Un rapport technique s’oppose au classement
La présidente de l’Association de la Mémoire Historique de Tenerife, Mercedes Pérez Schwartz, se réjouit du nouveau revers subi par le monument à Franco de Santa Cruz de Tenerife. En effet, une association tentait de le faire déclarer Bien d’Intérêt Culturel (BIC) afin de le protéger et de le maintenir en place. Il y a quelques jours, la nouvelle est tombée : un rapport de la commission technique de la Direction du Patrimoine Culturel du gouvernement des Canaries s’est opposé à cette déclaration.
Pour Mercedes Pérez Schwartz, cette statue est un symbole qui entre frontalement en conflit avec les valeurs démocratiques et constitue une offense pour les victimes.
Une procédure lancée par le Cabildo de Tenerife
Le Cabildo de Tenerife avait ouvert l’an dernier une instruction pour que le monument soit déclaré BIC, en exécution d’une décision de justice. Cette procédure faisait suite à la croisade de l’association San Miguel de Arcángel, qui cherche à protéger l’œuvre de Juan de Ávalos, située à Santa Cruz de Tenerife. Comme le défendent les experts du Catalogue des Vestiges des Canaries, et comme cela a été affirmé lors de l’inauguration de la sculpture en 1966, l’œuvre représente le départ du généralissime Franco, lorsqu’il quitta les îles en tant que capitaine général des Canaries pour prendre la tête du soulèvement national.
Des avis partagés entre mémoire et art
Au cours de la phase d’instruction du Cabildo de Tenerife, plusieurs rapports ont été présentés. Deux étaient défavorables à la déclaration BIC, tandis que deux autres vantaient sa valeur artistique, sans tenir compte du fait qu’il s’agit d’une glorification de la dictature franquiste.
Les rapports défavorables à la protection de la statue émanent de l’Université de La Laguna (ULL) et de l’organisme Musées de Tenerife. L’ULL insiste sur l’absence de valeurs artistiques exceptionnelles dans cette œuvre et fait référence à son contexte historique. De son côté, Musées de Tenerife souligne que, au-delà de la question de la valeur artistique actuellement débattue, « la charge symbolique se trouve en contradiction avec la loi 20/2022 du 19 octobre sur la Mémoire Démocratique ».
À l’inverse, les rapports favorables à la protection de la statue proviennent de l’Académie Royale d’Estrémadure des Lettres et des Arts, qui affirme que l’œuvre fait partie de la production monumentale remarquable du sculpteur, et de l’Académie Royale des Beaux-Arts San Miguel de Arcángel, qui se concentre uniquement sur le fait que Juan de Ávalos fut l’un des sculpteurs figuratifs les plus importants de son époque, en exposant son curriculum et sa production.
Une pluie d’oppositions politiques et associatives
Par ailleurs, la procédure a été submergée par une pluie d’oppositions de la part des associations de mémoire démocratique et de partis politiques, qui soulignaient que la sculpture contredisait les lois sur la mémoire historique. Le gouvernement espagnol lui-même, par l’intermédiaire de la Délégation du Gouvernement aux Canaries, a présenté des observations dans ce dossier. Son principal argument est qu’« il n’existe aucun rapport reflétant le caractère exceptionnel et remarquable de l’œuvre de Juan de Ávalos ».
De nombreuses associations de mémoire ont dénoncé le monument comme étant « de la propagande franquiste et une insulte aux victimes ». Parmi les organisations ayant fait part de leur opposition, on compte celle d’Emilio Silva, l’association de Tenerife, celle d’Arucas, et une association maçonnique. Côté politique, Podemos et Izquierda Unida se sont également manifestés.
Un premier vote décisif et défavorable
Une fois ce processus terminé, comme l’exige la loi sur le patrimoine, le dossier a été transmis au gouvernement des Canaries. Selon les informations de ce journal, la proposition de protection de ce monument n’a obtenu aucun vote favorable et a recueilli une seule abstention au sein de la commission technique du Patrimoine. Le dossier doit maintenant passer devant le Conseil du Patrimoine Culturel des Canaries, pour lequel aucune date n’est encore prévue. Cependant, cette instance suit généralement l’avis du rapport technique, à moins que l’historique du dossier ne soit réexaminé.
« Un pas en avant, mais il faut continuer »
Mercedes Pérez Schwartz explique à ce journal que le fait que le Patrimoine du gouvernement des Canaries ait démontré que le monument de Juan de Ávalos n’a pas de valeur artistique patrimoniale facilite l’application des lois sur la mémoire historique : celle de Zapatero, celle des Canaries, et la dernière loi nationale. « C’est un pas en avant, mais il faut continuer », insiste-t-elle.
Elle critique également l’association San Miguel de Arcángel, qui refuse le retrait du monument, et suggère ironiquement qu’ils « l’emportent chez eux ». « Ils n’accepteront jamais que le monument à Franco soit une glorification du coup d’État de 1936 », déplore-t-elle. La présidente de l’Association de la Mémoire Historique de Tenerife est catégorique : « Ce monument, il faut le retirer ». Elle estime qu’aucune « resignification » n’est possible. « Il ne doit pas devenir un monument à la paix ou à la concorde. La concorde de qui ? », demande-t-elle à chaque fois que l’idée est évoquée.
Le message du monument selon le Catalogue des Vestiges
Le Catalogue des Vestiges des Canaries, élaboré lors du mandat précédent, détaille la symbolique du monument. Il est composé d’une base qui est une allégorie de l’île de Tenerife, servant d’ancrage aux pièces supérieures et symbolisant la contribution de l’île au soulèvement militaire.
L’ensemble comprend également la figure de l’archange, qui symbolise le vol effectué par Franco à bord de l’avion « Dragon Rapide », ainsi que le symbole de la guerre de religion, le général recevant l’aide divine par cette figure angélique. La sculpture est une figure allégorique du général Franco juché sur l’archange, représenté comme un jeune homme athlétique vêtu d’une tunique aux couleurs du drapeau national, brandissant une épée identifiée comme une croix.
Le complexe contient également les écus allégoriques des neuf districts judiciaires de la province de Santa Cruz de Tenerife en 1960, représentant la volonté de signifier la reconnaissance du soulèvement militaire et de la guerre civile comme une cause juste et légale.
Un financement basé sur la pression et l’extorsion
Pour financer ce monument, la formule de la « souscription populaire » a été utilisée. Cependant, le Catalogue des Vestiges révèle qu’elle était pratiquée par le biais du contrôle exercé par les organes de gouvernement militaire et civil, qui détenaient les informations sur les citoyens. Le document officiel reflète ces pratiques d’extorsion, de pressions et un haut degré de contrôle social.


