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Locations touristiques : la bataille fait rage aux Canaries

Un projet de loi qui divise

Le collectif Canarias Tiene un Límite (Les Canaries ont une limite) monte au créneau. Il dénonce publiquement les intentions du PSOE, de l’Agrupación Socialista Gomera (ASG), de Nueva Canarias et de VOX de modifier la loi sur les locations touristiques. L’objectif de ces partis serait de reclasser cette activité de « non inoffensive » à « inoffensive », ce qui, selon le collectif, faciliterait la prolifération de nouveaux logements touristiques dans l’archipel.

Pour Canarias Tiene un Límite, cette modification supprimerait des exigences renforcées en matière de bruit, de salubrité, de sécurité et de procédures administratives. Cela permettrait non seulement la création de nouveaux hébergements, mais aussi le maintien de ceux qui ne respectent actuellement pas la réglementation en vigueur. Le collectif juge « incompréhensible » que différentes formations politiques poussent à des changements dans une loi qui, selon lui, « n’a pas encore eu le temps de produire ses véritables effets ».

Un impact limité sur le nombre de logements

Le collectif souligne que la norme actuelle n’a réussi à réduire que d’un millier le nombre de logements touristiques enregistrés, sur un total qui dépassait les 74 000. Dans ce contexte, il rappelle que le moratoire sur la location touristique constitue l’une des principales revendications sociales aux Canaries, avec un impact direct sur l’accès au logement en freinant la conversion de biens résidentiels en hébergements touristiques. « Une activité touristique qui s’implante dans un sol résidentiel, qui génère des nuisances et une consommation accrue de ressources, doit continuer à être classée comme non inoffensive », affirme le collectif, qui accuse les partis de « travailler main dans la main avec le lobby de la location touristique », en référence à l’Association Canarienne de la Location Touristiques (Ascav).

Des amendements pour « désarmer » la loi ?

En parallèle, la plateforme alerte sur d’autres amendements qui, selon elle, vont dans le même sens : celui de vider la loi de sa substance. Parmi eux, des initiatives de l’ASG et du Groupe Mixte visant à protéger la situation d’El Hierro, de La Gomera et de La Palma, en permettant des exceptions pour les logements qui ne s’adaptent pas à la nouvelle réglementation. Une autre proposition prévoit de porter de cinq à dix ans la période transitoire pour la régularisation de ces hébergements dans les « Îles Vertes ».

S’ajoute à ces mesures la demande du président du Cabildo (le conseil insulaire) de La Palma, Sergio Rodríguez, qui souhaite établir de nouvelles exceptions pour l’île en invoquant la reconstruction après l’éruption volcanique de 2021. Un argument que Canarias Tiene un Límite conteste, en soulignant qu’il y a actuellement environ 500 logements touristiques de plus qu’avant l’éruption.

Des « zones de sacrifice » en devenir ?

Pour l’organisation, l’accumulation de ces initiatives est la preuve d’un mouvement coordonné pour vider de son contenu une loi qui, à son sens, devrait renforcer la protection du droit au logement. Elle met en garde contre le risque de voir les « Îles Vertes » devenir des « zones de sacrifice » avec une plus grande permissivité réglementaire.

Le collectif compare la situation des Canaries à d’autres villes comme Barcelone, où la mairie a décidé de supprimer toutes les licences de logements touristiques avant novembre 2028 pour les remettre sur le marché résidentiel. « Alors que d’autres territoires avancent dans cette direction, aux Canaries, on cherche à faciliter l’activité qui chasse le plus la population de ses logements », déplore le collectif.

Les partis politiques se défendent

Canarias Tiene un Límite exhorte les partis concernés à faire machine arrière et réclame du Parlement des Canaries un engagement ferme en faveur du droit au logement et d’une réduction de la pression touristique sur les îles, qui, selon eux, a des « conséquences environnementales et sociales de plus en plus graves ».

De son côté, la députée de Nueva Canarias, Esther González, estime que « le problème n’est pas la location touristique » et que « nous parlons en permanence de petits propriétaires ». Dans des déclarations au média Canarias Ahora, elle explique que ces logements « ne seraient pas intégrés au marché locatif résidentiel ». Selon elle, la clé n’est pas la location touristique, mais « l’insécurité juridique créée par la loi nationale sur le logement de 2023 ». Elle avance que « de nombreux propriétaires ne louent pas par peur des impayés et de devoir assumer les coûts d’un locataire vulnérable ». González admet avoir été « très critique » par le passé envers la location touristique en zones résidentielles, mais dit avoir changé d’avis après avoir examiné des données et des décisions de justice. Elle soutient désormais que ce n’est « pas le problème principal du prix des loyers ».

La députée défend l’idée que la location touristique, en particulier celle des petits propriétaires, est une activité « inoffensive » si elle respecte les règles de copropriété, de bruit et de voisinage, comme l’attesteraient de multiples jugements. Elle nie catégoriquement faire le jeu du lobby de la location touristique. « Ce reproche part d’un diagnostic erroné et d’une lecture orientée des chiffres réels », affirme-t-elle.

Enfin, le député socialiste Gustavo Santana rappelle que l’objet du débat et des amendements est actuellement « le projet de loi pour l’accélération des permis d’urbanisme, auquel le gouvernement et les partis qui le soutiennent ont présenté plus de vingt amendements, et le Parti Socialiste aucun ». Il précise : « Notre position est claire. Si aux Canaries nous avons un problème de salaires très bas et qu’il y a des propriétaires qui possèdent une, deux ou trois logements au maximum – ce qui n’est pas la majorité des cas –, pourquoi ne pourraient-ils pas profiter de la richesse générée par le tourisme, dans le but de répartir cette richesse, surtout vers les plus petits, et que cela devienne un complément de revenu ? ». Santana rappelle qu’il y a huit mois, son parti avait déjà fixé sa position sur la loi relative aux locations touristiques : il avait rejeté la loi présentée par le gouvernement et proposé de limiter l’exploitation des locations touristiques à un maximum de trois propriétaires par logement afin de contraindre les grands propriétaires à revenir sur le marché résidentiel.

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