Une découverte majeure pour la santé publique aux Canaries
Le typhus murin, une maladie infectieuse transmise par les puces des rongeurs, s’impose comme la cause la plus fréquente de fièvre d’origine inconnue à La Palma et El Hierro. C’est la conclusion d’une étude approfondie menée par le groupe de travail sur la Fièvre de Durée Intermédiaire des Canaries, dont les résultats ont été dévoilés lors de la Conférence internationale sur les Rickettsies et autres agents pathogènes intracellulaires (ICRIP), qui s’est tenue du 18 au 20 juin à Logroño.
Des taux d’incidence records en Europe
L’étude, réalisée par une équipe conjointe du Service Canarien de la Santé (SCS), de l’Université de La Laguna (ULL) et de l’Université de Barcelone (UB), fait état de taux d’incidence parmi les plus élevés jamais enregistrés en Europe pour cette maladie émergente. L’un des résultats les plus frappants est que le typhus murin et la fièvre Q représentent à eux seuls plus de 70 % des cas confirmés de fièvre indifférenciée analysés sur les deux îles. Le typhus murin arrive en tête de liste dans les deux cas, avec des niveaux d’incidence inédits en Espagne et comparables à ceux des régions européennes les plus touchées.
Une fièvre persistante et difficile à diagnostiquer
La fièvre de durée intermédiaire, définie par une température supérieure à 38 degrés qui persiste entre sept et vingt-huit jours sans diagnostic après un bilan clinique complet, est un motif de consultation fréquent. Jusqu’à présent, aucun profil étiologique précis n’avait été établi pour les Canaries. Cette recherche comble donc une lacune importante, permettant de mieux orienter les médecins face à ces cas complexes qui peuvent être causés par des infections émergentes ou des pathologies difficiles à détecter lors des premiers examens.
Une répartition géographique qui guide le diagnostic
L’étude a également mis en lumière des différences nettes dans la distribution spatiale des deux maladies. Le typhus murin se retrouve aussi bien en milieu rural qu’urbain et périurbain, élargissant le champ des suspicions cliniques au-delà des zones traditionnellement associées à ces infections. En revanche, la fièvre Q présente une concentration géographique plus marquée et une saisonnalité hivernale plus prononcée, liée aux cycles d’activité du bétail. Ces différences sont cruciales pour améliorer la détection en fonction du lieu de résidence, de l’activité du patient ou de la période de l’année.
Vers des modèles prédictifs pour mieux soigner
Les chercheurs ont également analysé le spectre clinique du typhus murin aux Canaries, identifiant des facteurs de risque de formes graves. Ce travail, qui identifie des variables cliniques et biologiques associées aux complications, ouvre la voie à des modèles prédictifs de gravité. Ces outils permettraient de détecter précocement les patients les plus vulnérables et d’adapter les soins, avec une application directe dans les centres de santé des îles où ces maladies sont fréquentes.
Une recherche saluée au niveau international
Lancé en 2020 grâce à un accord entre le SCS, l’ULL et l’Université de Barcelone, le projet visait à identifier les causes infectieuses de la fièvre de durée intermédiaire à La Palma et El Hierro. Les résultats, présentés par la docteure Mónica Vélez Tobarias, coordinatrice du projet sur l’île de La Palma, ont été discutés lors d’une session scientifique internationale dédiée aux rickettsioses émergentes. La table ronde a réuni des experts de renom, dont le docteur Lucas Blanton, spécialiste du typhus murin, et la docteure Iris Zohar, sous la modération du docteur Christopher Paddock, responsable du programme Rickettsies des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) d’Atlanta, et de Mari Cruz Calvo, du Centre de coordination des alertes et urgences sanitaires (CCAES) du ministère de la Santé espagnol. Les travaux ont été publiés dans la revue scientifique European Journal of Clinical Microbiology & Infectious Diseases, renforçant la portée et la crédibilité de cette recherche.
L’importance de la surveillance des zoonoses en milieu insulaire
Cette étude souligne l’importance cruciale de la surveillance des zoonoses émergentes, des maladies transmissibles entre l’animal et l’homme. Dans les territoires insulaires comme les Canaries, avec leurs écosystèmes et leurs caractéristiques géographiques uniques, le suivi épidémiologique est particulièrement pertinent. Les informations recueillies permettront non seulement d’orienter des protocoles de diagnostic et de traitement plus efficaces, mais aussi de renforcer la vigilance sanitaire et les stratégies de prévention sur les îles.
Les dernières nouvelles des Canaries
Actualités quotidiennes, alertes météo et infos pratiques – directement des îles, en français. Nous vivons ici et savons ce qui se passe, avant que les médias en parlent. Tout est publié sur notre chaîne WhatsApp – sans intermédiaires, sans algorithme.


