveau décret couvrant les scénarios de contingence pour 2026 et 2027.

En attendant, la contingence actuelle a une durée d’un an et expirera le 29 août prochain. Sira Rego se trouve actuellement sur l’île de Lanzarote, où elle a fait le bilan de la première année d’application de la réforme de la loi sur l’immigration. Cette loi oblige désormais toutes les communautés autonomes à partager l’effort d’accueil avec les territoires qui reçoivent le plus d’arrivées. Depuis août 2025, les Canaries, Ceuta et Melilla sont officiellement en situation de contingence, ce qui permet à l’État de transférer vers d’autres régions les mineurs déjà pris en charge, ainsi que les nouveaux arrivants débarquant à bord de petites embarcations et de pirogues (cayucos).

À ce jour, 2 168 mineurs ont été transférés hors des Canaries via différents mécanismes. Selon les données du gouvernement canarien, 1 200 d’entre eux sont partis en exécution de l’ordonnance du Tribunal suprême, qui obligeait l’État à prendre en charge un millier de mineurs demandeurs d’asile restés sur les îles, tandis que 968 autres ont été dérivés par la voie ordinaire.

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