Une étude sans précédent sur le marché immobilier du nord de Tenerife
Le marché immobilier de La Orotava, l’une des communes les plus étendues de Tenerife, est sous le feu des projecteurs. La mairie de cette localité du nord de l’île avait commandé une étude approfondie pour comprendre les dynamiques locales. Ce rapport, réalisé par le cabinet Deloitte et daté de novembre 2024, a été présenté lors de la dernière commission d’urbanisme au début du mois de juillet. Bien que la réunion n’ait pas donné lieu à une diffusion publique immédiate, le document a depuis été remis aux groupes de l’opposition, qui peuvent désormais en prendre connaissance.
Cette analyse, qui couvre la période 2019-2023 avec des comparaisons remontant jusqu’à 2001 ainsi qu’une projection pour 2024, confirme ce que de nombreux habitants savaient déjà : les prix de l’immobilier et des loyers se sont envolés dans presque tous les quartiers de la commune. Et la tendance ne semble pas près de s’inverser.
Des loyers en hausse spectaculaire dans les zones urbaines et rurales
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur la période étudiée, le prix moyen des loyers à La Orotava a bondi de 67,9 %. Mais ce sont les quartiers de la zone haute qui ont connu les augmentations les plus vertigineuses, avec des hausses atteignant jusqu’à 129 % dans des secteurs comme Pinolere, Bebedero et Aguamansa. Une progression qui peut sembler surprenante pour ces zones situées à environ 900 mètres d’altitude, mais qui illustre la pression généralisée sur le marché locatif.
D’autres quartiers de la partie haute, comme Chasna, ont également vu leurs loyers grimper de 53 %. Le rapport souligne ainsi des dynamiques locales très contrastées : pendant que les loyers s’envolaient, les prix de vente n’augmentaient « que » de 10 % en moyenne, un chiffre qui dépasse tout de même l’inflation régionale, qui s’établissait à 15 % sur la même période.
Des disparités marquées entre les quartiers pour la vente
Si les loyers ont flambé de manière homogène, le marché de la vente présente un visage plus contrasté. Les hausses les plus notables concernent le quartier de Las Cuevas-Los Gómez, avec une augmentation de 52 %, une zone prisée pour ses villas et maisons individuelles avec terrains attenants. Le centre historique (casco) a également vu ses prix progresser de 41 %.
À l’inverse, des secteurs très peuplés comme La Perdoma sont restés relativement stables avec une hausse limitée à 1 %, tandis que le quartier d’El Durazno a même enregistré une légère baisse de 1 %. Ces écarts témoignent de réalités très différentes selon les quartiers de la commune.
Une population stable mais des ménages plus nombreux et plus petits
L’étude met également en lumière l’évolution démographique de la commune. Entre 2019 et 2023, la population orotavense est restée pratiquement stable, avec une variation de +0,3 %. En revanche, le nombre de ménages a continué de croître à un rythme de +1,1 % par an, ce qui a mécaniquement accru la pression sur le parc résidentiel existant.
Cette augmentation s’explique par la réduction de la taille moyenne des foyers, passée de 2,7 à 2,3 personnes en deux décennies. Les structures familiales évoluent, et les besoins en logements aussi. Par ailleurs, si la population globale n’a pas significativement augmenté, la population étrangère a, elle, progressé de 8,6 % sur la période, confirmant une diversification sociodémographique progressive de la commune.
Entre 2001 et 2021, le nombre de ménages a augmenté de 3 508 unités, soit une progression annuelle de 1,1 %, tandis que la population locale gagnait 425 habitants (+1 %) sur les cinq années étudiées. Parmi eux, 94 % sont de nationalité espagnole et 6 % étrangère. La tranche d’âge des 40-59 ans et celle des plus de 60 ans représentent chacune 59 % de la population, avec une croissance respective de 34 % et 35 % entre 2006 et 2023, confirmant le vieillissement démographique déjà observé ailleurs.
Un écart croissant entre revenus et loyers
Le rapport analyse également l’évolution des revenus des ménages, qui ont augmenté en moyenne de 22,9 % sur la période. Une hausse bien réelle, mais qui reste très inférieure à celle des loyers (67,9 %). Cet écart considérable a des conséquences directes : le taux d’effort pour le logement locatif est désormais plus du double de celui observé pour l’accession à la propriété, avec une augmentation de 42 %.
Un potentiel de 5 500 nouveaux logements, mais une disponibilité limitée à court terme
Face à cette tension, l’étude se penche sur les capacités de développement de la commune. La Orotava dispose d’un potentiel total de 5 554 nouvelles habitations, réparties entre les terrains déjà urbanisés (974 logements à court terme) et les zones urbanisables (4 574 à moyen et long terme).
Le district central concentre l’essentiel de ce potentiel, avec 884 logements urbains à court terme et 3 966 logements urbanisables, soit plus de 85 % du total prévu. D’autres districts comme La Perdoma, San Antonio, Benijos, El Bebedero, Pinolere et Aguamansa prévoient également des unités supplémentaires, mais en volumes plus réduits (405 et 188 respectivement). Le calendrier de mise sur le marché s’échelonne de moins de deux ans à plus de cinq ans, avec seulement 18 % du total (974 logements) activable à court terme.
Ce déséquilibre entre l’offre disponible à brève échéance et la demande soutenue laisse présager une pression persistante sur les prix dans les années à venir, à moins de mesures correctrices ambitieuses.
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