ecoli playa jardin polemique baignade maire puerto cruz

E. Coli à Playa Jardín : le maire se baigne pour rassurer, la polémique enfle

Le geste est pour le moins surprenant. Pour tenter de rassurer la population et les touristes après la détection de taux élevés de bactéries E. Coli dans les eaux de Playa Jardín, le maire de Puerto de la Cruz, Leopoldo Afonso (Parti Populaire), et son adjoint à la Ville Durable, David Hernández (Assemblée Citoyenne Portuense), ont décidé de se baigner ce mercredi sur cette plage emblématique du nord de Tenerife. Une action directement inspirée du célèbre bain de Manuel Fraga, ministre franquiste de l’Information et du Tourisme, à Palomares (Alméria) en 1966. À l’époque, quatre bombes nucléaires étaient tombées accidentellement sur cette zone, suite à la collision entre un avion ravitailleur américain et un bombardier stratégique B-52 en pleine Guerre froide. Le geste du ministre, censé dissiper les craintes, était entré dans l’imaginaire collectif espagnol, sans pour autant convaincre la population des dangers de la radioactivité.

Un bailliage politique pour enrayer la crise

Cette fois, l’enjeu est sanitaire mais l’objectif est le même : contrer la méfiance. Depuis l’analyse de Salud Pública (la santé publique régionale) datée du 22 juin dernier, qui a révélé une contamination microbiologique de courte durée sur le point de prélèvement PM5 (Playa Chica-Centro, connu localement comme « El Charcón »), les baigneurs se font rares. Les habitants du quartier de Punta Brava, les commerçants de la zone côtière et les habitués de cette plage, la plus vaste et la plus importante du nord de Tenerife, ont constaté une nette diminution de la fréquentation tout au long du mois de juillet et au début du mois d’août, en pleine saison estivale. C’est pour enrayer cette désaffection que les deux élus ont choisi de se jeter à l’eau dans la partie la plus proche des habitations, là même où la contamination a été détectée, une semaine après la diffusion publique de l’information par le gouvernement des Canaries.

Les images, diffusées sur les réseaux sociaux, montrent les deux responsables municipaux arborant un sourire confiant. Mais la comparaison avec l’épisode de Palomares n’échappe à personne. Si le geste de 1966 fut largement critiqué et moqué, celui de Puerto de la Cruz ne laisse pas non plus l’opinion indifférente. Sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées entre ceux qui saluent une initiative de transparence et de proximité, et ceux qui dénoncent un « ridicule » et une tentative de manipulation. « Ils ont dépassé les limites du grotesque », peut-on lire dans certains commentaires, tandis que d’autres internautes, plus sarcastiques, n’hésitent pas à rapprocher les deux baignades historiques.

Des photos qui suscitent la controverse

La polémique a pris une ampleur considérable depuis que l’opposition socialiste a accusé le gouvernement municipal d’avoir tenté d’étouffer l’affaire. Lors d’une conférence de presse tenue à Santa Cruz de Tenerife, l’ancien maire socialiste, Marco González, accompagné de la secrétaire générale du PSOE de Tenerife, Tamara Raya, a demandé des comptes sur ce qu’il considère comme une dissimulation d’un résultat d’analyse défavorable. Le maire actuel, Leopoldo Afonso, a d’abord nié toute rétention d’information, produisant même une certification d’une fonctionnaire affirmant qu’aucun courriel n’était parvenu à la mairie. Il a finalement reconnu, lors d’une séance plénière, que le courrier électronique avait bien été reçu mais que sa gestion interne avait été défaillante.

Cette volte-face a été vivement critiquée par le PSOE, qui dénonce « des mensonges, de la manipulation et une dissimulation d’informations sensibles pour la santé publique ». Le gouvernement municipal, de son côté, campé sur ses positions, affirme qu’il s’agit d’un « cas isolé » et que la polémique est alimentée par le PSOE « par intérêt politique ». Dans une vidéo postée en bord de mer, David Hernández, visiblement remonté, accuse directement Marco González de mener « une campagne de dénigrement » contre la plage et la ville, insistant sur le fait que tous les autres paramètres analysés confirment la qualité de l’eau.

Une fréquentation en chute libre

Malgré ces dénégations, la fréquentation de Playa Jardín est en chute libre. Des photos comparatives, partagées par des habitants et des usagers sur les réseaux sociaux, montrent une plage quasi déserte en ce mois de juillet 2026 par rapport aux étés précédents. Ce déclin est d’autant plus préoccupant que la saison estivale est cruciale pour l’économie locale. La solution « Palomares » semble donc avoir eu l’effet inverse de celui escompté, attisant encore un peu plus la controverse. La presse locale et nationale s’empare du sujet, avec des titres chocs comme celui de la Cadena Ser évoquant un « colapso fecal en Canarias » (effondrement fécal aux Canaries).

Le PSOE ne se contente pas de critiquer la mairie. Il fustige également le gouvernement régional des Canaries et, plus précisément, la direction générale de la Santé publique, pour ne pas avoir fourni d’informations détaillées et pour ne pas avoir imposé une interdiction de baignade sur la zone concernée, comme le prévoit pourtant la réglementation. Face à ces critiques, le département autonome de la Santé publique s’est contenté de rappeler, dans une réponse adressée à Canarias Ahora, que « le 22 juin, un échantillonnage programmé a été réalisé sur les points de contrôle de la zone de baignade de Playa Jardín, conformément au calendrier officiel de surveillance sanitaire établi par le décret royal 1341/2007 ». Il précise que « les résultats des analyses microbiologiques du 23 juin indiquaient une contamination microbiologique de courte durée », et que cela a été communiqué à la municipalité par les canaux habituels (appel téléphonique et e-mail) pour l’adoption d’une interdiction temporaire de baignade.

Le gouvernement portuense, quant à lui, reste droit dans ses bottes. Il espère que ce bain de mer médiatique marquera un tournant en sa faveur, alors que les doutes sur la qualité des eaux de baignade de l’archipel ne cessent de grandir. Une chose est sûre : la polémique, elle, ne semble pas prête de s’éteindre, et les prochains jours s’annoncent décisifs pour l’image de la ville et la sérénité de ses habitants.

Source

Retour en haut
Share via
Copy link