Un gouffre entre l’aide proposée et les expulsions réalisées
Le gouvernement des îles Canaries, dirigé par la coalition entre Coalición Canaria et le Parti Populaire, n’est pas parvenu à venir en aide à la majorité des familles expulsées de leur logement en 2025. Selon une réponse parlementaire de la conseillère régionale des Travaux publics, du Logement et de la Mobilité à la députée socialiste Patricia Hernández, le programme Canarias ProHogar (Canaries Pro-Logement) a traité 351 demandes dans la province de Las Palmas et 320 dans celle de Santa Cruz de Tenerife, soit un total de 671 familles prises en charge par la communauté autonome.
Sur la même période, les données du Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ) font état de 1 426 expulsions. Des procédures qui ont eu lieu alors que le bouclier social anti-expulsion mis en place par le gouvernement central était encore en vigueur. D’après le CGPJ, la grande majorité de ces expulsions (1 129) sont dues à l’incapacité de payer le loyer, tandis que 224 concernent des procédures de saisie immobilière.
Le programme Canarias ProHogar, un dispositif sous pression
Concrètement, Patricia Hernández a interrogé le gouvernement sur le nombre de familles accompagnées par les services sociaux régionaux dans le cadre des procédures d’expulsion au cours de l’année écoulée. Dans sa réponse, la conseillère précise que, selon les informations fournies par l’Institut canarien du logement (Instituto Canario de la Vivienda – ICV), c’est cet organisme autonome qui est compétent en matière de logement social dans l’archipel. Bien qu’il ne fasse pas partie des services sociaux régionaux, l’ICV gère le programme Canarias ProHogar, intégré à l’axe 3 du Plan régional du logement 2020-2025 et mis en œuvre via sa section de médiation en matière d’expulsions.
L’objectif affiché du programme est d’offrir un accompagnement global aux familles qui se trouvent ou pourraient se trouver en situation d’expulsion, en particulier celles en situation de vulnérabilité socio-économique et sans accès à des solutions de logement. Pour ce faire, des actions de conseil et de médiation sont menées, visant à éviter la perte du domicile ou, quand cela n’est pas possible, à trouver des alternatives, en garantissant qu’aucune expulsion n’ait lieu sans une intervention préalable de l’administration publique. Le programme a été conçu sur le principe d’une coordination entre toutes les administrations publiques canariennes, chacune dans son domaine de compétence.
Un processus en deux phases, mais des résultats insuffisants
Après l’ouverture de chaque dossier, une phase d’étude et d’évaluation individuelle est lancée pour déterminer si la famille remplit les conditions d’accès au programme. Si l’évaluation est favorable, une seconde phase début, incluant des actions telles que le conseil, l’orientation vers les ressources disponibles, les demandes de suspension temporaire des expulsions auprès des tribunaux, la médiation avec les établissements financiers, la demande de prolongation de bail, l’évaluation des offres de loyer social, l’information sur les aides au logement et, si des logements sont disponibles, la proposition de solutions temporaires adaptées aux caractéristiques de la famille.
Cette réponse de la conseillère intervient dans un contexte de crise du logement aiguë aux Canaries, où de nombreuses manifestations ont eu lieu pour exiger des mesures garantissant l’accès à un toit. Lors de l’une de ces mobilisations, l’avocate du Droit au Logement, Isabel Saavedra, a déclaré : « Nous vivons une vague d’expulsions insoutenable depuis la fin du bouclier social. Avant, les juges pouvaient s’appuyer sur le décret de suspension des procédures d’expulsion qui existait. Mais ce décret ayant expiré, les juges n’ont plus de base légale pour refuser, et ils jettent des familles vulnérables à la rue. »
Bureaucratie et conflits de compétences : les familles prises au piège
Le retard dans la production des rapports de vulnérabilité sociale, le manque d’information ou encore la lourdeur bureaucratique ont plongé de nombreuses personnes dans une situation d’incertitude. L’Ordre des assistants sociaux de Las Palmas avait déjà alerté l’année dernière : les nouvelles prestations sociales ont fait exploser les demandes de ces documents, et ils réclament la mise en place d’équipes spécialisées pour y faire face. Le conflit de compétences entre les différentes administrations menace de compromettre des aides essentielles pour les citoyens.
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