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Logement social aux Canaries : aucune adjudication en 2026

Bilan alarmant pour le logement social

Le gouvernement des Canaries n’a attribué, depuis le début de l’année, aucun logement protégé issu de la promotion publique. C’est ce que reconnaît l’exécutif régional, composé de Coalition canarienne (CC) et du Parti populaire (PP), dans une réponse écrite adressée à la députée socialiste Patricia Hernández. L’Institut canarien du logement (ICAVI) avait pourtant lancé un appel d’offres pour une promotion de 134 logements publics à Tenerife (51 à Adeje, 24 à Guía de Isora et 59 à Arona). Mais la procédure a été déclarée infructueuse en février, aucune entreprise n’ayant présenté d’offre pour réaliser des travaux estimés à 23,8 millions d’euros.

De son côté, Visocan, l’entreprise publique de logement social, maintient actuellement en phase d’appel d’offres deux promotions totalisant 192 logements protégés : 168 à Las Palmas de Gran Canaria et 24 à La Frontera, sur l’île d’El Hierro. Pour le reste des projets annoncés par le gouvernement autonome, ils continuent d’être « en préparation », selon la formule employée par l’ICAVI lui-même, ou en cours de construction.

Des chiffres officiels contradictoires

Ce constat s’accompagne d’un décalage notable entre les chiffres avancés par l’exécutif. Le département des Travaux publics, du Logement et de la Mobilité, dirigé par Pablo Rodríguez (CC), affirme dans sa réponse parlementaire à Patricia Hernández (PSOE) que 898 logements protégés sont actuellement en cours d’exécution : 519 issus de la promotion publique et 379 de la promotion privée. Pourtant, le visualiseur de l’Observatoire canarien du logement (OBVIA), dépendant pourtant du même département, élève ce chiffre à 1 996 logements, répartis comme suit : 1 339 pour l’ICAVI, 545 pour Visocan et 82 destinés aux personnes touchées par l’éruption volcanique de La Palma en 2021.

Il faut rappeler que plus de 34 000 personnes sont toujours inscrites au registre des demandeurs de logements protégés dans l’archipel. Certaines attendent un logement depuis 2010. D’autres font partie de familles nombreuses pouvant compter jusqu’à dix membres ou présentent des taux de handicap supérieurs à 95 %.

Une opposition qui monte au créneau

« Les mesures du gouvernement des Canaries en matière de logement ne servent qu’à remplir les journaux de titres et à améliorer les résultats des promoteurs privés », dénonce la députée socialiste Patricia Hernández. « Ils n’ont même pas été capables de mettre en œuvre le Plan logement alors que nous attendons déjà le suivant », ajoute-t-elle.

Les sources du département dirigé par Pablo Rodríguez se contentent d’indiquer que « les prochains appels d’offres de logements publics seront lancés prochainement », sans toutefois avancer de date précise.

Des projets ambitieux restés lettre morte

L’ICAVI avait prévu en début d’année de lancer des appels d’offres pour quatre promotions de logements publics au cours de l’année 2026 : une de 126 logements à Gran Canaria, une autre de 134 à Tenerife, une troisième portant sur 127 biens répartis entre les provinces de Las Palmas et de Santa Cruz de Tenerife, avec des interventions dans des communes comme Jinámar, Arrecife ou Tijarafe, et enfin une quatrième de 262 logements répartis entre Yaiza (136), Tazacorte (100), Teror (18) et Puntallana (8). Mais pour l’heure, l’exécutif n’a réussi à attribuer aucun marché.

Le seul appel d’offres lancé cette année par l’ICAVI, portant sur les 134 logements publics de Tenerife, est donc resté infructueux, aucune offre n’ayant été déposée. D’autres procédures lancées lors des années précédentes n’ont pas davantage prospéré, à l’image des promotions de onze logements à Granadilla de Abona, treize à Gáldar, huit à Puntallana et 47 à Puerto del Rosario, toutes déclarées désertes à un moment ou à un autre de leur processus.

Le secteur de la construction sonne l’alerte

Le patronat des entreprises de construction de Las Palmas (AECP) a prévenu cette semaine que 322 chantiers publics sont restés sans attribution entre 2025 et juin 2026, en raison de la hausse des coûts de construction et du fait que les administrations lancent des projets avec des budgets inférieurs aux prix du marché. Les entrepreneurs dénoncent que « l’augmentation des coûts a rendu irréalisables des travaux déjà en cours et fragilise les entreprises du fait de l’instabilité économique et de la situation géopolitique, ce qui les oblige à s’abstenir de participer aux appels d’offres ou à abandonner les chantiers, sans que les administrations publiques ne prennent de mesures en la matière ».

Selon les données de l’AECP, pour la seule année 2025, les mairies ont lancé des projets restés infructueux pour un montant de 74,194 millions d’euros, les cabildos (conseils insulaires) pour 41,3 millions, et le gouvernement des Canaries pour 46,739 millions.

Le gouvernement avance une autre explication

Les sources du département des Travaux publics, du Logement et de la Mobilité soutiennent toutefois que les causes des appels d’offres infructueux « ne sont pas principalement liées au prix ». Elles assurent que les barèmes sont ajustés et attribuent le principal goulot d’étranglement au « manque de main-d’œuvre qualifiée », ainsi qu’à « la réduction du tissu productif après la crise de 2008 et la difficulté à assumer simultanément un nombre aussi élevé de procédures ».

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