Un été sous le signe de la chaleur et de la déprime des cours
On le sentait venir : après une mauvaise année, l’enfer des prix, à l’image de la canicule, s’est abattu sur la banane des Canaries. Ce phénomène, hélas classique en plein cœur de l’été, n’a pu être évité une fois de plus. On pourrait presque parler d’une incidence structurelle, plus ou moins aggravée par les circonstances estivales. Et pour cet été 2026, le tableau s’annonce particulièrement sombre pour les planteurs de l’archipel : demande atone, chaleur accablante et production élevée forment un cocktail détonant.
Les mauvais prix en origine pour la vente du fruit star de l’archipel, la banane, pointent déjà leur nez dans les statistiques officielles du ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation (MAPA). Ils se matérialisent également au sein des organismes de commercialisation des îles. Tout porte à croire qu’il ne s’agit pour l’instant que du début d’une chute que l’on annonce continue, profonde et durable tout au long de cette période estivale 2026.
Des prix déjà sous le seuil de rentabilité
Lors de la semaine 27, selon les données du rapport hebdomadaire de conjoncture du MAPA (période du 29 juin au 5 juillet 2026), le prix en origine de la banane des Canaries – c’est-à-dire l’argent par kilo que recevra l’agriculteur après la vente de ses lots, avant même de couvrir ses coûts agricoles et sans compter l’aide du Posei (un maximum de 0,34 euro par kilo, pour un total de 141,1 millions d’euros par an) – est déjà tombé sous la barre des 0,80 euro. Il s’établit exactement à 0,76 euro, soit une réduction de 17 % par rapport à la semaine 26 où il était à 0,91 euro. Cela signifie que cette semaine-là, la vente sur le continent s’est faite à perte ; autrement dit, un commerce de gros de la banane verte qui ne sera pas rémunérateur pour certains producteurs canariens, dont les coûts de production oscillent entre 0,70 et 0,80 euro le kilo.
Le début d’une chute annoncée qui pourrait durer des mois
Mais le pire est peut-être à venir. Le plus inquiétant est que nous ne sommes qu’au début d’une chute des prix en origine que l’on prévoit à la fois prolongée et intense. Deux ou trois mois ? La raison est relativement simple à comprendre, et ce scénario de l’effondrement se répète inlassablement : la banane intéresse peu en été sur le marché continental (faible demande pendant la période des vacances, concurrence massive des fruits de saison, presque toujours moins chers), à quoi s’ajoute une offre surabondante dans les îles.
De plus, la quasi-totalité de la production est écoulée sur le continent espagnol, aux Baléares et, dans une moindre mesure, au Portugal. Et de fait, la tendance se confirme. Cette semaine, la 28 (du 6 juillet au 12 juillet), selon les sources consultées dans le secteur, l’effondrement se poursuit. Il est fort probable que le prix moyen en origine, celui publié par le MAPA comme moyenne pour la vente de fruits de qualité, se situe désormais autour de 0,60 euro le kilo. Si cela se confirme, cela signifierait que l’intégralité des ventes sur le continent se ferait à perte pour le producteur local.
Un air de déjà-vu avec l’été 2025
Pour mémoire, l’année dernière, durant l’été 2025, le prix en origine le plus bas avait atteint la moyenne de 0,40 euro le kilo. Une vente à perte flagrante pour la banane canarienne, qui n’a pas toujours pu être compensée par l’aide européenne de 0,34 euro par kilo. Bien que les expéditions vers le continent tournent autour de 5,5 millions de kilos par semaine (le volume prévu pour la semaine 29 est de 5,58 millions de kilos), et que des mesures de réduction de l’offre aient déjà été prises à destination du quasi-unique marché extérieur de la banane des Canaries (le reste de l’Espagne), la chute des prix de gros au vert ne montre aucun signe de ralentissement ou de stabilisation. Tout indique qu’elle va s’aggraver jusqu’à atteindre son niveau le plus bas en août et début septembre. Une fois de plus, l’histoire se répète.
Des solutions d’urgence : Maroc et dons alimentaires
Face à l’effondrement actuel du marché continental, l’association Asprocan a imaginé deux réponses. La première consiste à promouvoir l’exportation de la production vers le Maroc, une mesure considérée comme une « piqûre » déguisée (prélèvement de fruits du marché). La seconde est le don aux Banques Alimentaires, une action caritative. Asprocan a déjà approuvé le financement de ces deux mesures par le biais de son fonds de compensation. Pour la redirection de la banane vers le Maroc, il est question d’une compensation de 0,15 euro par kilo, une décision qui n’a pas été bien accueillie par l’ensemble des six organisations de producteurs de bananes (OPP). Les organisations Coplaca et Europlátano, au moins ces deux-là, ont déjà procédé à des envois vers ce pays africain. La première le fait même tout au long de l’année.
Un marché totalement bloqué et la menace de la « piqûre »
Le constat est implacable : il y a beaucoup de fruits à couper dans les îles, il fait très chaud, et tout cela se produit dans un marché totalement paralysé. Rares sont ceux qui consomment de la banane en ce moment. Il reste à voir si, avec la dégradation des conditions de vente à destination, l’organisation Asprocan – toujours avec l’autorisation préalable du ministère régional de l’Agriculture – activera ou non la « piqûre », c’est-à-dire l’élimination d’une partie de l’offre de fruits à la source, sous ses différentes formes. Il s’agit d’une mesure très impopulaire, mais qui a été prise à de nombreuses reprises face à des situations de marché similaires.
Un regard sur la conjoncture par l’opérateur Bonora
Le commercialisateur Bonora SL, lié à l’OPP Unión Platanera Canaria (anciennement Cupalma) et société détenue à 50 % par le groupe Fernández, est l’une des rares entités à analyser ouvertement, avec un accès public, la conjoncture de vente de la banane des Canaries. Cette fois-ci, Bonora indique que « le marché reste pratiquement dans la même situation que ces dernières semaines. L’offre continue de dépasser la demande et, pour l’instant, aucun changement de tendance n’est perceptible. » L’opérateur souligne en outre que « ce scénario est aggravé par les fortes chaleurs de saison et la large offre de fruits de saison, des facteurs qui conditionnent la consommation de banane et compliquent l’évolution du marché. » Pour l’instant, reconnaît le même opérateur, « la situation reste complexe et il sera nécessaire d’attendre un meilleur équilibre entre l’offre et la demande [ce qui est toujours peu probable en été] pour que le marché retrouve un comportement plus favorable aux intérêts des producteurs locaux. »
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