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Achats low cost aux Canaries : le grand bouleversement fiscal

Un changement radical pour les consommateurs canariens

Gourdes réutilisables, t-shirts, bijoux fantaisie, trousses de toilette et des milliers d’autres articles : sur les plateformes de commerce asiatiques comme Shein, Temu ou Aliexpress, tout se trouve à moins de trois euros. Jusqu’à présent, les acquérir était simple, bon marché, et les consommateurs canariens pouvaient recevoir leurs colis confortablement chez eux en quelques semaines seulement. Mais ce confort est sur le point de disparaître.

Des taxes qui vont faire grimper la note

Les modifications fiscales approuvées par l’Union européenne (UE) imposeront un droit de douane et une taxe de traitement douanier pour toute commande inférieure à 150 euros. Résultat : le coût d’acheminement de ces achats low cost jusqu’à l’archipel pourrait tout simplement doubler. Concrètement, à partir du mois de juillet, toute commande passée sur ces plateformes en provenance de pays tiers sera soumise à un droit de douane minimal de trois euros. À cela s’ajoutera, en novembre, une taxe pour la gestion douanière imposée par Bruxelles – dont le montant n’a pas encore été fixé – mais qui devrait représenter au moins deux euros supplémentaires. Ainsi, une gourde réutilisable qui coûtait trois euros vous en coûtera plus de huit. Les taxes pèseront alors plus lourd que le prix de l’article lui-même.

Jusqu’ici, une exemption totale pour les petits achats

Jusqu’à présent, les achats effectués sur des plateformes en ligne low cost basées hors de l’Union européenne – essentiellement asiatiques – ne payaient ni taxe ni droit de douane dès lors que leur prix était inférieur à 150 euros. Une situation qui va changer de manière imminente avec l’application de ces nouveaux prélèvements. Bruxelles cherche ainsi à décourager ce type d’achats, pointés du doigt pour leur impact environnemental et leurs conséquences sur le commerce local.

La fin du passage en douane simplifié

Aux Canaries, ce changement est particulièrement lourd : tous les colis devront désormais passer par la douane. Une vraie révolution, car depuis 2017, les achats de moins de 150 euros en étaient dispensés. L’objectif de cette mesure était alors de fluidifier un processus souvent fastidieux qui freinait le développement du commerce en ligne dans l’archipel. Mais les temps ont changé.

L’exemption de l’IGIC dans le viseur du gouvernement canarien

En 2017, les Canaries avaient également instauré une exemption de l’Impôt Général Indirect Canarien (IGIC) pour les achats en ligne de moins de 150 euros. Mais depuis, le commerce électronique a pris une telle ampleur qu’il nuit désormais au tissu commercial local. Chaque jour, ce sont 170 000 colis qui sont distribués dans les îles. Une manne qui agace profondément les commerces physiques, eux qui paient l’IGIC sur chacune de leurs ventes, quel qu’en soit le montant, et qui considèrent cette exemption comme une concurrence déloyale.

Aujourd’hui, le gouvernement des Canaries envisage très sérieusement de supprimer cette exemption. La conseillère régionale aux Finances et aux Relations avec l’Union européenne, Matilde Asián, l’a clairement indiqué : « Puisque l’exemption douanière pour les achats de moins de 150 euros disparaît, quel sens aurait-il de la maintenir pour l’IGIC ? » D’autant que tous les colis passeront désormais par la douane sans exemption. La décision n’est pas encore prise, mais si elle aboutit, le prix des produits augmentera encore. Pour une gourde à trois euros, par exemple, il faudrait ajouter 0,21 centimes d’IGIC.

Un impact sur le développement du e-commerce dans l’archipel

Au-delà de la question du prix, Matilde Asián reconnaît que le gouvernement s’inquiète des conséquences de ces réformes sur le développement du commerce en ligne aux Canaries. « Les entreprises n’ont pas la même disposition, la complexité de l’entrée sur le marché canarien les dissuade », explique-t-elle. Et si nombre d’entre elles refusaient déjà d’expédier vers les îles, les nouvelles procédures pourraient en décourager davantage. Pourtant, Asián insiste sur le rôle limité de l’administration locale : « On nous a déjà confirmé que le droit de douane s’appliquera aux Canaries. Nous devons maintenant savoir comment il sera mis en œuvre. »

Une fois toutes les informations en main, le gouvernement décidera de l’adaptation de l’Agence Tributaire Canarienne et de la possible suppression de l’exemption d’IGIC. Viendra ensuite un troisième temps : celui de la réaction des entreprises qui expédient vers les îles. Car ces changements pourraient forcer certaines d’entre elles à se retirer du marché canarien.

Une mesure provisoire qui annonce un tournant durable

L’application de ces droits de douane et taxes est provisoire, en attendant la grande réforme douanière structurelle de l’Union européenne, prévue pour 2028. Mais une chose est certaine : avec ce virage fiscal, Bruxelles montre une nouvelle orientation dans ses relations commerciales avec ces géants du low cost, qui avaient trouvé dans le marché européen un terreau fertile pour leurs produits. Désormais, ils devront repenser leurs opérations.

Une menace pour le e-commerce, un espoir pour le commerce local

Pour les consommateurs canariens adeptes des achats en ligne, ce changement ferme une partie du catalogue d’options à bas prix. Pour les commerces locaux, en revanche, c’est une lueur d’espoir : celle de voir enfin freinées lesachats impulsifs low cost réalisés sur ces plateformes. Le commerce en ligne, qui avait mis du temps à décoller dans l’archipel et commençait tout juste à prospérer, pourrait bien voir ses ambitions freinées. Un bouleversement qui, à coup sûr, va redessiner les habitudes de consommation aux Canaries.

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