Un tournant législatif sans précédent sur le littoral canarien
Mardi dernier, le littoral des îles Canaries a été le théâtre d’un mouvement législatif inédit. Le Parlement des Canaries a approuvé une initiative visant à exiger du gouvernement espagnol une modification urgente de la Loi sur le Littoral de 1988. Cette proposition intervient après des décennies de conflits administratifs et judiciaires qui ont mis en péril la survie de milliers de logements situés dans des noyaux urbains traditionnels. Ces habitations sont affectées par une réglementation nationale qui, selon les associations de riverains et les groupes parlementaires, ignore systématiquement les spécificités géographiques et culturelles de l’archipel.
Les Canaries, fer de lance d’une réforme jugée indispensable
Cette initiative fait des Canaries le point de départ d’une réforme nationale nécessaire pour corriger les effets d’une loi qualifiée d’« injuste ». En près de quarante ans, celle-ci n’a pas su prendre en compte la réalité sociale d’un territoire où la côte est le pilier de l’identité locale. Dans un contexte politique inhabituel, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) ont uni leurs forces pour porter ce projet de réforme.
Une union politique rare pour défendre les familles
La proposition, défendue par la députée populaire Jennifer Curbelo, a mis l’accent sur la détresse des familles qui consacrent une grande partie de leur vie à des batailles juridiques pour sauver leur domicile. Curbelo a dénoncé une loi qui « trace des lignes sans discernement », générant une profonde insécurité juridique. Elle a souligné que ce combat ne relève pas d’une question de partis, mais de « justice et de cohérence ».
De son côté, le PSOE a soutenu la mesure tout en introduisant un amendement critique. Le député socialiste Rafael Nogales a plaidé pour que, en plus de faire pression sur Madrid, le gouvernement des Canaries développe ses propres compétences à travers une loi régionale. Nogales a rappelé que la solution ne viendra pas uniquement de « déclarations d’intentions », mais de la mise en œuvre des outils déjà permis par le Statut d’autonomie.
Une feuille de route pour l’autogestion du littoral
La résolution finale du Parlement ne se limite pas à interpeller le Congrès des députés à Madrid. Elle établit également une feuille de route pour une gestion autonome du littoral. Avec le soutien de Nueva Canarias (NC) – dont la députée Carmen Hernández a salué le changement de position des grands partis – et de l’ensemble des forces de la chambre, les points suivants ont été adoptés :
- Réforme nationale prioritaire : Demander à l’État que la loi de 1988 reconnaisse la singularité volcanique et sociale des Canaries.
- Transfert intégral des compétences : Exiger l’achèvement définitif du transfert des compétences en matière de littoral.
- Législation propre : Promouvoir une Loi canarienne du littoral pour offrir une stabilité aux noyaux historiques d’habitations.
Un vote contrasté et le souvenir de démolitions traumatiques
Malgré une large convergence, l’unanimité a été brisée sur le point relatif à la création d’une loi régionale, que Vox a choisi de voter contre. Les débats ont également été marqués par le souvenir de démolitions traumatisantes, comme celles subies sur la plage de Cho Vito, à Candelaria.
Un message clair pour la protection des côtes canariennes
Avec cette action parlementaire, les îles Canaries envoient un message sans équivoque : la survie des noyaux côtiers traditionnels est une ligne rouge. Elle nécessite un cadre légal adapté, moderne et, surtout, respectueux de l’attachement viscéral des Canariens à la mer.


