Un projet ancré dans la réalité migratoire
« Dès le début, nous avons voulu refléter la raison profonde de la visite du Saint-Père aux Canaries : la réalité migratoire et la mer comme lieu d’espoir, de souffrance et de rencontre ». C’est avec ces directives que les jeunes architectes de Gran Canaria, Jorge Cerpa et Rafael Suárez, ont développé le projet des espaces pour les célébrations que présidera le pape à Arguineguín et au stade de Gran Canaria. Cet esprit, qui justifie le voyage apostolique du souverain pontife aux Canaries les jeudi 11 et vendredi 12 juin, a également présidé au défi relevé à Tenerife par l’architecte Alejandro Beautell pour les espaces de la place du Christ et du port de Santa Cruz.
À Santa Cruz, la mer comme toile de fond
Dans le cas du port de Santa Cruz de Tenerife, l’architecte précise que le site « se positionne avec la mer comme toile de fond. Cet horizon ouvert renvoie au drame de l’immigration qui traverse ces eaux. Le pape sera tourné vers Santa Cruz, intégrant la ville comme partie de l’assemblée ; l’ensemble sera visible depuis l’avenue maritime ». Le design a donc été pensé pour ne pas masquer l’élément maritime, essentiel au message.
Arguineguín : un espace visuellement ouvert
Jorge Cerpa explique que le Vatican a fixé des aspects jugés importants. « À Arguineguín, ils ont particulièrement insisté pour que la scène ne cache ni la mer ni le quai, car ils font partie du message et de la réalité migratoire que vivent les Canaries. C’est pourquoi un espace très ouvert visuellement a été conçu. La sécurité concernant les accès et le contrôle de l’espace a également été travaillée dans les moindres détails ».
Au stade de Gran Canaria : une dimension solennelle et monumentale
« Dans le stade de Gran Canaria, le langage architectural prend une dimension plus solennelle et monumentale. La couverture principale se présente comme une grande voûte blanche qui enveloppe l’autel. Le fond de la scène sera formé de douze arches, représentant les apôtres, et d’une grande arche centrale qui symbolise le Christ. La Vierge du Pin et le Christ de Telde auront également une présence très importante ». Jorge Cerpa souligne l’intégration de Rafael Suárez dans l’équipe pour son immense expérience dans les grands rassemblements, notamment le Carnaval, et dans la concrétisation technique des idées. « Il apporte des solutions réelles et efficaces. Grâce à son expérience et à sa responsabilité, une grande partie de la scène du stade est déjà préfabriquée et tout le dispositif technique est très maîtrisé », souligne-t-il.
À Tenerife, la géométrie au service de la foi
À Tenerife, Alejandro Beautell utilise la géométrie pour structurer le projet du port : ce n’est pas une scène, c’est un bâtiment qui se construit jour après jour. « Le plan adopte la croix grecque inscrite dans un carré de lave noire, en référence à Saint-Pierre de Bramante. De cette matrice naissent l’autel, l’ambon et la cathèdre. Au-dessus de l’autel, une ouverture dans la couverture établit une relation directe avec le ciel. À ce point, le plan descend et l’espace se comprime ». Dans la définition de l’architecte de La Laguna, installé dans le quartier d’El Toscal, il précise que sur l’axe principal se trouve le Christ de La Laguna, au-dessus du pape et face à un fond neutre. La Vierge de Candelaria complète l’ensemble, établissant une triangulation avec l’autel et l’ambon. « Le projet recherche clarté, proportion et permanence dans l’éphémère ».
« Un cadeau de Dieu » pour Jorge Cerpa
Jorge Cerpa définit ces commandes comme « un cadeau de Dieu » qu’il reçoit quelques mois après avoir commencé à travailler comme conseiller technique du diocèse des Canaries, bien qu’il soit architecte depuis neuf ans, une profession qui ne lui est pas étrangère, puisqu’il suit les traces de son père, Manuel Cerpa. À 33 ans, Jorge se considère mari avant d’être architecte et souligne l’expérience vécue lors de deux Journées Mondiales de la Jeunesse, et en particulier le Jubilé qui a eu lieu l’année dernière à Rome. « Vivre ces rencontres m’a aidé à expérimenter le fonctionnement de ces espaces, comment on vit des célébrations aussi grandioses… ». « Le Jubilé de Rome a particulièrement servi de référence pour la scène du stade de Gran Canaria, surtout pour la monumentalité de l’autel et la relation entre liturgie, architecture et espace ». « Dieu est présent dans les petits détails et l’architecture a quelque chose de très beau. Non seulement dans la conception architecturale, mais au quotidien : dans la façon dont tu traites les personnes, les collègues, les constructeurs et tous ceux qui participent à un projet ».
Alejandro Beautell : un architecte marqué par la foi
Le Ténérifais Alejandro Beautell est né marqué par la sainte patronne des Canaries : à deux heures du jour deux du mois deux de 1978, jour de la fête de la Vierge de Candelaria. Bon sang ne saurait mentir, car il a hérité du goût pour la profession de son père et, « pour comble de malchance », étant enfant, il était doué pour le dessin, ce qui était synonyme d’une vocation pour le métier qu’il exerce depuis 21 ans. Le sens du chrétien de base, uni au service à travers la profession, forme un tout pour ce technicien, marié à la Polonaise Patricia et qui a chez lui son propre Léon, comme s’appelle son petit garçon, bien avant de recevoir la commande pour un autre Léon, le pape. Le pontife n’est pas encore arrivé et les responsables de la préparation des espaces sont déjà imprégnés de cet esprit, confiants en la providence.
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